Economie
840.000 morts par an: Le travail sous pression tue en silence!
28/04/2026 - 14:29
Khaoula Benhaddou
À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, l’Organisation internationale du Travail (OIT) alerte sur une réalité longtemps sous-estimée : la montée des risques psychosociaux dans le monde du travail. Dans son dernier rapport, l’institution met en lumière un phénomène global, amplifié par les transformations profondes de l’organisation du travail, et aux conséquences dramatiques sur la santé des travailleurs et sur l’économie mondiale.
Stress chronique, surcharge de travail, insécurité de l’emploi, harcèlement ou violences professionnelles : ces facteurs, regroupés sous le terme de risques psychosociaux, sont aujourd’hui identifiés comme une menace majeure pour la santé au travail.
Intitulé "Le milieu de travail sur le plan psychosocial: Évolutions et pistes d’action mondiale" ce rapport présente des chiffres alarmants.
Ainsi, selon les estimations de l’OIT, les risques psychosociaux responsables de plus de 840.000 décès chaque année dans le monde. Ces décès sont principalement liés à des maladies cardiovasculaires et à des troubles mentaux graves, incluant le suicide.
Parmi eux, environ 774.000 décès sont attribués à des pathologies cardiaques, et plus de 56.000 à des troubles mentaux.
Au-delà de la mortalité, l’impact sanitaire est considérable : près de 45 millions d’années de vie en bonne santé sont perdues chaque année en raison de ces risques.
Ce n’est pas tout , la durée excessive de travail, l’un des facteurs de risque psychosocial majeur compte tenu de son association à un risque accru de maladies cardiovasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), demeure répandue : 35 % des travailleurs dans le monde travaillent plus de 48 heures par semaine.
L’exposition à l’intimidation et à d’autres formes de violence et de harcèlement constitue une autre inquiétude majeure : 23 % des travailleurs dans le monde ont subi au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur carrière professionnelle, la violence psychologique étant la plus fréquente avec un taux de 18 %.
Un coût économique estimé à 1,37 % du PIB mondial
L’OIT souligne également l’ampleur du coût économique de cette crise silencieuse. Les risques psychosociaux représenteraient une perte équivalente à 1,37 % du produit intérieur brut mondial chaque année.
À cela s’ajoutent des coûts indirects massifs : absentéisme, baisse de productivité, désengagement des salariés et rotation du personnel. À eux seuls, les troubles liés à la santé mentale provoquent environ 12 milliards de journées de travail perdues chaque année dans le monde.
Cinq facteurs de risque identifiés
Le rapport met en avant cinq grands déterminants des risques psychosociaux. Il s’agit notamment de la surcharge de travail combinée à un faible contrôle sur les tâches, le déséquilibre entre efforts fournis et reconnaissance obtenue, l’insécurité de l’emploi, les longues heures de travail ainsi que le harcèlement et les violences professionnelles.
Souvent cumulés, ces facteurs créent des environnements de travail dégradés, augmentant les risques de maladies physiques et psychologiques.
Le travail en mutation, un facteur d’aggravation
La transformation rapide du monde du travail accentue encore ces risques. Digitalisation, intelligence artificielle, télétravail, plateformes numériques ou encore généralisation des formes d’emploi flexibles redéfinissent profondément les conditions de travail.
Si ces évolutions peuvent offrir davantage de flexibilité, elles peuvent aussi brouiller les frontières entre vie professionnelle et personnelle, accroître l’isolement et intensifier la pression de performance. Le résultat est une exposition accrue au stress et une difficulté grandissante à se déconnecter.
Un enjeu encore insuffisamment pris en compte
Malgré leur ampleur, les risques psychosociaux restent difficiles à mesurer et insuffisamment intégrés dans les politiques de santé et sécurité au travail. L’OIT estime pourtant qu’ils constituent aujourd’hui "l’un des défis les plus importants pour la sécurité et la santé au travail dans le monde contemporain".
Certains secteurs, comme la construction, l’agriculture ou les services d’urgence, apparaissent particulièrement exposés en raison de conditions de travail plus difficiles et d’une forte pression opérationnelle.
Une approche globale de prévention
Face à cette situation, l’OIT appelle à une réponse coordonnée et proactive. Plusieurs axes d’action sont proposés notamment améliorer l’organisation du travail et la gestion des charges ; renforcer la sécurité de l’emploi, prévenir les violences et le harcèlement, promouvoir la santé mentale au travail et former les encadrants à la détection des risques psychosociaux.
L’organisation insiste sur la nécessité d’agir à la source, en repensant la conception même du travail.
Vers une nouvelle vision du travail
Au-delà des chiffres, le rapport interroge les modèles actuels d’organisation du travail. Dans un monde en mutation rapide, la question centrale devient celle de l’équilibre entre performance et santé.
Pour l’OIT, la prévention des risques psychosociaux n’est plus seulement un enjeu social : elle constitue également un levier de productivité, de résilience économique et de développement durable.
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