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Après la chute annoncée du gouvernement Bayrou, qui va gouverner la France?
06/09/2025 - 10:02
AFP
Avec le renversement quasi-certain du gouvernement Bayrou lundi, le président français Emmanuel Macron se retrouve de nouveau face à une épineuse équation politique visant à trouver son cinquième Premier ministre depuis sa réélection en mai 2022
La France connaît une période d'instabilité inédite sous la Ve République, proclamée en 1958, depuis la décision du chef de l'Etat de dissoudre l'Assemblée nationale en juin 2024 après la victoire de l'extrême droite aux élections européennes.
Ces élections anticipées ont dégagé trois blocs sans majorité claire (une alliance de gauche, le centre-droit et l'extrême droite), dont l'affrontement rend toute coalition gouvernementale précaire.
Moins de neuf mois après la chute de l'éphémère gouvernement de Michel Barnier (99 jours), son successeur, le centriste François Bayrou, va à son tour être renversé.
Le Premier ministre a engagé la responsabilité de son gouvernement sur son projet de budget pour 2026, prévoyant 44 milliards d'économies et la suppression de deux jours fériés pour endiguer l'endettement exponentiel du pays (114% du PIB).
La gauche et l'extrême droite ont annoncé qu'elles voteraient contre, rendant inéluctable sa chute et ouvrant une nouvelle période d'incertitude politique dans la deuxième économie de l'Union européenne.
Nouveau gouvernement, élections ou démission ?
Les dirigeants du Rassemblement national (RN, extrême droite) ont appelé à une "dissolution ultra-rapide" de l'Assemblée nationale. Selon les derniers sondages, le parti arriverait en tête au premier tour d'un éventuel scrutin.
Emmanuel Macron a évoqué l'hypothèse, disant ne pas vouloir y avoir recours, mais sans l'exclure formellement.
Une dissolution ne changerait toutefois "probablement pas" la donne, estime Mathieu Gallard, de l'institut Ipsos: "d'après les enquêtes d'opinion des derniers jours, globalement le rapport de force reste à peu près le même qu'en 2024", estime-t-il.
Le parti de gauche radicale (La France Insoumise, LFI) appelle, lui, à une démission d'Emmanuel Macron.
Selon un sondage jeudi, 64% des Français souhaitent une élection présidentielle anticipée. Mais le président a assuré fin août qu'il irait au terme de son mandat en 2027. Son option privilégiée est de trouver un nouveau Premier ministre.
Un gouvernement, mais avec qui?
Le Parti socialiste (PS, 66 députés) a été le plus vocal pour se poser en recours, proposant un budget de 22 milliards d'économies basées notamment sur une taxe de 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros, ainsi qu'une suspension de la réforme des retraites de 2023.
Mais dégager une majorité avec un tel programme ne sera pas aisé. Cette option provoquerait le départ du parti de droite Les Républicains (49 députés) de la coalition actuelle, probablement celui du parti Horizons de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe (centre-droit, 34 députés), voire du MoDem de François Bayrou (centre, 36 députés).
A gauche, LFI (71 députés), alliée aux socialistes lors des élections l'an dernier, fustige une "tambouille" politicienne qui amènerait le PS à gouverner avec "la Macronie".
Une solution reste un Premier ministre non issu du PS, accepté par un large spectre allant du centre-droit au PS.
Pour Bruno Cautrès, politologue au Cevipof, aucun bloc n'a aujourd'hui la légitimité des urnes pour lancer de grandes réformes, comme voulait le faire François Bayrou.
"Peut-être que la solution serait de dire +on calme le jeu et on aura le grand débat sur nos finances publiques en 2027+, et d'essayer de trouver une personnalité qui symboliserait une forme d'apaisement aux yeux des marchés financiers et du pays", estime-t-il, évoquant les noms de la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et du ministre de l'Economie Eric Lombard.
Les Français y croient-ils encore?
Cette nouvelle crise politique intervient dans un contexte de défiance vis-à-vis des hommes politiques qui "ne sont pas efficaces pour répondre aux problèmes" du pays pour 9 Français sur 10, selon un sondage paru mercredi.
En outre, depuis l'été, circule sur les réseaux sociaux un appel à "tout bloquer" le 10 septembre.
Cette mobilisation protéiforme, dont l'ampleur est difficile à prévoir, regroupe des électrons libres penchant souvent à gauche, d'anciens "gilets jaunes", des militants de partis politiques comme LFI et syndicats comme la CGT, qui a appelé à la grève ce jour-là.
Le 18 septembre, l'ensemble des organisations syndicales ont par ailleurs appelé à la grève et aux manifestations.
En cas de succès, ces mobilisations pourraient peser sur les tractations gouvernementales, estime Mathieu Gallard: "ça va affaiblir le président et pousser les forces de gauche et le Rassemblement national dans une sorte de surenchère".
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