Société
Ultras.. Quand le hooliganisme dépasse les stades
19/01/2025 - 15:48
Morad Karakhi
Le hooliganisme continue de gâcher la joie des amateurs du sport et du football en particulier. Ce phénomène conduit à une violence extrême qui n'épargne même pas les forces de sécurité. Tout comme les citoyens, les forces de l’ordre ont été à plusieurs reprises une cible des hooligans qui n’hésitent pas à détruire les équipements, les voitures et les stades.
Depuis plusieurs années, le hooliganisme menace la sécurité des citoyens. Des incidents de violences et destructions noircissent les unes des journaux et rappellent la gravité du phénomène qui n’épargne même pas les forces de l’ordre.
Le dernier incident a eu lieu à Casablanca ce jeudi 16 janvier 2025 où des supporters de clubs de football ont été impliqué dans des actes de violence et ont menacé la sécurité des citoyens.
Ces actes de violence qui ont nécessité l’intervention des forces de l’ordre ont causé d'importants dégâts. Un agent de police a été blessé et un véhicule de sécurité a été vandalisé. Suite à cet incident, 9 suspects en possession d'une arme blanche, de deux armes à feux et d'une importante quantité de pierres ont été arrêtés.
Appartenance et émeutes en tout lieu
Devenu un moyen d’expression pour une grande partie des adolescents, le hooliganisme se développe au Maroc d'une manière inquiétante, ce qui soulève des questions sur l’origine de cette violence, ses antécédents, ses représentations et la manière de la traiter.
Contacté par SNRTnews, Abderrahim Bourquia, sociologue et enseignant-chercheur en sociologie du sport a expliqué que l'hooliganisme ne se limite plus aux stades "car les ultras vivent cette appartenance partout et à tout moment. Beaucoup d'entre eux cherchent à créer un événement pour tenter de faire parler d'eux".
Et de poursuivre "la violence et le hooliganisme qui entourent le monde des ultras sont soumis à des relations de domination et de contrôle qui prennent souvent une forme symbolique et peuvent évoluer vers des confrontations directes entre eux ou avec le personnel de sécurité".
Pour sa part, Abderrahim Gharib, spécialiste de la gouvernance et chercheur en sport, a noté que "l'affiliation aux ultras a pris des formes plus extrêmes, car l'appartenance à un clan particulier va au-delà des matchs de football pour défendre son image en dehors du stade".
Et d’ajouter "c’est ce qui explique la propagation de la violence liée aux ultras au-delà des stades. Le clan devient une entité avec son propre drapeau, ses hymnes et son influence dans certains quartiers. Certaines factions s'engagent dans des conflits avec d'autres factions en organisant des rassemblements dans la sphère d'influence de leur rival, en volant leurs logos ou en dégradant leurs graffitis".
"L'échange d'insultes et d’humiliations entre les factions via les réseaux sociaux alimente d’une manière flagrante ces disputes, qui s’étalent sur toute l'année et ne sont plus liées aux matchs et aux résultats des équipes", a-t-il déclaré.
Qui sont les Ultras?
En ce qui concerne l’origine des jeunes qui composent les ultras et la manière dont ils sont recrutés, Abderrahim Gharib précise que "la plupart des membres des ultras vivent dans des conditions socio-économiques difficiles, ce qui les poussent à chercher des moyens de faire leurs preuves et à rejoindre des groupes".
Gharib qui a réalisé une étude avec un certain nombre d'étudiants sur un échantillon de 1700 membres d'ultras a montré que "la plupart d'entre eux viennent de familles dont les revenus sont inférieurs à la moyenne, et que la plupart d'entre eux n'ont pas dépassé les études secondaires".
Et d’expliquer "les Ultras sont une pépinière pour ces jeunes, dont la plupart sont des adolescents, car ils leur donnent un sentiment d'appartenance et d'identité".
Pour sa part, Abderrahim Bourquia a précisé que "certains dirigeants de ces groupes utilisent cette appartenance comme source de subsistance et de pouvoir en mobilisant leurs membres pour régler des comptes avec des administrateurs, des membres ou des capitaines d'équipe".
Et d’ajouter "Bien que les Ultras évitent de traiter avec le président, les administrateurs et les membres, un certain nombre de leurs membres sont victimes de la directive du leader pour servir certains intérêts".
Un traitement radical
Pour lutter contre ce phénomène, Abderrahim Bourquia recommande de "s'attaquer à ses racines sociales", notant que "l'approche sécuritaire reste nécessaire mais insuffisante à elle seule".
L'auteur du livre "Des Ultras dans la ville" a appelé à "la nécessité de former les jeunes afin qu'ils ne deviennent pas un outil entre les mains des manipulateurs, car ces groupes sont constitués d'un mélange hétérogène de personnes qui les utilisent comme moyen de subsistance et d'intimidation, tandis que d'autres les considèrent comme un moyen de gagner un statut social".
"Si ces personnes sont bien préparées dès leur plus jeune âge, il est possible de les orienter vers la créativité, l'excellence et l'innovation, comme le font les ultras dans de nombreuses régions du monde", a-t-il ajouté.
Et de souligner "il est du devoir des décideurs de s'engager dans un projet global visant à développer l'individu, en particulier les adolescents, sur les plans intellectuel, moral, social et spirituel, et à leur permettre d'acquérir les compétences et les connaissances nécessaires qui les qualifient pour être actifs dans leur environnement".
Pour sa part, Abderrahim Gharib a souligné que tous les secteurs responsables de l'encadrement et de l'orientation des jeunes ont abandonné ce rôle.
"Le rôle des partis politiques à cet égard est devenu presque inexistant, et les maisons de jeunes connaissent une grande réticence en raison de leur manque d'offres", a-t-il souligné.
Et de conclure "le hooliganisme est essentiellement le reflet de l'exclusion sociale et du vide dont souffrent de nombreux jeunes. Les solutions doivent être globales, en prenant en compte les conditions sociales et économiques. Ces solutions doivent également offrir aux jeunes de réelles opportunités pour faire leurs preuves de manière positive".
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