Société
Écrans: la première année de vie pourrait être décisive pour le développement cognitif
13/06/2026 - 14:07
Khaoula Benhaddou
L'exposition aux écrans dès l'âge d'un an pourrait avoir des répercussions durables sur les capacités d'apprentissage des enfants. C'est la conclusion d'une étude publiée dans le World Journal of Pediatrics, qui met en évidence une association entre le temps passé devant les écrans au cours de la petite enfance et les performances scolaires observées plusieurs années plus tard.
Les chercheurs se sont appuyés sur les données de la cohorte singapourienne GUSTO (Growing Up in Singapore Towards Healthy Outcomes), qui suit le développement de centaines d'enfants depuis leur naissance. L'étude a porté sur 502 participants dont les parents ont renseigné le temps d'exposition quotidien aux écrans à différents âges clés: 1 an, 18 mois, 2 ans, 3 ans, 6 ans et 8 ans.
Les résultats montrent une augmentation progressive du temps d'écran au fil des années. En moyenne, les enfants passaient déjà 2,1 heures par jour devant un écran à l'âge d'un an, contre près de 3 heures quotidiennes à 8 ans. Une tendance qui reflète l'omniprésence croissante des outils numériques dans le quotidien des familles.
Pour évaluer les conséquences de cette exposition, les chercheurs ont soumis les enfants à des tests cognitifs standardisés à 9 ans et à 10 ans et demi. Les évaluations portaient notamment sur les performances académiques en lecture, en mathématiques et en écriture, ainsi que sur la mémoire de travail, une fonction cognitive essentielle à l'apprentissage.
Après avoir pris en compte plusieurs facteurs susceptibles d'influencer les résultats notamment le niveau d'éducation des parents, les revenus du foyer, le temps de sommeil ou encore le contexte familial, les auteurs ont observé que le temps d'écran à l'âge d'un an demeurait associé à des résultats scolaires plus faibles à 9 ans et à une mémoire de travail moins performante à 10,5 ans.
Selon les chercheurs, la première année de vie apparaît comme une période particulièrement sensible du développement cérébral.
"À cet âge, le cerveau connaît une croissance rapide et construit les bases des fonctions cognitives, du langage et des capacités d'attention. Une exposition importante aux écrans pourrait ainsi réduire le temps consacré à des activités essentielles telles que les interactions avec les parents, le jeu libre ou l'exploration de l'environnement."
L'étude révèle également que l'exposition cumulée aux écrans tout au long de l'enfance est associée à de moins bonnes performances scolaires. En revanche, aucun lien significatif n'a été observé entre cette exposition cumulée et la mémoire de travail, suggérant que certaines compétences cognitives seraient davantage influencées par des périodes spécifiques du développement que par la durée totale d'exposition.
Les auteurs avancent plusieurs pistes explicatives. Un temps d'écran élevé pourrait notamment affecter la qualité du sommeil, diminuer les interactions sociales et limiter les expériences d'apprentissage directes indispensables au développement cognitif. Ils soulignent également que tous les usages numériques ne se valent pas et que la nature des contenus consommés mérite d'être davantage étudiée.
Les chercheurs appellent toutefois à la prudence dans l'interprétation des résultats. L'étude étant observationnelle, elle ne permet pas de démontrer un lien de causalité direct entre les écrans et les difficultés scolaires. D'autres facteurs liés au mode de vie familial pourraient également intervenir.
Ces conclusions viennent renforcer les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, qui préconise de limiter autant que possible l'exposition aux écrans chez les jeunes enfants. Pour les auteurs, les premières années de vie représentent une fenêtre cruciale pour le développement cognitif, ce qui plaide en faveur d'une vigilance accrue concernant l'usage des écrans dès la petite enfance.
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