Société
Achoura : terreur, bruits et arrestations
09/08/2022 - 10:10
Khaoula Benhaddou
Achoura, célébré le 10 Mouharram de chaque année, s’est transformé d’une fête joyeuse à un événement traumatisant. Pétards, détonations et vandalisme effraient les grands et les petits et transforment les rues en une réelle scène de guerre. D’où proviennent ces produits ? que dit la loi ? Et que font les autorités pour faire face à ce phénomène ?
Il est 23h à Bourgogne, l’odeur âcre des pétards et les détonations assourdissantes terrifient les habitants. Cette angoisse augmente avec les sirènes des camions des pompiers qui passent à vive allure suivies par les patrouilles de police.
Ces images de terreur dignes de scènes de guerre se répètent chaque année à l’occasion de la fête d’Achoura à cause des produits explosifs qui inondent le marché national; "je n’arrive toujours pas à comprendre ce phénomène. Depuis le début du mois de Muharram, les pétards et les feux d’artifices se vendent comme des petits pains. Ces produits, qui portent souvent des noms de grands terroristes connaissent un succès fou auprès des enfants qui les achètent à cœur joie et les lancent sans se soucier des dangers. Je me demande comment on tolère l’importation et la vente de ces produits explosifs" se lamente Mohamed, père de deux enfants.
Quel est le rôle des autorités ?
Comme chaque année, les autorités mènent une guerre féroce contre les vendeurs et les usagers de ces produits explosifs. D’ailleurs, les services de police ont arrêté dans la nuit du 7 au 8 aout 17 personnes, dont 8 mineurs dans les villes de Rabat, Salé, Casablanca, Marrakech, El Jadida, Beni Mellal, Tanger, Mahdia et Temara. Ces personnes sont soupçonnées de leur implication dans des affaires liées à des rassemblements, des violences, des incendies et des dommages matériels à des biens publics et privés
Dans les villes mentionnées, une dizaine de véhicules appartenant aux forces publiques et et des voitures privées ont été vandalisées. Des agressions physiques ont également été enregistrées contre un lieutenant-colonel de police à Marrakech et un agent de la protection civile dans la ville de Beni Mellal.
Quid de la loi ?
La loi n° 22.16 portant sur les substances explosives à usage civil, météores artificiels et équipements de loisirs contenant des matériaux pyrotechniques prévoit une peine d’emprisonnement de 2 à 5 ans, en plus d’une amende oscillant entre 50.000 DH et 500.000 DH ou des deux l’une, contre toute personne en possession illégale de matériaux explosifs ou météores artificiels. La peine concerne également les personnes qui importeront ou fabriqueront illégalement des matériaux pyrotechniques.
Selon maitre Soulimane Thaili, ces actes qui peuvent être assimilé à du terrorisme sont aussi condamnés par l’article 400 du code pénal. Cet article stipule que "Quiconque, volontairement, fait des blessures ou porte des coups à autrui ou commet toutes autres violences ou voies de fait, soit qu'ils n'ont causé ni maladie, ni incapacité, soit qu'ils ont entraîné une maladie ou une incapacité de travail personnel n'excédant pas vingt jours, est puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 200 à 500 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement. Lorsqu'il y a eu préméditation ou guet-apens ou emploi d'une arme, la peine est l'emprisonnement de six mois à deux ans et l'amende de 200 à 1.000 dirhams".
Pour Maitre Soulimane, l’importation et la vente de ces produits représentent un vrai danger; "les pétards sont vendus dans plusieurs villes du Royaume. A Casablanca, il suffit de faire un tour à Derb Omar pour voir des étalages de ces produits importés généralement de Chine. En principe, chaque produit importé doit avoir l’autorisation du ministère du Commerce à moins que ces produits proviennent de la contrebande"
Responsabilité collective
Le juriste souligne que la gestion de ce dossier relève d’une responsabilité collective; "l’Etat doit contrôler l’importation de ces produits explosifs mais ce n’est pas tout. C’est aussi une responsabilité des parents, des commerçants et du ministère de l’Intérieur qui doit contrôler la commercialisation et l’usage de ces pétards sans oublier le contrôle judiciaire».
Malgré les textes de lois et les efforts fournis par les autorités pour stopper la vente de ces produits explosifs, ces derniers passent discrètement entre les mailles du filet menaçant la sécurité et la santé des usagers et des citoyens.
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