Art & Culture
Transformer les objets marocains en bijoux : le pari créatif de Nisrine Benyagoub
07/06/2026 - 12:46
Khaoula Benhaddou | Aziza AbdelhakLoin des chiffres, des algorithmes et du monde du "data analyse" dans lequel elle travaille, Nisrine Benyagoub a choisi de suivre sa passion pour l’art et le design. Depuis son atelier à Casablanca, elle crée des boucles d’oreilles inspirées du patrimoine marocain, transformant tapis berbères, vaisselle traditionnelle et objets du quotidien en véritables œuvres d’art miniatures.
Dans son atelier casablancais baigné de lumière, les symboles du patrimoine marocain prennent une forme inattendue.
Des tapis berbères miniatures, des assiettes "Taouss", des horloges "Ferrouj" ou encore des plateaux traditionnels s’alignent soigneusement sur une table de travail. Pourtant, il ne s’agit ni d’objets de décoration ni de pièces de collection. Entre les mains de Nisrine Benyagoub, ils deviennent des boucles d’oreilles colorées, façonnées à la main avec une minutie remarquable.
Derrière ces créations originales se dessine le parcours singulier d’une jeune entrepreneure qui a quitté l’univers des chiffres pour celui de l’artisanat. Passionnée de dessin et de peinture depuis l’enfance, Nisrine a toujours cultivé sa fibre artistique.
"Mon père m’a toujours encouragée à créer. J’ai commencé par le dessin, les portraits et les croquis, avant de me tourner vers la peinture acrylique puis la peinture à l’huile. En parallèle, j’ai poursuivi des études en analyse de données à Agadir avant de m’installer à Casablanca pour développer ma carrière professionnelle", raconte-t-elle.
Mais l’envie de donner vie à un projet personnel capable de refléter son univers créatif ne l’a jamais quittée. En 2020, durant la période du confinement, elle découvre la pâte polymère et décide d’explorer les possibilités offertes par ce matériau. Après avoir étudié le marché, elle constate que de nombreuses créations se ressemblent. Elle choisit alors de se démarquer en puisant son inspiration dans la richesse culturelle marocaine.
"Je voulais créer des pièces qui racontent le Maroc, qui rappellent notre enfance, notre artisanat et nos souvenirs. Mon objectif était de transformer chaque boucle d’oreille en un petit tableau", explique-t-elle.
Sa première collection inspirée du zellige marocain rencontre rapidement son public. Une Marocaine installée au Royaume-Uni passe commande, bientôt suivie par de nombreux autres clients. Depuis, l’aventure n’a cessé de prendre de l’ampleur.
Aujourd’hui, sa marque est spécialisée dans la confection de boucles d’oreilles en pâte polymère hypoallergénique. Chaque pièce raconte une histoire et fait revivre des éléments du patrimoine parfois oubliés. Les motifs des tapis marocains, les broderies traditionnelles, le "tbek", le "tabsil taouss", les tanneries de Fès ou encore le "gherraf" en terre cuite deviennent des sources d’inspiration inépuisables.
"Certains de ces objets faisaient partie de notre quotidien et disparaissent progressivement de nos mémoires. À travers mes créations, j’essaie de leur offrir une seconde vie", confie-t-elle.
La fabrication de chaque paire nécessite plusieurs étapes minutieuses. La pâte polymère est modelée, découpée puis assemblée à la main avant d’être cuite. Les détails sont ensuite peints à l’acrylique, puis recouverts d’une couche de résine qui leur apporte éclat et résistance. Enfin, des attaches en acier inoxydable sont ajoutées afin de garantir confort et durabilité.
Au fil des années, sa clientèle s’est considérablement diversifiée. Si ses premières commandes provenaient principalement du Maroc, ses créations séduisent désormais de nombreux Marocains résidant à l’étranger, mais aussi une clientèle internationale curieuse de découvrir l’histoire qui se cache derrière chaque bijou.
"Les clients étrangers me posaient souvent des questions sur la signification des modèles. J’ai donc commencé à rédiger des descriptions en anglais pour raconter l’origine et l’histoire de chaque création", explique-t-elle.
Une démarche qui nourrit aujourd’hui son ambition de participer à des expositions internationales et de faire rayonner davantage le patrimoine marocain au-delà des frontières.
À travers ses collections, Nisrine Benyagoub propose bien plus que de simples accessoires de mode. Ses créations constituent un véritable hommage à l’artisanat marocain et à la mémoire collective. Les couleurs éclatantes, les formes géométriques et les références aux objets traditionnels traduisent un profond attachement à un héritage culturel qu’elle revisite avec une sensibilité résolument contemporaine.
Dans un marché largement dominé par la production standardisée, la jeune créatrice fait le pari de l’authenticité. Ses boucles d’oreilles inspirées des tapis, des broderies ou encore des ustensiles emblématiques des foyers marocains transforment des souvenirs familiers en œuvres d’art à porter au quotidien.
Car chez Nisrine Benyagoub, chaque bijou raconte une histoire. Celle d’un objet transmis de génération en génération, d’un savoir-faire ancestral ou d’un souvenir d’enfance. Une manière délicate de rappeler que le patrimoine marocain ne vit pas seulement dans les musées ou les médinas : il continue d’exister à travers les gestes des artisans, les créations contemporaines et les détails que l’on choisit de porter sur soi.
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