Economie
Renforcement de la coopération touristique entre le Maroc et la Chine: des défis à surmonter
19/06/2024 - 22:18
Mohammed Fizazi
Des discussions entre Fatim-Zahra Ammor et Quan Rao, jeudi 13 juin, visaient à intensifier les échanges touristiques entre le Maroc et la Chine. Ceux-ci se heurtent, selon les opérateurs touristiques, aux défis post-Covid-19 et la nécessité d'améliorer l'offre touristique marocaine.
La ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor, s'est entretenue, jeudi 13 juin à Rabat, avec le vice-ministre de la Culture et du Tourisme de la Chine, Quan Rao, pour discuter des moyens de renforcer la coopération touristique entre les deux pays. Ces discussions, soulignant l'importance des liens de coopération et du partenariat stratégique entre le Maroc et la Chine, en accord avec la vision des deux Chefs d’États, Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président chinois Xi Jinping ont mis en lumière la volonté des deux parties de développer davantage la coopération touristique.
Le vice-ministre chinois a rappelé l'attrait croissant du Maroc en tant que destination prisée par les touristes chinois, en soulignant que de nouvelles liaisons aériennes entre les deux pays pourraient stimuler les flux touristiques. Mme Ammor, de son côté, a exprimé sa volonté d'encourager les investissements touristiques chinois au Maroc, soutenant ainsi l'élan pris par le pays, notamment en prévision des grandes échéances sportives. Elle a également appelé les tour-opérateurs chinois à intégrer davantage le Maroc dans leurs programmations, pour permettre aux touristes chinois de découvrir la diversité des expériences touristiques offertes par le pays, y compris la culture, le désert et les séjours balnéaires.
Pour promouvoir le Maroc auprès des investisseurs potentiels et des tour-opérateurs importants, l'organisation de missions en Chine a été proposée. À la suite de cette réunion, les deux parties ont convenu d'envisager la création d'un groupe de travail chargé de suivre les recommandations émises lors de cette séance.
Cependant, malgré ces initiatives, le secteur touristique marocain fait face à des défis importants. Selon Achraf Ayoubi, guide national, la baisse du nombre de touristes chinois depuis la pandémie du Covid-19 est estimée à 95%. Les touristes chinois qui sont venus l'année dernière étaient principalement des étudiants étrangers. Il est espéré, ajoute-t-il, que l'ouverture du vol direct Casablanca-Pékin en 2025 augmentera les arrivées, mais le prix du billet reste coûteux et les répercussions de la crise du COVID-19 se font toujours sentir en Chine. "Actuellement, beaucoup de Chinois préfèrent faire du tourisme intérieur ou se rendre dans des pays plus proches comme la Thaïlande et l'Indonésie, plutôt que de venir au Maroc en raison de la distance", a-t-il confié à SNRTnews.
Notre interlocuteur souligne que les touristes chinois sont connus pour acheter des “packages” incluant toutes les activités à l'avance, et dépensent de l'argent principalement sur les grandes marques, évitant souvent les produits d'artisanat en raison de l'absence de prix affichés et des négociations qu'ils préfèrent éviter. Ils apprécient les lieux peu fréquentés, notamment le désert, et ont une préférence pour les lieux traditionnels et pittoresques.
Pendant la période pré-pandémique, les professionnels du secteur consultés par SNRTnews font particulièrement mention des "Chinois VIP", qu'ils distinguent de leurs autres compatriotes. Il s'agit de riches touristes du pays du milieu qui optent pour un séjour individuel, en couple ou en famille. Ils ne s'intéressent que très peu à l'artisanat, mais dépensent de grandes sommes d'argent pour l'hôtellerie et la restauration. En effet, ils ne fréquentent que les hôtels et restaurants haut de gamme et y dépensent beaucoup d'argent.
Pour sa part, Mehdi Amgoun, également guide national, confirme à SNRTnews la tendance baissière des arrivées de touristes chinois, notant que les touristes parlant mandarin avec lesquels il a travaillé venaient principalement de Taiwan, Hong Kong et Singapour, avec des arrivées de la Chine continentale qui n'ont repris que timidement ces deux derniers mois. Le nombre d'arrivées est loin d'égaler celui enregistré avant la pandémie, qui atteignait les 200.000 par an. Cette année, il estime les arrivées de touristes à environ 5.000 tout au plus.
Amegoun confirme les habitudes touristiques d’achat de “packages” de circuits touristiques, soulignant que les touristes chinois peu dépensiers contrairement aux américains par exemple. Ils aiment acheter des produits du territoire (huile d’argan etc.) mais dépensent très peu dans l’artisanat, “à Fès, ils n’achètent quasiment rien”, confie-t-il. Leur destinations préférées sont Chefchaouen, Merzouga, et dans une moindre mesure Casablanca, vu le prestige du film éponyme, et Marrakech.
Notre interlocuteur estime que pour améliorer l'attractivité du Maroc pour les touristes chinois, des efforts sont nécessaires pour combattre la corruption, la mendicité et combattre certains comportements agressifs dans les grandes villes touristiques; "certains vendeurs ambulant proposent leurs marchandises dans un en alternant entre mendicité et intimidation", a-t-il déclaré. Il est également crucial d'investir pour augmenter le nombre d'installations sanitaires publiques, une des principales observations des touristes chinois. L'offre touristique doit être améliorée, notamment dans le secteur hôtelier où les prix augmentent chaque année. Un contrôle renforcé sur les agences et les faux guides chinois qui opèrent illégalement est également nécessaire, car ces derniers proposent des services à moindre prix que les agences marocaines, opérant en toute illégalité tandis que les guides marocains subissent des contrôles d'identité fréquents, déplore notre interlocuteur.
Le renforcement de la coopération touristique entre le Maroc et la Chine, bien qu'il présente de nombreuses opportunités, doit donc surmonter plusieurs défis pour réaliser pleinement son potentiel.
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