Economie
Startups gazelles et licornes: que faut-il mettre en place pour les faire émerger au Maroc?
02/10/2024 - 15:33
Aya Lankaoui
Selon la stratégie Digital Morocco 2030 présentée par la ministre Ghita Mezzour, le Maroc ambitionne de compter 10 startups gazelles d’ici 2026 et 1 à 2 licornes d’ici 2030. Quelles mesures seront mises en place pour atteindre ces objectifs?
Dans l'univers des startups, certaines entreprises se démarquent par leur capacité à croître à une vitesse fulgurante. C'est le cas des startups gazelles, qui sont des jeunes entreprises à forte croissance, capables de doubler leur chiffre d'affaires en seulement quelques années. Les licornes, quant à elles, représentent un niveau encore plus rare et prestigieux dans le monde des startups. Ce terme désigne les entreprises qui atteignent une valorisation d'au moins un milliard de dollars.
La dénomination de "licorne" souligne la rareté de ces entreprises, qui sont généralement portées par des innovations de rupture dans des secteurs en pleine mutation, comme la fintech, l'intelligence artificielle ou encore les technologies de l'information. Ces deux types de startups symbolisent l'ambition ultime de nombreux écosystèmes entrepreneuriaux à travers le monde, cherchant à créer des entreprises capables de croître à une échelle globale tout en contribuant significativement à l’économie locale.
Dans une déclarations à SNRTnews, Lahsen El Bouhali, responsable pédagogique des écoles 1337, partage son point de vue sur les opportunités et les défis auxquels fait face l'écosystème entrepreneurial marocain.
Un écosystème en plein essor
Pour lui, les bases sont déjà posées pour faire du Maroc un terreau fertile à l’émergence de startups gazelles. "Le pays a connu, ces dernières années, une montée en puissance dans les secteurs de la technologie, grâce à une série d’initiatives publiques et privées. Le gouvernement a mis en place les centres CODE 212, répartis dans les établissements d’enseignement du pays, pour améliorer l'accès aux technologies avancées comme la programmation, l'intelligence artificielle et la robotique", explique-t-il.
L'implication de grands acteurs, comme l’OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), à travers les écoles du futur 1337 et Youcode, renforce également cette dynamique en formant une nouvelle génération de talents technologiques. Ces écoles, présentes sur plusieurs campus à travers le pays, assurent un flux constant de compétences dans des domaines clés pour l'innovation.
Par ailleurs, le Maroc a lancé des initiatives majeures pour soutenir l’entrepreneuriat, notamment avec le Fonds Mohammed VI d'Investissement (FM6I), doté de 15 MMDH. Ce fonds souverain vise à attirer des investissements privés, ainsi que des fonds de capital-risque, pour dynamiser le financement des startups marocaines.
Des infrastructures et un soutien en développement
Le développement de l’écosystème entrepreneurial marocain ne se limite pas aux formations. M. El Bouhali cite des infrastructures de pointe comme le campus de startups StartGate au sein de l'UM6P, qui offre un cadre propice pour l'innovation. De plus, l’UM6P a inauguré le Data Center le plus puissant d’Afrique, avec un supercalculateur dédié à la recherche scientifique et à l’innovation. Ces investissements font partie des efforts visant à garantir la souveraineté des données et à positionner le Maroc comme un hub technologique continental.
Cependant, des défis demeurent. L’écosystème entrepreneurial marocain, bien qu’en pleine croissance, souffre encore de plusieurs carences. M. El Bouhali note que le marché marocain est encore trop restreint pour attirer des investissements étrangers en masse. De plus, la maturité du secteur n'est pas encore suffisante pour créer des synergies efficaces entre les startups, les investisseurs et les incubateurs.
Les freins au développement des startups
Parmi les principaux freins identifiés par Lahsen El Bouhali, la culture entrepreneuriale reste insuffisamment ancrée au Maroc. Même si elle évolue, certains jeunes entrepreneurs manquent encore de persévérance et d’audace. L'échec entrepreneurial est perçu négativement, ce qui décourage beaucoup de personnes à se lancer dans l'aventure des startups.
L'accès au financement est également un obstacle majeur. Bien que des initiatives existent, notamment grâce aux fonds d’investissement, les startups en phase de démarrage peinent encore à convaincre les investisseurs nationaux. Ces derniers restent prudents et préfèrent des projets ayant déjà fait leurs preuves, ce qui freine l’innovation. La taille limitée du marché marocain et le manque de profondeur en termes de consommation limitent aussi l'intérêt des investisseurs étrangers.
Les infrastructures, notamment la connectivité Internet et l'accès aux outils numériques, représentent un autre frein, surtout dans les zones rurales où les entrepreneurs ont moins de ressources pour innover. Le manque de talents qualifiés dans des secteurs comme le marketing ou la gestion affecte également la croissance des jeunes entreprises. Enfin, les démarches administratives et la réglementation, parfois trop complexes, découragent les initiatives et freinent le dynamisme du secteur.
Les solutions pour un développement durable
Pour permettre l’émergence de startups à forte croissance, le responsable pédagogique plaide pour une série de réformes et de mesures. Il suggère la mise en place de fonds d’investissement dédiés aux startups, ainsi que la facilitation de l'accès aux prêts bancaires. Il insiste également sur la simplification des démarches administratives en vue de favoriser la création et la clôture d'entreprises de manière rapide et dématérialisée.
Le développement d'infrastructures, telles que les incubateurs, les accélérateurs et les espaces de coworking, constitue une autre solution clé pour accompagner les startups. Ces structures offrent aux jeunes entreprises le soutien logistique, les conseils et les ressources dont elles ont besoin pour se développer.
Sur le volet de la formation, notre interlocuteur propose des programmes spécialisés pour les entrepreneurs, en particulier dans des domaines technologiques comme l'intelligence artificielle. Il encourage aussi la promotion de l'esprit entrepreneurial dès le plus jeune âge afin de normaliser l’échec et encourager la prise de risque.
Enfin, M. El Bouhali souligne l'importance de faciliter l'accès aux marchés internationaux pour les startups marocaines. Cela inclut des programmes d’exportation et des partenariats internationaux permettant aux entreprises locales d'étendre leur portée à l'échelle mondiale.
En dépit des freins, Lahsen El Bouhali reste confiant sur le potentiel du Maroc à générer des startups à forte croissance. Si des améliorations sont apportées, notamment en termes de financement, de réglementation et d'infrastructures, l'écosystème entrepreneurial marocain pourrait se positionner comme l’un des plus dynamiques du continent africain. Avec des initiatives comme les écoles 1337 et les projets technologiques de l'UM6P, le Maroc se prépare à devenir un acteur incontournable de l'innovation en Afrique.
Articles en relations
Economie
Société
Economie
Economie