Art & Culture
Rémi Bonhomme: "les cinéastes marocains gagnent en visibilité. On s'en réjouit"
15/09/2021 - 22:00
Lina Ibriz
Lancés en 2018 par le Fondation du Festival international du film de Marrakech (FIFM), les Ateliers de l’Atlas sont devenus une plateforme qui met non pas seulement en lumière les talents des cinéastes africains, mais qui attirent l’attention de producteurs et de distributeurs internationaux à la recherche de nouveaux projets artistiques.
Le programme industrie et développement de talents propose aux participants de présenter leurs projets en développement et films en post-production lors d’un marché de coproduction qui leur permet de rencontrer les professionnels internationaux accrédités. Quatre ans après le lancement de ce programme basé sur l’échange et la collaboration entre jeunes talents et grands professionnels du secteur, le Directeur artistique du Festival international du film de Marrakech et des ateliers de l’Atlas, Rémi Bonhomme, partage avec SNRTnews les différents aspects de cette aventure cinématographique qui continue aujourd’hui en ligne, malgré la pandémie.
SNRTnews: quelles seront les nouveautés qui accompagneront cette quatrième édition?
Rémi Bonhomme: c’est un peu tôt pour dire vraiment. Nous sommes toujours en pleine sélection, le délai de dépôt des candidatures n'est toujours pas terminé. Nous sommes en pleine lecture et visionnage des projets.
L’objectif premier lors du passage en ligne était de garder l’esprit de convivialité qui est nécessaire lors d’une rencontre autour d’un projet de cinéma. Et je crois que nous avons réussi vraiment lors de la dernière édition à créer un contexte qui était favorable à la fluidité de ces rencontres. Nous avons donc gardé les mêmes dispositifs cette année.
Nous nous concentrons sur les Ateliers de l’Atlas, car c’est la partie "industrie" qui peut se dérouler dans ce contexte-là et qui nous permet d’accompagner les réalisateurs et les productions que nous pourrons sûrement montrer lors de la prochaine édition du Festival international du film de Marrakech.
Quels défis avez-vous rencontré lors de la troisième édition des Ateliers de l’Atlas organisée l’année dernière en ligne?
Evidemment, dans un évènement en ligne, on perd les rencontres fortuites qui se créent dans ce type d’évènements qui ne sont pas forcément prévues mais qui s’avèrent importantes, mais ça nous a permis en fin de compte de mobiliser plus de professionnels qu’un événement physique.
En effet, le passage en ligne demande de réfléchir différemment. Nous avons été menés à revoir continuellement les plannings, mais cela a aussi certains avantages puisque ça nous a permis de développer beaucoup de programmes. Nous avons aussi doublé le nombre de consultations qui sont proposées aux projets sélectionnés. Ces consultations peuvent s’étendre sur les quatre jours des ateliers, mais elles sont précédées de deux semaines de consultations très intenses pour les projets sélectionnés.
Lors de la dernière édition, le marché de coproduction auquel sont présentés les marchés et projets sélectionnés ont généré plus de 400 rendez-vous individuels qui ont permis aux auteurs de ces projets de rencontrer des producteurs, des distributeurs et des représentants de fonds de cinéma, ce qui était un nombre beaucoup plus important que ce qui a été réalisé lors des éditions précédentes.
Vous travaillez en partenariat avec Netflix depuis 2018. Quelle est l’importance du rôle de Netflix pour les Ateliers?
Netflix ont un regard très attentif à ce qui se passe dans l’industrie cinématographique du continent africain et du monde arabe. Les Ateliers sont une plateforme de rencontre des talents de cette région qui est très importante pour eux. C’est aussi un interlocuteur très important pour nous, pour les Ateliers, pour aussi comprendre quelle est leur stratégie dans le futur sur cette région là où ils sont en train de lancer un nombre de productions, de séries et de films et pour lesquels ils seront à la recherche de nouveaux talents.
C’est un travail de fond. Nous travaillons simultanément avec eux sur des idées de panels, de conférences et de tables rondes, mais aussi il y a des représentants de chez Netflix qui participent aux ateliers et qui rencontrent certains des projets sélectionnés.
La quatrième édition des ateliers sera prochainement lancée. Quel bilan pouvez-vous faire des éditions précédentes? Et où sont arrivés les projets lauréats du prix des ateliers de l’Atlas ?
