Sport
Supportérisme au Maroc: l’envers du décor
06/05/2025 - 13:04
Matar Bensalmia | Morad Karakhi
Alors que le Maroc s’apprête à accueillir la Coupe d’Afrique des Nations en 2025 et coorganisera le Mondial 2030, le supporter marocain émerge de plus en plus dans le discours public.
Vanté dans des émissions télévisées, invité dans des colloques académiques, célébré par les institutions sportives comme un acteur de la fierté nationale, le supporter est aujourd’hui mis sous les projecteurs.
Mais à mesure que ces projecteurs s’allument, les zones d’ombre du supportérisme ne disparaissent pas. Violences dans les stades, tensions entre groupes ultras et autorités, répression de certaines formes d’expression dans les virages...
D’ailleurs, le 3 mai dernier, 17 personnes, dont cinq mineurs, ont été arrêtées après des incidents violents lors du match Wydad-ASFAR à Casablanca. Plus en détails, 708 adolescents non accompagnés ont également été interceptés aux abords du stade. Et ce n’est qu’un épisode parmi d’autres qui rappellent que les tribunes marocaines restent souvent marquées par des tensions et une violence récurrente.
C’est justement cette ambivalence entre ferveur encadrée et débordements incontrôlés qui questionne les sociologues. Contacté par SNRTnews, Abderrahim Bourkia, professeur en sociologie du sport et des médias à l’Institut des sciences du sport de l’Université Hassan Ier à Settat, y voit une problématique de fond. Selon lui, “le Maroc fait face à une réalité complexe qui menace l’ordre public et compromet le projet sociétal visant à ancrer les valeurs de citoyenneté et de cohésion sociale”.
Pour Bourkia, réduire le phénomène du hooliganisme à une simple question sécuritaire est une erreur d’analyse. “Se focaliser uniquement sur les moments de violence ou sur les seuls agents de sécurité revient à simplifier une problématique multifactorielle. Le traitement de cette violence requiert une approche globale qui prend en compte les dimensions éducatives, sociales et culturelles”.
Cette approche globale, le Maroc semble justement vouloir l’initier. La récente "conférence régionale sur le supportérisme", organisée à Casablanca, en est l’exemple. Celle-ci a rassemblé institutions, éducateurs et acteurs sportifs pour réfléchir à un modèle de supporter qui reflète les valeurs civilisationnelles du pays. Bien qu’il salue l’initiative, Bourkia souligne qu’il faut “accompagner les dispositifs sécuritaires par des politiques de sensibilisation, d’éducation, de promotion de la justice sociale. Donner aux jeunes des espaces et des projets qui leur offrent de vraies perspectives”.
Selon la même source, “il est temps de soutenir véritablement la sociologie du sport comme champ capable d’analyser les dynamiques sociales du supportérisme”, a-t-il conclu.
Les grandes compétitions internationales approchent à grands pas. Encore faut-il construire une ferveur nationale à la hauteur des ambitions du Royaume, sans pour autant ignorer les failles du quotidien.
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