Société
Écrans, alimentation, sédentarité : les causes de l'obésité infantile
21/06/2026 - 18:37
Khaoula Benhaddou
Loin d’être un simple problème esthétique, l’obésité infantile est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique aux conséquences lourdes. Au Maroc, à l’instar de plusieurs pays à travers le monde, le phénomène touche une proportion croissante d’enfants et suscite des inquiétudes quant à leur santé future.
Longtemps considérée comme l'apanage des pays développés, l’obésité infantile progresse désormais de manière préoccupante au Maroc. Entre la mutation des habitudes alimentaires, la sédentarité croissante et le temps d’écran excessif, de plus en plus d’enfants sont touchés par cette pathologie. Contacté par SNRTnews, le pédiatre Jalal El Oudghiri alerte sur une situation qui exige une mobilisation urgente des familles, des professionnels de santé et des pouvoirs publics.
Selon le spécialiste, l’obésité infantile est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à partir de l’Indice de masse corporelle (IMC), calculé en fonction du poids et de la taille. Toutefois, chez l’enfant, le diagnostic ne repose jamais sur la seule valeur de cet indice. « Celui-ci doit être interprété à l’aide de courbes de corpulence adaptées à l’âge et au sexe afin d’évaluer correctement la croissance et de rechercher d’éventuelles complications », précise-t-il.
Une progression préoccupante
Au Maroc, l’obésité infantile s’impose progressivement comme un véritable problème de santé publique. « Les données disponibles montrent qu’environ 12,5 % des enfants de moins de cinq ans présentent un excès de poids. Chez les enfants d’âge scolaire, la prévalence du surpoids et de l’obésité est estimée entre 10 % et 15 % », indique le spécialiste.
Si les formes sévères semblent se stabiliser au sein de certaines populations, le nombre d’enfants en situation de surpoids continue d’augmenter. Une évolution d'autant plus inquiétante que « le surpoids constitue souvent la première étape vers l’obésité à l’adolescence, puis à l’âge adulte ».
Une pathologie multifactorielle
L’obésité infantile résulte d’une combinaison complexe de facteurs génétiques, environnementaux, comportementaux et médicaux.
Parmi les principaux déterminants figure l’évolution des habitudes alimentaires. La consommation excessive de sucres rapides, la multiplication des aliments ultra-transformés, le grignotage fréquent ainsi que l’augmentation des portions favorisent la prise de poids, le tout accentué par une carence en fruits et légumes.
La sédentarité joue également un rôle majeur. Les enfants consacrent davantage de temps aux terminaux numériques au détriment des activités physiques, des jeux en extérieur ou de la marche quotidienne. « Le temps passé devant la télévision, les smartphones, les tablettes ou les consoles réduit considérablement la dépense énergétique », explique le Dr El Oudghiri.
L’environnement familial influence aussi fortement les comportements. L’obésité parentale, l’absence de repas partagés ou le manque d’encadrement favorisent l’apparition du surpoids. D’autres facteurs interviennent dès la petite enfance, notamment l’obésité maternelle pendant la gestation, l’arrêt précoce de l’allaitement maternel ou une diversification alimentaire trop précoce.
L’impact critique des écrans
Pour le pédiatre, l’omniprésence des écrans constitue l’un des principaux défis actuels. Outre la réduction de l’activité physique, leur utilisation prolongée perturbe les cycles de sommeil et stimule la prise alimentaire.
« Les études scientifiques démontrent qu’un temps d’écran supérieur à deux heures par jour est associé à une augmentation significative du risque d’obésité », souligne-t-il. Les publicités pour des produits riches en lipides et en glucides, le grignotage passif et les troubles du sommeil liés à une exposition tardive à la lumière bleue renforcent ce risque.
Des complications médicales précoces
L’obésité expose les enfants à de nombreuses complications cliniques dès leur plus jeune âge : hypertension artérielle, dyslipidémie, résistance à l’insuline, diabète de type 2 ou encore stéatose hépatique non alcoolique. Des troubles respiratoires, notamment l’apnée du sommeil, ainsi que des pathologies orthopédiques sont également rapportés.
Le spécialiste rappelle qu’entre 70 % et 80 % des adolescents obèses le resteront à l’âge adulte, s'exposant à un risque accru de morbidité et de mortalité prématurée.
Un lourd impact psychologique
Au-delà des atteintes somatiques, l’obésité affecte le bien-être psychologique. Les moqueries, l'exclusion et le harcèlement scolaire altèrent l’estime de soi.
« Les répercussions psychologiques sont souvent aussi graves que les complications physiques », insiste le Dr El Oudghiri. Anxiété, repli sur soi, baisse des résultats scolaires et syndromes dépressifs sont fréquemment observés. Certains enfants développent des stratégies d’évitement social, accentuant leur isolement.
La prévention comme axe prioritaire
Face à ce constat, la prévention demeure la stratégie la plus efficace. Elle doit s’articuler dès la période périnatale et se poursuivre tout au long de la croissance.
Le pédiatre recommande de valoriser l’allaitement maternel, de respecter les paliers de la diversification, de privilégier une alimentation à haute densité nutritionnelle et de restreindre l’accès aux produits ultra-transformés. Les lignes directrices internationales préconisent au moins une heure d’activité physique quotidienne pour les enfants et les adolescents.
Une prise en charge globale
La prise en charge thérapeutique doit être pluridisciplinaire : médicale, nutritionnelle et psychologique.
« L’objectif n’est pas d’imposer un régime restrictif, mais d'instaurer des modifications durables du mode de vie », nuance le Dr El Oudghiri. Le rééquilibrage nutritionnel, la reprise progressive de l'exercice et le soutien psychologique forment le socle du protocole. Les options médicamenteuses et la chirurgie bariatrique restent exceptionnelles et strictement réservées aux cas pédiatriques les plus sévères.
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