Société
Comportement civique dans l’espace public: Le CESE plaide pour un pacte national de citoyenneté à l’horizon 2030
10/06/2026 - 14:28
Khaoula BenhaddouLe Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à une mobilisation collective pour renforcer les comportements civiques dans les espaces publics.
À travers un avis présenté ce mardi 10 juin à Rabat, l’institution présidée par Abdelkader Amara propose une feuille de route ambitieuse articulée autour de l’éducation à la citoyenneté, de l’exemplarité des institutions et du respect rigoureux des règles communes, avec en ligne de mire la Coupe du monde 2030.
Le civisme dans les espaces publics constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la qualité du vivre-ensemble, la cohésion sociale et le développement durable. C’est le constat dressé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui a présenté les conclusions de son avis intitulé "Le comportement civique dans les espaces et lieux publics".
À cette occasion, le président du CESE, Abdelkader Amara, a souligné que l’espace public est le reflet de la relation entre l’individu et la collectivité. Il constitue, selon lui, "un lieu de partage où se manifestent quotidiennement les valeurs de respect mutuel, de responsabilité citoyenne et de préservation des biens communs".
Un héritage de solidarité, mais des comportements préoccupants
Lors de sa présentation, Abdelkader Amara a rappelé que le Maroc dispose d’un riche patrimoine de valeurs fondées sur la solidarité, l’entraide et l’intérêt général. Cet héritage s’est notamment illustré lors de nombreuses crises nationales, à travers des élans de mobilisation citoyenne et de cohésion sociale.
Cependant, l’institution constate l’apparition de comportements qui fragilisent les conditions du vivre-ensemble. Parmi les manifestations les plus fréquentes figurent les atteintes à la propreté publique, les nuisances sonores, les dégradations des équipements collectifs, les insultes dans l’espace public ou encore les comportements dangereux sur les routes. Certaines enceintes sportives connaissent également, de manière ponctuelle, des débordements liés aux tensions entourant les compétitions.
Selon le CESE, ces dérives trouvent leur origine dans plusieurs facteurs : mutations des modes de socialisation, influence croissante des plateformes numériques, fragilités socio-économiques, insuffisance de la gestion de proximité ou encore application inégale des règles encadrant l’espace public.
Des initiatives existantes, mais encore dispersées
Le Conseil relève que plusieurs acteurs œuvrent déjà à la promotion du civisme. Le système éducatif intègre progressivement les valeurs citoyennes dans les programmes scolaires, tandis que les médias publics multiplient les campagnes de sensibilisation sur la citoyenneté, la solidarité ou encore la sécurité routière.
Le ministère des Habous et des Affaires islamiques contribue également à cet effort à travers des actions d’orientation et d’encadrement, tandis que les centres de protection de l’enfance et les établissements pénitentiaires développent des programmes de réinsertion.
Néanmoins, ces initiatives demeurent souvent sectorielles et insuffisamment coordonnées, estime le CESE, qui appelle à une approche globale et intégrée.
Un projet national pour réhabiliter le civisme
Pour remédier à cette situation, le Conseil propose le lancement d’un projet national de promotion du comportement civique dans les espaces publics. Celui-ci reposerait sur une charte nationale définissant les règles de conduite communes et mobilisant l’ensemble des acteurs concernés : citoyens, collectivités territoriales, administrations, société civile, médias et secteur privé.
Le CESE préconise également un renforcement de l’application des sanctions relatives aux atteintes à l’ordre public et à la tranquillité collective, tout en privilégiant, lorsque cela est possible, des mesures éducatives et réparatrices telles que les travaux d’intérêt général ou les formations de sensibilisation.
Parmi les autres recommandations figure l’élaboration d’un code national du comportement civique dans les services publics, destiné à clarifier les droits et devoirs des usagers comme des agents publics, dans le respect des principes de bonne gouvernance et de qualité de service.
Le Conseil insiste également sur l’intégration explicite de l’éducation au civisme dans l’ensemble du parcours scolaire, dès le préscolaire, à travers des approches pédagogiques adaptées et le développement des activités parascolaires.
La Coupe du monde 2030 comme catalyseur
Pour le CESE, l’organisation de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, constitue une opportunité exceptionnelle pour accélérer cette dynamique. L’institution suggère d’ailleurs d’élargir le champ d’action de la structure "Maroc 2030" afin qu’elle participe à la mise en œuvre du projet national en faveur du civisme.
L’objectif est de faire du comportement citoyen un élément central de la préparation du Royaume à cet événement planétaire et d’en faire un levier durable d’amélioration de la qualité de l’espace public.
Vers une citoyenneté sportive responsable
Une part importante de l’avis est consacrée aux manifestations sportives, considérées comme un puissant vecteur de citoyenneté. Au-delà de leur impact économique et touristique, elles favorisent le lien social, l’appartenance collective et le rayonnement international du pays.
Le CESE souligne toutefois que ces bénéfices restent conditionnés à la promotion d’un comportement responsable dans et autour des stades. Selon une consultation citoyenne menée par le Conseil sur l’économie du sport, 65 % des répondants déclarent ne pas assister aux événements sportifs en raison des phénomènes de violence et de hooliganisme.
Face à ce constat, l’institution plaide pour une approche préventive reposant sur la sensibilisation, l’encadrement des supporters et le partage des responsabilités entre organisateurs, autorités publiques et public. Elle recommande notamment de développer une véritable culture de citoyenneté sportive, d’améliorer les conditions d’accueil dans les infrastructures et de recourir davantage aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle pour renforcer la sécurité et la gestion des événements.
Une perception globalement positive, mais des attentes fortes
Le CESE s’est appuyé sur une enquête réalisée sur le terrain auprès d’un échantillon représentatif de 1.012 citoyens. Les résultats révèlent que 59 % des personnes interrogées estiment que le niveau de civisme s’améliore au Maroc, tandis que 24 % le jugent stable et 18 % considèrent qu’il se dégrade.
Les comportements les plus problématiques identifiés concernent la propreté et l’environnement (77 %), les violences et comportements agressifs (74 %) ainsi que les infractions au code de la route (40 %).
Les espaces les plus touchés seraient les voies publiques et espaces urbains (67 %), les transports collectifs (61 %) et les services publics (61 %).
Quant aux principaux leviers d’amélioration, les citoyens placent en tête la sensibilisation et l’éducation (70 %), suivies du renforcement des sanctions (63 %), de l’exemplarité des institutions (47 %), de la participation citoyenne (45 %) et de l’amélioration des infrastructures (36 %).
Prévenir les petits désordres avant qu’ils ne s’aggravent
Pour conclure, Abdelkader Amara a évoqué la célèbre théorie de la "vitre brisée", selon laquelle les petites formes de désordre dans l’espace public, lorsqu’elles ne sont pas corrigées rapidement, favorisent l’apparition de comportements plus graves.
Une leçon qui, selon le président du CESE, rappelle l’importance d’intervenir précocement face aux incivilités, tout en améliorant la qualité de l’aménagement urbain et la coordination entre les politiques de sécurité et de gestion des espaces publics.
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