Société
Vaccination contre le cancer du col de l’utérus: pourquoi les jeunes filles marocaines restent trop peu protégées ?
24/11/2025 - 14:01
Khaoula Benhaddou
Malgré la gratuité du vaccin HPV et les recommandations internationales, la demande demeure extrêmement faible au Maroc. Entre manque de communication, tabous sociaux et vaccino-scepticisme, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme.
La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV), pourtant considérée comme l’un des outils les plus efficaces pour prévenir le cancer du col de l’utérus, peine encore à s’imposer au Maroc.
Gratuit et intégré, depuis 2022, au Programme national de vaccination pour les jeunes filles de 11 ans, le vaccin contre le HPV enregistre une demande "très faible" au Maroc comme le confirme le Pr Abdellatif Benider, oncologue et ancien directeur du Centre d’oncologie du CHU Ibn Rochd. "Intégré dans le calendrier vaccinal marocain, le vaccin contre le HPV enregistre un très faible intérêt. Quelques familles seulement ont vacciné leurs filles", constate-t-il. Pour lui, l’explication réside dans un mélange de désinformation, de manque de sensibilisation et de tabous persistants autour de la sexualité.
Vaccino-scepticisme
Si le vaccin HPV, largement utilisé dans les pays développés, demeure méconnu au Maroc, c’est aussi parce qu’il arrive dans un climat de méfiance prolongé.
"Le vaccin contre le HPV a été ajouté dans le calendrier vaccinal juste après la pandémie du Covid-19 qui a chamboulé les habitudes des citoyens et a crée une polémique autour des vaccins", explique le Pr Benider. Et d'ajouter: "Beaucoup de fake news ont été partagé sur le vaccin, et c’est ce qui a crée ce qu’on appelle le vaccino-sceptisme".
À ce déficit de confiance s’ajoute un manque chronique d’information. "Les parents n’ont pas assez d’informations sur l’infection HPV et sur ses conséquences. Sans oublier que le ministère de la santé n’a pas lancé de campagnes de sensibilisation et d’information sur ce nouveau vaccin" explique le spécialiste.
Un tabou autour de l'âge de la vaccination
Le Maroc a choisi de vacciner les jeunes filles à 11 ans, soit avant le début de la vie sexuelle, conformément aux recommandations internationales. Ce choix purement a été mal compris par certaines familles. "Des parents pensent qu’en vaccinant leur fille avant sa première relation sexuelle, on lui donne une forme de permission. C’est une mauvaise interprétation du message", regrette le spécialiste, expliquant: "selon les études scientifiques, le vaccin est beaucoup plus efficace avant toute infection et c’est ce qui explique l’âge de la vaccination".
Des preuves scientifiques solides, confirmées encore en 2025
Une vaste étude internationale publiée par l’organisme Cochrane vient confirmer l’efficacité du vaccin HPV. Selon ses conclusions, la vaccination anti-HPV réduirait de 80 % l’incidence du cancer du col de l’utérus chez les personnes vaccinées à 16 ans ou avant.Cette étude précise que la vaccination donne un effet protecteur d’autant plus important que le vaccin est administré tôt.
Elle confirme également une absence de risques accrus d’effets secondaires graves ou d’infertilité ainsi qu’une efficacité probable contre certains autres cancers liés au HPV.
"Des pays comme l’Australie ont même réussi à quasiment éradiquer le cancer du col de l’utérus grâce à la combinaison vaccination et dépistage" souligne Pr Benider.
Maroc: des progrès, mais encore loin de l’objectif d’éradication
Au Maroc, l’incidence du cancer du col de l’utérus a considérablement diminué depuis une dizaine d’années. "Dans les années 80, c’était le premier cancer de la femme au Maroc. Aujourd’hui, il est en quatrième position", rappelle le Pr Benider.
Cette baisse est largement attribuée "aux campagnes de sensibilisation et de dépistage menées depuis 2005. La multiplication des centres de dépistage a permis d’identifier et de traiter les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent. L'éradication du cancer du col de l’utérus nécessite impérativement l’association du dépistage et de la vaccination" insiste le spécialiste.
Un appel urgent à une vraie stratégie de communication
Pour le Pr Benider, la priorité est claire "Il faut une grande campagne d’information. Les familles doivent comprendre que ce vaccin sauve des vies et qu’il est plus efficace lorsqu’il est administré tôt".
Alors que les données scientifiques se multiplient et que de nombreux pays élargissent désormais la vaccination aux garçons, le Maroc fait face à un enjeu de santé publique majeur: restaurer la confiance, briser les tabous et protéger les futures générations.
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