IA
Le néofascisme: Comment les technologies modernes nous arrachent-elles notre humanité?
11/06/2026 - 11:02
Jamal El Khanoussi
Au moment où nous parlons, nous, les gens ordinaires, de l’intelligence artificielle et des innovations technologiques effrayantes, ainsi que de leur impact destructeur sur les emplois et l’avenir du prolétariat laborieux, une poignée «d’hommes blancs» fabrique l’avenir de l’humanité et ne se contente pas seulement d’y réfléchir. Au point que nous pouvons dire que le futur est déjà notre présent. Et ce que nous imaginions, dans les films de science-fiction et la vague cyberpunk, comme un avenir lointain, est devenu une réalité parmi nous, inventée par les milliardaires de la Silicon Valley.
Voici une vérité incontournable: l’intelligence artificielle supprimera des millions d’emplois et créera, en contrepartie, des millions de nouvelles opportunités de travail. Celui qui craint la disparition ou le chômage programmé doit s’adapter à la nouvelle réalité et changer de cap dans le sens des vents du changement. Mais ce que l’on observe ces derniers temps, c’est un recul relatif des prévisions précédentes concernant le rôle destructeur de l’intelligence artificielle sur le marché du travail. Dans une démarche rare, Sam Altman, le président-directeur général d’OpenAI, est revenu sur ses précédentes déclarations et a affirmé que l’impact de cette technologie sur le marché du travail était moins dramatique que prévu.
Dans le même sens, il y a quelques jours, le président-directeur général de Goldman Sachs, David Solomon, a défendu une position similaire dans une tribune publiée par le New York Times, où il a affirmé que la fin du monde professionnel liée à l’IA était exagérée, et que la technologie permettrait aux humains de se concentrer sur les tâches complexes au lieu de s’occuper des travaux répétitifs et monotones.
Mais ce discours rassurant n’est qu’une escroquerie et une manipulation. Même s’il contient une part de vérité, il cache une question plus profonde; car le jeu se joue sur un autre terrain, et le piège se tisse à des niveaux plus vastes et plus dangereux. C’est exactement ce que saisit Asma Mhalla dans son dernier livre, «Cyberpunk: le nouveau système totalitaire», où elle révèle une vérité terrifiante concernant un nouveau système totalitaire au XXIe siècle, qui mêle le fascisme traditionnel aux technologies avancées, lesquelles contrôlent notre conscience pour la modeler et la façonner comme elles le souhaitent.
Il ne s’agit donc pas ici du fascisme dans son sens classique, c’est-à-dire le parti unique et la police secrète, mais d’une nouvelle forme de domination, comme dans le célèbre roman «1984» de George Orwell: un pouvoir qui n’a pas toujours besoin de répression directe, parce qu’il reconfigure notre conscience et notre comportement depuis l’intérieur des écrans, des algorithmes et de l’infrastructure numérique. «Big Brother» nous voit et nous contrôle.
Et ce fascisme technologique a des visages et des symboles, dont le plus important est Elon Musk, qui représente une force fusionnant politique et technologie, en mettant la seconde au service de la première à travers des innovations stupéfiantes comme Starlink et Neuralink, afin de contrôler les esprits et l’avenir de l’humanité dans son ensemble. Le nom de Peter Thiel se distingue également, architecte de la nouvelle pensée réactionnaire. Il est le fondateur de «PayPal» et de «Palantir», qui a émergé après le 11 septembre, avec l’argent du renseignement et l’esprit de la Silicon Valley, pour fabriquer une seule chose: transformer les données en décisions et l’information dispersée en cible précise. Elle travaille avec les armées, les services de renseignement, les gouvernements et les grandes entreprises. Elle reste toujours loin de la lumière, «parce que sa vraie puissance n’est pas dans ce qu’elle fait, mais dans ce qu’elle sait». L’homme qui se tient derrière cette machine complexe considère que «la démocratie est l’ennemie de la liberté», et que «certaines entreprises sont construites pour vendre des produits, et certaines entreprises sont construites pour voir ce que les États ne voient pas».
Selon Asma Mhalla, ces dirigeants ne représentent pas seulement des individus, mais des parties d’un «logiciel politique» unique, qui vise à transformer les citoyens en simples «données» dans les algorithmes du futur.
Mhalla met en garde contre ce qu’elle appelle l’érosion de la vérité et son remplacement par des modèles de simulation numérique, ce qui conduit à fragmenter l’identité humaine et à transformer les citoyens en simples algorithmes.
Cette situation pose la question de l’absence de vision pour faire face à cette avancée technologique écrasante, qui dépasse les frontières pour pénétrer les esprits et les corps. Cette précieuse référence conclut que la prochaine bataille n’est pas seulement politique, mais qu’elle est une bataille pour préserver la dignité humaine et la capacité de penser librement dans un monde programmé.
Le problème aujourd’hui n’est plus dans la fabrication du contenu ou la construction du récit, mais dans la possession des trajectoires de flux et des canaux de transmission. La vraie puissance n’est plus chez celui qui produit le récit, mais chez celui qui contrôle le canal par lequel il passe. Celui qui possède le canal ne possède pas seulement le moyen de diffusion, il possède la capacité d’organiser les récits, en amplifiant certains et en en dissimulant d’autres.
La question n’est pas celle des emplois perdus ou des récits produits, elle est bien plus grande que cela, car une poignée de personnes contrôle l’avenir de l’humanité tout entière. La question n’est pas seulement une affaire de technologie et de politique, mais une affaire de liberté, de démocratie et de valeurs humaines menacées dans leur essence. Nous ne vivons pas dans le futur, comme certaines formules publicitaires aiment le dire, mais nous vivons les cauchemars du futur et nous nous y débattons avant l’heure.
Jamal El Khanoussi
Articles en relations
Politique
Technologie
Monde
Politique