Economie
La Bourse de Casablanca: une année 2025 record pour le marché des capitaux marocain
11/06/2026 - 19:26
Khaoula Benhaddou
Le marché des capitaux marocain a bouclé l'année 2025 sur des performances historiques, portées par une dynamique boursière inédite et une industrie de la gestion collective en plein essor. Le rapport annuel de l'Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) dresse un tableau particulièrement positif qui montre que l’ensemble des indicateurs clés a évolué favorablement dans un contexte marqué par la résilience de l’économie marocaine, le recul de l’inflation et les perspectives offertes par les grands chantiers d’infrastructures à l’horizon 2030.
Porté par la dynamique de la Bourse de Casablanca, l’essor de la gestion collective et une forte activité de financement des entreprises, l’écosystème financier national a franchi plusieurs seuils symboliques. C’est ce qui ressort du rapport annuel de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux qui vient d’être publié
Un MASI qui s'envole, une capitalisation qui franchit le cap du trillion
C'est le chiffre qui résume à lui seul la situation boursière de 2025 : la capitalisation de la Bourse de Casablanca a franchi pour la première fois de son histoire la barre symbolique des 1 000 milliards de dirhams, s'établissant précisément à 1 040,7 milliards à fin décembre. En un an, ce sont 288 milliards de dirhams de valeur supplémentaire qui ont été créés. Ce niveau représente désormais 61 % du PIB national.
L'indice de référence MASI a clôturé l'année sur une performance de 27,6 %, portant l'indice à 18 846 points. Une progression spectaculaire qui dépasse largement celle de 2024 (22,2 %) et qui place Casablanca parmi les places financières africaines les plus performantes de l'année. Le FTSE CSE Morocco 15 a affiché exactement la même performance, tandis que le MASI 20 progressait de 24,5 %.
La capitalisation boursière a, quant à elle, franchi pour la première fois le seuil des 1 000 milliards de dirhams pour atteindre 1 040,7 milliards de dirhams à fin 2025, soit une progression annuelle de près de 288 milliards de dirhams.
Cette envolée s'est accompagnée d'un bond remarquable des volumes d'échanges, en hausse de 63 % pour atteindre 161 milliards de dirhams. Le marché central, qui concentre les transactions au détail, a quasiment doublé son activité en un an (+98,2 %), représentant désormais les trois quarts du volume global. Résultat : le ratio de liquidité du marché s'est amélioré, passant de 12,5 % à 14,2 %.
Le retour en force des introductions en Bourse
L’année 2025 a également marqué le retour des introductions en Bourse. Trois sociétés ont rejoint la cote : Vicenne, Cash Plus et SGTM. Ces opérations ont permis de lever plus de 6 milliards de dirhams et ont suscité un engouement important de la part des investisseurs. À elles seules, les trois IPO ont attiré près de 290 000 souscripteurs et généré des demandes dépassant largement les montants proposés.
L’introduction de SGTM s’est particulièrement distinguée avec une opération de plus de 5 milliards de dirhams, sursouscrite 34 fois, tandis que celles de Vicenne et Cash Plus ont chacune enregistré des taux de sursouscription de 64 fois.
La gestion collective franchit le cap des 956 milliards
L'industrie des fonds d'investissement a, elle aussi, connu une année exceptionnelle. L'actif net global des Organismes de Placement Collectif (OPC) a progressé de 22,1 % pour dépasser 956 milliards de dirhams, représentant désormais 56 % du PIB national.
Les OPCVM classiques ont atteint 785 milliards de dirhams (+20,2 %), avec un taux de croissance annuel moyen de 9 % sur la dernière décennie. Mais c'est la catégorie des Fonds de Placement Collectif en Titrisation (FPCT) qui affiche la progression la plus spectaculaire : +83 % en un an, pour un encours total de 31,8 milliards de dirhams. Les OPCI (immobilier) ont quant à eux consolidé leur trajectoire ascendante à 134 milliards de dirhams (+22,5 %).
La dette privée en pleine accélération
Sur le segment du financement des entreprises, les levées de capitaux ont progressé de 30,6 % pour totaliser 143,6 milliards de dirhams. Les émissions obligataires privées ont plus que doublé à 50,9 milliards, portées essentiellement par les placements privés (+229 %). Parmi les opérations notables, OCP Nutricrops a levé 5 milliards de dirhams en décembre, et l'ONEE a réalisé deux émissions dans l'année pour un total de 5 milliards.
Le secteur financier reste le premier émetteur de dette, représentant 53 % des levées, suivi par le secteur minier (15 %). L'encours global des obligations a progressé de 16,6 % pour s'établir à 212 milliards de dirhams.
Fait notable de l'année : la première levée de fonds via un OPCI (fonds immobilier), pour un montant de 500 millions de dirhams en décembre, signant l'entrée de ce véhicule dans le marché primaire.
Des investisseurs de plus en plus nombreux
La base d'investisseurs s'est élargie de façon significative. Le nombre de comptes-titres a quasiment doublé en un an, passant de 230 604 à 401 169. Les clients actifs des sociétés de bourse ont progressé de 142 %, pour atteindre 35 287 personnes, dont 32 002 particuliers marocains — un signe clair que la Bourse de Casablanca attire une clientèle nouvelle, au-delà des institutionnels traditionnels.
La structure du marché reste néanmoins dominée par les acteurs institutionnels. Les OPCVM et les personnes morales marocaines concentrent 64 % des flux transactionnels, tandis que les investisseurs étrangers maintiennent une part stable de 5 %. La part des investissements étrangers et des MRE dans la capitalisation boursière s'élève à 21,2 %, essentiellement sous forme de participations stratégiques (89,4 %).
Un cadre réglementaire modernisé
L'année 2025 a également été marquée par une refonte majeure du cadre juridique. La loi n° 03-25 relative aux OPCVM, publiée le 4 décembre, représente une réécriture complète de la réglementation en vigueur depuis 1993. Elle introduit de nouvelles catégories de fonds (ETF, fonds participatifs, structures maître-nourricier), élargit l'univers d'investissement aux instruments financiers à terme et aux titres d'OPCI, et renforce les obligations des sociétés de gestion.
Entre records boursiers, regain des introductions en Bourse, essor des fonds d’investissement et modernisation du cadre réglementaire, l’écosystème financier national confirme sa capacité à accompagner les ambitions économiques du Royaume. Une dynamique qui pourrait encore s’accélérer à l’approche des grands rendez-vous de 2030.
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