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Ismail Elfath se confie à SNRTnews: de Casablanca aux sommets de l’arbitrage mondial
21/07/2026 - 13:31
Amine Oubaha
Son parcours commence à Casablanca et le mène jusqu’aux plus grands stades du monde. Parti aux États-Unis à l’âge de 18 ans, Ismail Elfath est devenu l’un des arbitres les plus respectés de la scène internationale.
Rien ne prédestinait vraiment Ismail Elfath à écrire son nom parmi les arbitres d’élite du football mondial. Lorsqu’il quitte Casablanca à 18 ans pour poursuivre ses études et construire sa vie aux États-Unis, il emporte avec lui une passion intacte pour le ballon rond. Quelques années plus tard, le hasard le conduit vers l’arbitrage, une découverte qui deviendra une vocation.
Aujourd’hui, après avoir dirigé des rencontres de MLS, des Jeux olympiques et une demi-finale de Coupe du monde, l’arbitre américain d'origine marocaine revient, dans une interview accordée à SNRTnews, sur un parcours fait de sacrifices, de travail et de persévérance, tout en partageant sa vision du développement de l’arbitrage marocain.
SNRTnews: Vous avez quitté Casablanca à 18 ans pour les États-Unis. Comment êtes-vous devenu arbitre international de la FIFA ?
Ismail Elfath: Mon histoire est celle d’un immigré parti aux États-Unis pour poursuivre ses études et y travailler. J’y suis allé avec, dans mes bagages, une grande passion pour le football. Mon entrée dans l’arbitrage est le fruit du hasard. Au fil du temps, cette activité est devenue une véritable passion, à laquelle j’ai choisi de me consacrer parallèlement à mon travail dans le secteur privé.
Concernant ma participation à la Coupe du monde, je suis très satisfait de mes performances.
La FIFA a désigné les équipes arbitrales chargées de diriger les deux demi-finales de la Coupe du Monde 2026, qui détermineront les finalistes de la compétition.
— SNRTNewsfr (@SNRTNewsfr) July 14, 2026
L'Américain d'origine marocaine Ismail Elfath arbitrera le choc entre l'Angleterre et l'Argentine, tandis que le… pic.twitter.com/0iDXU3gBWt
Mon objectif était d’arbitrer des rencontres disputées dans les derniers stades de la compétition, notamment une demi-finale ou une finale. Dieu merci, j’ai eu l’honneur d’officier lors de la demi-finale entre l’Argentine et l’Angleterre. C’était un match extrêmement difficile, mais j’ai pu le gérer grâce à mon expérience, à mon travail et au soutien de mes proches.
2- Lors de la demi-finale entre l’Argentine et l’Angleterre, votre prosternation juste après le coup de sifflet final a marqué les esprits. Que représentait ce geste pour vous et quelle pression aviez-vous accumulée avant cette rencontre ?
En tant que musulman, je me suis prosterné spontanément juste après le coup de sifflet final du match entre l’Argentine et l’Angleterre pour remercier Dieu. C’était une manière d’évacuer toute la pression accumulée avant cette rencontre.
Video footage has gone viral of referee Ismail ElFath bowing in prostration after officiating the semifinal match between England and Argentina.
— AJE Sport (@AJE_Sport) July 16, 2026
Fans widely praised the Islamic gesture of humility and gratitude. pic.twitter.com/UlFUOdF8hQ
Il est difficile de décrire l’intensité de cette pression. Pendant les trois jours qui ont précédé le match, ma famille et moi avons vécu des moments de grande tension. Arbitrer une telle affiche représente une immense responsabilité. Cette prosternation a donc été un geste de gratitude et un moment de soulagement spirituel qui m’a permis de retrouver la sérénité.
3- En 2025, la FRMF vous a confié une mission d’évaluation complète de l’arbitrage marocain. Vous avez remis votre rapport. Quel bilan tirez-vous de ce projet et comment expliquez-vous la situation actuelle ?
Concernant ma participation au projet d’évaluation mené avec la FRMF, comme je l’avais mentionné en mars dernier, il s’agissait d’un projet visant à étudier et à observer la structure de l’arbitrage marocain afin de formuler des recommandations pour son développement.
C’est précisément ce qui a été réalisé, en coopération avec la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), la Ligue Nationale de Football Professionnel, la Direction nationale de l’arbitrage, ainsi qu’avec les clubs de la Botola Pro et les différents acteurs du football marocain.
Nous avons ainsi pu mener à bien ce projet d’évaluation, que nous avons présenté aux responsables et aux experts de la FRMF. À ma connaissance, comme l’a indiqué M. Redouane Jiyed lors d’une conférence de presse, plusieurs axes de ce projet sont actuellement en cours de mise en œuvre.
