Economie
Tourisme: 13,5 millions de visiteurs au Maroc, mais les défis persistent
10/09/2025 - 19:23
Matar Bensalmia
Le Maroc continue de battre des records dans le secteur touristique. À fin août 2025, le Royaume a accueilli 13,5 millions de visiteurs, en hausse de 15 % par rapport à la même période de 2024, selon le ministère du Tourisme.
L’été, période phare pour le secteur, a été particulièrement dynamique avec 4,6 millions de touristes entre juillet et août, soit une progression de 6 % en un an.
Cette croissance a été portée en grande partie par le retour massif des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Dans le détail, 3 millions d’entre eux ont choisi le Maroc pour leurs vacances estivales, un chiffre en hausse de 13 %. Un phénomène qui illustre, selon le ministère, “l’attachement profond” de la diaspora à son pays d’origine, mais aussi l’attractivité croissante du Royaume auprès des visiteurs étrangers.
Pour l’économiste Mehdi Fakir, ces chiffres sont une bonne nouvelle. “Globalement, ce sont des performances positives. Que les Marocains du monde reviennent nombreux dans le cadre de l’opération Marhaba, ou que des touristes étrangers séjournent massivement au Maroc, cela reste au final bénéfique”, explique-t-il dans une déclaration à SNRTnews. Selon lui, "la mobilité, qu’elle soit touristique ou non, génère des recettes en devises et contribue à renforcer les réserves du pays”.
Toutefois, Mehdi Fakir met en garde contre une lecture trop simpliste de ces résultats. “Faut-il considérer les Marocains du monde comme des touristes ? Certains possèdent des résidences secondaires, mais effectuent des dépenses sur place. Le sujet mérite d’être clarifié. Et parallèlement, qu’en est-il du tourisme intérieur? Est-il réellement comptabilisé dans ces statistiques?”, interroge-t-il.
Derrière les chiffres
Au-delà de la quantité, c’est la qualité de l’offre qui préoccupe. “Le Maroc aurait dépassé l’Égypte en nombre de touristes, mais en termes de recettes, l’Égypte reste devant. Cela signifie que le touriste qui vient au Maroc dépense moins. Le véritable enjeu est donc d’améliorer la rentabilité et la profitabilité du secteur en proposant des produits touristiques plus attractifs et à forte valeur ajoutée”, souligne M. Fakir.
Le ministère, de son côté, rappelle que la feuille de route 2023-2026 met l’accent sur l’enrichissement de l’offre et le renforcement de la connectivité aérienne, via des mécanismes incitatifs à l’investissement dans l’animation et l’hébergement.
CAN 2025, une opportunité "exceptionnelle"
L’organisation prochaine de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025) au Maroc devrait constituer un moment fort pour le secteur. Mais là encore, l’économiste tempère les attentes.
“La CAN générera sûrement un afflux de visiteurs et des recettes supplémentaires. Mais il faut rester raisonnable, ce sont des recettes exceptionnelles, conjoncturelles. L’enjeu majeur reste de bâtir une dynamique durable, avec des flux et des revenus réguliers”, estime-t-il.
Vers une stratégie plus structurante
Si les performances estivales confirment l’essor du Maroc comme destination phare, elles mettent aussi en lumière la nécessité de dépasser le seul indicateur du volume. “Le débat ne doit plus se limiter aux chiffres. Il faut désormais travailler sur des sujets structurants”, conclut Mehdi Fakir.
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