Société
Amina Bouayach plaide pour une justice réparatrice globale et durable en Afrique
01/05/2025 - 20:46
SNRTnews
Dans une intervention prononcée à distance le mardi 30 avril 2025, à l’issue du Forum africain des ONG tenu en marge de la 83ᵉ session de la Commission africaine des droits de l’homme, la présidente du Conseil national des droits de l’Homme du Maroc, Amina Bouayach, a appelé à repenser la notion de "justice réparatrice" à l’aune des défis actuels du continent africain
"L’Afrique porte depuis des siècles la marque d’un système injuste", a-t-elle déclaré, rappelant que ce système a fait de la traite des êtres humains un fondement d’accumulation des richesses, au prix de souffrances immenses infligées aux peuples africains.
Esclavage, traite humaine, colonisation, domination et exploitation… Ces fléaux, qualifiés d’injustes, dégradants et inacceptables, ont profondément marqué plusieurs générations, laissant des séquelles durables. Mme Bouayach souligne que la diaspora africaine incarne à la fois une mémoire vive des souffrances du passé et une victime de l’injustice persistante.
Elle a cependant souligné que la réparation de ces préjudices ne va pas sans obstacles : la responsabilité, la faisabilité et la finalité sont autant de défis à surmonter. Selon elle, les expériences comparables dans d’autres régions ont montré que la réparation, sous quelque forme que ce soit, ne saurait à elle seule guérir les blessures historiques ni corriger les inégalités actuelles.
Mme Bouayach insiste sur le fait que tout processus de réparation des dommages du passé doit s’inscrire dans une démarche de long terme, fondée sur l’implication effective des communautés directement ou indirectement touchées par les violations. Cette participation, estime-t-elle, est non seulement nécessaire, mais constitue une reconnaissance explicite de leurs droits fondamentaux bafoués.
Elle a également souligné que les parcours de justice transitionnelle en Afrique comme en Amérique latine ont démontré que les mécanismes de justice réparatrice peuvent être conçus, mis en œuvre et aboutir à des résultats concrets. La réparation ne se limite pas à une réponse à la douleur du passé, elle représente aussi un levier pour instaurer des transformations structurelles durables et construire une conscience collective opposée à toute forme de servitude et de déni de dignité humaine.
La quête de justice aujourd’hui, selon Mme Bouayach, ne peut se contenter d’actes symboliques ou d’initiatives isolées. Elle appelle ainsi à placer la justice économique au cœur des politiques de réparation, en mettant en œuvre des programmes de développement durable destinés aux communautés historiquement marginalisées, et en soutenant les initiatives portées par les Africains et les Afro-descendants.
Enfin, la présidente du CNDH a salué le rôle essentiel des institutions nationales des droits humains et des organisations non gouvernementales, actrices clés dans la documentation des séquelles des crimes historiques, la formulation de propositions précises pour la réparation et la revendication d’engagements concrets en matière de reconnaissance, de réparation et de garanties de non-répétition.
Organisé sur trois jours à Banjul, en Gambie, sous le thème "L’année de la réparation : justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers la réparation", le Forum des ONG offre un espace d’échange entre la société civile, les chercheurs et les décideurs. L’édition 2025 a mis l’accent sur divers enjeux : esclavage moderne, justice de genre dans les politiques de réparation, plaidoyer international pour la justice réparatrice, stratégies d’institutionnalisation des mesures de réparation et ancrage d’une approche fondée sur les droits humains.
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