Cependant, le public marocain doit comprendre qu’il est difficile de transformer un système qui existe depuis de nombreuses années en seulement quelques mois. On ne peut pas espérer obtenir des résultats en trois mois, ni même en une année. Les effets d’une telle réforme ne peuvent apparaître qu’après plusieurs années de travail.
Aux États-Unis, un vaste projet de développement de l’arbitrage a été lancé en 2010 avec un objectif clair: disposer, dix ans plus tard, d’une forte présence d’arbitres américains lors de la Coupe du monde. Cette vision à long terme a porté ses fruits.
En plus de la Coupe du monde 2026, j’ai arbitré des rencontres de la Coupe du monde 2022 et une arbitre américaine a dirigé la finale de la Coupe du monde féminine en 2023. Tout cela est le résultat d’une stratégie mise en place dès 2010.
Les acteurs du football marocain doivent aujourd’hui se poser une question essentielle: comment chacun peut-il contribuer au développement de l’arbitrage marocain afin de l’aider à progresser et à suivre la bonne trajectoire? L’arbitrage ne doit pas être considéré comme un secteur isolé, qui pourrait être réformé grâce à une formule magique.
Un changement profond est nécessaire, avec l’implication de tous les acteurs du football marocain: les dirigeants, les cadres techniques, les arbitres, les joueurs, les entraîneurs, les clubs, les journalistes, ainsi que le public. Si certains pensent que l’arbitrage peut se développer seul, ils risquent d’être profondément déçus.
Nous devons tous travailler main dans la main, dans un esprit de bonne foi et de totale indépendance, afin de concrétiser la vision du président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, qui m’a énormément soutenu dans ce projet d’évaluation.
Au-delà de ce projet, il m’a également apporté un soutien personnel durant une période particulièrement difficile. J’étais blessé et j’ai subi deux opérations chirurgicales. Il m’a offert toutes les facilités nécessaires au sein du Complexe Mohammed VI afin que je puisse effectuer ma convalescence et ma rééducation dans les meilleures conditions. Je dois reconnaître que, sans son soutien, je n’aurais probablement pas pu poursuivre ma carrière d’arbitre.
En définitive, les compétences existent bel et bien au sein de l’arbitrage marocain. Nous en avons eu la preuve avec la très belle performance de mon collègue Jalal Jayed lors de la Coupe du monde. Je lui ai d’ailleurs dit qu’il possédait toutes les qualités nécessaires pour diriger des rencontres dans les phases avancées de la prochaine Coupe du monde, qui se déroulera notamment au Maroc.
Je suis convaincu que les Marocains ont toujours démontré leur capacité à exceller dans tous les domaines, et je suis persuadé que l’arbitrage marocain ne fera pas exception, à condition que tous les acteurs travaillent ensemble dans la même direction.
4- Vous avez officié en MLS, aux Jeux olympiques et en Coupe du monde. Selon vous, quelles sont les qualités indispensables pour durer et rester au plus haut niveau de l’arbitrage international ?
L’arbitrage est un métier comme un autre: seule l’expérience acquise au fil des années permet de progresser. Les dix dernières années m’ont beaucoup appris et m’ont préparé à gérer des rendez-vous de très haut niveau, comme cette demi-finale entre l’Argentine et l’Angleterre.
Pour rester au plus haut niveau, il faut faire preuve de persévérance, travailler sans relâche, apprendre de ses erreurs et conserver une grande humilité. Il n’existe aucune formule magique. Après ma participation à la Coupe du monde au Qatar ou aux Jeux olympiques, j’aurais pu penser avoir atteint le sommet.
😅 Leo Messi, Jude Bellingham e Ismail Elfath 😅 pic.twitter.com/HuOUerxWuu
— El Chiringuito TV (@elchiringuitotv) July 15, 2026
Mais j’ai toujours gardé cette volonté d’apprendre, de progresser et de me remettre en question. C’est cet état d’esprit qui m’a permis de poursuivre mon évolution et de rester parmi les meilleurs arbitres.
5- L’arbitrage a connu une véritable révolution technologique avec l’arrivée de la VAR, du hors-jeu semi-automatique et d’autres outils. Quel regard portez-vous sur ces innovations et leur impact sur la prise de décision ?
Concernant l’évolution des technologies dans l’arbitrage, je considère que des outils comme la VAR, le hors-jeu semi-automatique ou les systèmes électroniques d’assistance restent avant tout des moyens mis à la disposition des arbitres. Le dernier mot revient toujours à l’arbitre, qui demeure le seul décisionnaire.
Certaines situations restent sujettes à interprétation et nécessitent l’analyse de l’arbitre, malgré l’existence de ces technologies. Leur efficacité dépend avant tout de la manière dont elles sont utilisées et du professionnalisme de ceux qui les emploient. À titre personnel, lors de la Coupe du monde, je n’ai eu recours à la VAR qu’une seule fois au cours des sept matchs.
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