Les éditions précédentes ont donné de très bons résultats. On a chaque année un prix Atlas à la post-production qui récompense l’un des films en postproduction et chacun de ces films lauréats du prix Atlas de la post-production a ensuite été sélectionné dans un grand festival international où il a remporté un prix.
Le film du réalisateur algérien Hassen Ferhali "143 Rue du désert" qui a remporté le prix Atlas lors de la première édition a été primé au festival de Locarno. Le film "Zanka Contact" du réalisateur marocain Ismaël El Iraki, lauréat de la deuxième édition du prix de l’Atlas a été récompensé du grand prix d’interprétation au festival de Venise. Et puis l’année dernière notre lauréat était le film égyptien "Feathers" du réalisateur Omar El Zohairi qui a été récompensé à la Semaine de la critique au festival de Cannes.
Ce sont des signes très importants pour nous de savoir que les projets que nous accompagnons et notamment ceux qui remportent le prix des Ateliers ont une exposition dans ces festivals internationaux qui ont des critères très difficiles d’accès en termes de sélection et qu’en plus ils y sont remarqués et primés. Et c’est aussi ce qui nous permet de mobiliser les professionnels internationaux qui viennent rencontrer, même si ça se déroule en ligne, les réalisateurs des projets sélectionnés aux Ateliers de l’Atlas, avec une véritable attente et une grande envie de rencontrer ces talents qui vont marquer l’année de l’industrie cinématographique internationale dans les grands festivals à venir.
Comment contribuent les Ateliers de l’Atlas dans la promotion du cinéma marocain, arabe et africain?
C’est vrai que les Ateliers sont axés avant tout autour du cinéma marocain qui y tient une place prépondérante, mais ils sont aussi ouverts à l’ensemble des cinémas du continent africain et du monde arabe.
Les Ateliers jouent un rôle important dans les deux sens par rapport à l’industrie cinématographique marocaine, arabe et africaine, à la fois pour en accompagnant ces talents et leurs producteurs à travers ces consultations pour rendre leurs projets encore plus solides, et au même temps d’attirer l’attention des personnes clés du secteur à l’international, d’éditeurs, de distributeurs importants et des directeurs de grands festivals sur les talents et sur ce qui se passe dans la région. Et on est à un moment où le cinéma marocain et africain est en train d’acquérir une reconnaissance et une visibilité plus importantes qu’auparavant dans les festivals et auprès des distributeurs. Et on s’en réjouit !
Quels sont, d’après vous, les difficultés qui entravent le développement du cinéma en Afrique?
Le cinéma est une industrie. Les films ne se font pas seuls. Ils doivent être accompagnés par des directeurs, par des techniciens, par des laboratoires de post-production, cela nécessite l’intervention de tout un circuit. C’est vrai que dans certains pays africains, les films ne bénéficient pas forcément de toutes ces facilités. Par conséquent, la réalisation d’un film peut souvent s’avérer plus compliquée que dans d’autres régions.
Néanmoins, une collaboration régionale est en train de se mettre en place au niveau du continent, mais, par ailleurs, avec l’Europe et l’Amérique du Nord à travers un nombre d’initiatives, et les Ateliers de l’Atlas sont en train d’accompagner ces initiatives, car ils constituent un lieu de réflexion sur ces initiatives.
Est-ce le financement un obstacle pour l’industrie cinématographique en Afrique?
Pour le cinéma d’auteur que nous défendons, les budgets sont très différents d’un film à l’autre, et un film à petit budget peut bien rencontrer un grand succès.
Ces films bénéficient aujourd'hui du soutien de plateformes, comme les Ateliers, et qui ont une grande connaissance de la région et des producteurs étrangers qui ne travaillent pas forcément sur le continent, mais qui ont envie de collaborer davantage avec les réalisateurs africains. D’autre part, il y a des institutions clés comme Netflix qui sont en train d’investir dans la région en termes de production et qui jouent un rôle très important.
Ce qui est positif, c’est qu’il y a aujourd’hui une réflexion qui concerne les producteurs du continent et les moyens possibles de collaborer entre eux en co-production, et notamment faire appel à des financements privés au sein du continent.
En outre, il y a des initiatives qui se développent actuellement, mais il faut encore attendre qu’elles soient suffisamment structurées pour pouvoir parler d’une industrie à l’échelle du continent du point de vue économique. C’est une réflexion en cours et qui donnera lieu à plusieurs changements.
Articles en relations
Art & Culture
Société
Art & Culture