Politique
APSACO 2026: les technologies à bas coût au cœur des débats sur l’évolution des conflits en Afrique
12/06/2026 - 14:38
Malak Zougagh | Ayoub MouhyiddineLa deuxième journée de la 10e édition de la Conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique (APSACO) s’est ouverte à Rabat par un panel consacré à l’impact des technologies à faible coût sur les dynamiques des conflits contemporains.
Les discussions ont porté sur la manière dont les drones commerciaux, les communications chiffrées, les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle ou encore l’imagerie satellitaire transforment les modes d’action des groupes armés et les réponses des États face à des menaces en constante évolution.
Les intervenants ont souligné que ces technologies modifient profondément les rapports de force sur le terrain. L’un des principaux constats partagés est la démocratisation de capacités autrefois réservées aux États, notamment dans le domaine aérien.
Grâce à des drones peu coûteux, parfois assemblés à partir de composants commerciaux, des groupes armés non étatiques sont désormais capables de surveiller des zones, mener des frappes ciblées ou perturber des opérations militaires à moindre coût.
Les échanges ont toutefois nuancé l’idée selon laquelle ces outils placeraient les groupes armés et les États sur un pied d’égalité.
L’essor des drones au centre des préoccupations
Les drones ont occupé une place centrale dans les débats. Les intervenants ont relevé leur prolifération rapide sur le continent africain, notamment dans les régions confrontées à des insurrections armées. Le Sahel, le Soudan, la Libye ou encore l’Éthiopie ont été cités comme des exemples illustrant l’importance croissante de ces technologies dans les conflits récents.
Pour plusieurs participants, les drones modifient certaines règles du combat sans pour autant changer la nature même des guerres.
Leur efficacité dépend de leur intégration dans un ensemble plus large comprenant le renseignement, les communications, la guerre électronique et la formation des opérateurs. Les experts ont également mis en garde contre la tentation de considérer ces outils comme une solution suffisante pour vaincre des groupes armés ou résoudre des conflits complexes.
Désinformation, communications chiffrées et guerre de l’information
Au-delà des drones, les discussions ont mis en évidence le rôle croissant des technologies numériques dans les conflits. Les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie sécurisée et les campagnes de désinformation ont été identifiés comme des instruments capables d’influencer les perceptions, de perturber les processus politiques et d’amplifier les effets des opérations militaires. Le cas de la Libye a notamment été évoqué pour illustrer l’usage des applications de communication chiffrée dans l’organisation des groupes armés ainsi que l’influence d’acteurs extérieurs capables d’intervenir à faible coût dans les environnements informationnels locaux.
Des conflits appelés à durer davantage
Plusieurs intervenants ont estimé que la diffusion de ces technologies contribue à prolonger certains conflits. Selon eux, les groupes armés disposent désormais de moyens relativement accessibles pour maintenir une capacité de nuisance, tandis que les États conservent les ressources nécessaires pour éviter leur renversement. Cette situation crée un équilibre précaire dans lequel aucun des acteurs ne parvient à imposer une victoire décisive.
Les débats ont également souligné l’importance pour les États africains de développer leurs propres capacités technologiques et industrielles afin d’adapter leurs réponses à ces nouvelles réalités. Les participants ont évoqué la nécessité d’investir dans la production locale, l’innovation et la formation, tout en renforçant les cadres réglementaires encadrant l’usage de ces technologies.
À travers ce premier panel, la deuxième journée d’APSACO 2026 a ainsi mis en lumière les transformations rapides du paysage sécuritaire africain et les défis posés par l’accessibilité croissante d’outils technologiques capables de modifier les modes d’action des acteurs engagés dans les conflits contemporains.
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