Société
Rapport : Comment expliquer la baisse de la fécondité ?
11/06/2025 - 20:04
Khaoula Benhaddou
Publié ce mardi 10 juin, un rapport de l’ONU vient confirmer un phénomène préoccupant: la baisse de la fécondité à l’échelle mondiale. Selon ce rapport, plusieurs facteurs, notamment sociaux et économiques, expliquent cette tendance. Quels sont ces facteurs? Qu’en est-il du Maroc ? Et comment faire face à ce phénomène ?
Depuis quelques années, de nombreux pays enregistrent une baisse notable de leur taux de fécondité. Ce constat vient d’être renforcé par un nouveau rapport de l’ONU, publié ce mardi 10 juin.
Ainsi, l’Agence des Nations Unies en charge des questions de santé sexuelle et reproductive, l’UNFPA, a dévoilé son rapport sur l’état de la population mondiale. Il y est précisé que la baisse de la fécondité est liée à plusieurs raisons, principalement d’ordre social et économique.
"Un nombre croissant de personnes se voient refuser la liberté de fonder une famille en raison de la flambée du coût de la vie, de l'inégalité persistante entre les sexes et de l'incertitude croissante quant à l'avenir", souligne le rapport onusien.
Intitulé "La véritable crise de la fécondité : la quête de l'autonomie reproductive dans un monde en mutation", ce rapport repose sur une enquête menée par l’UNFPA et l’institut YouGov dans 14 pays , dont le Maroc, représentant ensemble 37 % de la population mondiale.
Pressions financières et sociales
Selon les résultats de l’enquête, les obstacles économiques arrivent en tête : 39 % des personnes interrogées citent les contraintes financières comme principale raison pour laquelle elles ont moins d’enfants qu’elles ne le souhaiteraient.
D’autres facteurs sont également mentionnés, comme le changement climatique, la guerre, l’incertitude face à l’avenir, ou encore la précarité de l’emploi.
Quid du Maroc ?
Comme beaucoup de pays, le Maroc n’échappe pas à cette tendance. Le dernier recensement général de la population et de l’habitat, dévoilé il y a quelques mois, révèle que l’indice de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme en 2024.
Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), chaque femme marocaine donne aujourd’hui naissance à moins de deux enfants — un chiffre inférieur au seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme.
Une telle évolution pourrait avoir des conséquences profondes sur la structure démographique du pays.
D’après le HCP, la part des personnes âgées de 60 ans et plus atteint désormais 13,8 % de la population totale, soit environ 5 millions de personnes, contre 3,2 millions en 2014 (9,4 %).
Parallèlement, le taux des jeunes de moins de 15 ans continue de diminuer, passant de 28,2 % en 2014 à 26,5 % en 2024. La population en âge d’activité (15-59 ans) reste majoritaire, mais sa part recule également, de 62,4 % à 59,7 %.
Pourquoi cette baisse de la fécondité au Maroc ?
Les marocains interrogés dans le cadre du rapport de l’ONU, ont cité plusieurs facteurs expliquant leur choix de ne pas avoir autant d’enfants qu’ils le souhaiteraient initialement. Dans le détail, 47 % des personnes interrogées évoquent les contraintes financières, 20 % parlent de problèmes liés au logement (manque d’espace, prix élevés, loyers chers), 11 % mentionnent l'absence de solutions de garde d’enfants de qualité, 15 % déclarent être au chômage ou dans une situation d’emploi instable.
Contacté par SNRTnews, le sociologue Mouhcine Benzakour met en lumière des raisons à la fois économiques et sociales "Plusieurs facteurs expliquent la baisse de la fécondité au Maroc comme ailleurs. D’un point de vue économique, le statut de la famille marocaine a évolué plusieurs fois depuis l’indépendance. Nous sommes passés d’un modèle rural à une société plus citadine, où le salaire est devenu un facteur central. Cela a transformé notre conception de la famille, de la grande famille traditionnelle à la famille nucléaire".
Et d’ajouter "Auparavant, la famille était axée sur le papa ou la maman, ou les deux mais aujourd'hui, l'axe de la famille, c'est l'enfant. Ce dernier est devenu aussi important dans la famille qui a comme mission de lui offrir une vie meilleure et adéquate et cela malgré la cherté de la vie, des écoles privées et des outils technologiques. Donc automatiquement, les mentalités vont changer. Il ne s’agit plus d’avoir des enfants pour travailler la terre, mais de leur offrir les meilleures conditions possibles"
L’âge du mariage, un autre facteur clé
Outre les facteurs économiques, le sociologue souligne également l’impact du recul de l’âge du mariage "Aujourd’hui, on se marie plus tard pour diverses raisons notamment, les études supérieures pour toucher un bon salaire…et donc si on retarde l’âge de mariage, la fécondité se réduit automatiquement. Au lieu d'avoir des enfants à l'âge de 20 ans, on commence à les avoir à l'âge de 30-35 ans, ce qui fait que le pourcentage, la moyenne fécondité diminue".
Le sociologue précise également que certains couples choissent volotairmeent de différer la parentalité "Avant, le mariage était souvent motivé par des considérations religieuses. Aujourd’hui, il repose davantage sur l’amour et le projet de vie. Les couples veulent d’abord voyager, construire leur avenir avant de penser aux enfants".
Quelles solutions pour enrayer cette tendance ?
Face à cette situation, le rapport de l’ONU met en garde contre les politiques natalistes simplistes ou coercitives (primes à la naissance, quotas, etc.), jugées inefficaces et potentiellement contraires aux droits humains.
L’UNFPA exhorte les gouvernements à élargir le choix en supprimant les obstacles identifiés par les populations elles-mêmes. L’agence recommande ainsi de promouvoir des emplois décents et stables, de mettre en place des congés parentaux rémunérés, et de garantir l’accès à des services complets de santé reproductive.
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