Société
Gaspillage alimentaire: le CESE présente ses recommandations
11/03/2026 - 14:02
Khaoula BenhaddouChaque année, des tonnes de nourriture parfaitement consommable finissent à la poubelle à travers le monde. Ce phénomène, connu sous le nom de gaspillage alimentaire, représente aujourd’hui l’un des paradoxes les plus frappants de notre époque: alors que des millions de personnes souffrent encore de la faim, une part importante de la production alimentaire mondiale est perdue ou jetée. Conscient de l’ampleur de ce phénomène, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, ce mercredi 11 mars, son avis sur la perte et le gaspillage alimentaires au Maroc, lors d’une conférence de presse.
Cet avis a été élaboré selon une approche participative, à travers des débats élargis entre les différentes composantes du Conseil, des séances d’écoute avec les principaux acteurs concernés, ainsi que les résultats d’une consultation citoyenne lancée sur la plateforme numérique "Ouchariko". Cette consultation a enregistré 1.591 réponses au questionnaire proposé.
Les principales causes du gaspillage
Selon les résultats de cette consultation, plusieurs facteurs expliquent le gaspillage alimentaire au niveau des ménages. Les participants citent notamment le changement d’apparence ou d’odeur des aliments (25%), le dépassement de la date de péremption (21%), la mauvaise planification des repas (16%) , l’achat de quantités excessives (12%), le manque de connaissances sur les méthodes de conservation (12%), la préférence pour les produits frais (8%) et le faible coût des produits jetés (4%).
Les données du CESE montrent également que les produits les plus concernés par le gaspillage sont les produits en conserve (36%), les plats rapides à préparer (35%) et les produits frais (23%).
Comment réduire le gaspillage?
Concernant les solutions envisagées par les citoyens pour réduire le gaspillage alimentaire, 29% des personnes interrogées estiment que l’achat de quantités adaptées aux besoins est la mesure la plus efficace.
Par ailleurs 19% recommandent de donner les produits avant leur date de péremption, 16% préconisent une meilleure planification des repas, 15% suggèrent de valoriser les restes alimentaires en les réutilisant dans d’autres recettes.
Parmi les mesures prioritaires identifiées, 22% des répondants plaident pour le renforcement de la recherche sur les technologies de conservation et de recyclage, 20% suggèrent la création de points de collecte et de tri, tandis que 19% appellent à intensifier les campagnes de sensibilisation. Enfin, 14% recommandent la mise en place de rayons "anti-gaspillage" dans les grandes surfaces afin de vendre à prix réduit les produits proches de la date de péremption.
Une stratégie nationale durable pour l’alimentation
Le CESE estime que la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires constitue un enjeu majeur qui doit être placé au cœur d’une stratégie nationale durable pour l’alimentation.
Une telle stratégie devrait, outre la réduction du gaspillage, viser à renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, préserver les ressources naturelles, rationaliser les importations de produits et d’intrants alimentaires, et promouvoir un modèle alimentaire plus durable, plus équitable socialement et plus résilient face aux crises, tout en tenant compte des modes de consommation des citoyens.
Dans cette perspective, le Conseil propose l’élaboration d’un plan d’action spécifique consacré à la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, qui serait ensuite intégré dans la stratégie nationale durable pour l’alimentation.
Les principales recommandations
Lors de la conférence de presse, la rapporteure du sujet, Mina Rachati, a précisé que les données indiquent que les ménages marocains ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit 113 kilogrammes par habitant et par an.
Par la suite, elle a présenté une série de recommandations, parmi lesquelles l’élaboration d’une loi spécifique de lutte contre la perte et le gaspillage alimentaires ainsi que la clarification et l’harmonisation des règles relatives aux dates de péremption, en distinguant clairement entre "à consommer jusqu’au" (lié à la sécurité sanitaire) et "à consommer de préférence avant" (lié à la qualité), avec la possibilité d’allonger certaines durées de conservation lorsque les conditions le permettent.
Le CESE recommande également la mise en place d’un mécanisme de gouvernance multipartite réunissant les départements gouvernementaux concernés, le secteur privé et la société civile afin de coordonner les actions, la création d’un observatoire national de la perte et du gaspillage alimentaires chargé de collecter les données, produire des indicateurs et proposer des mesures adaptées.
Le Conseil appelle également à l’intégration des objectifs de réduction du gaspillage dans les politiques publiques sectorielles, notamment dans les services de restauration publique (hôpitaux, écoles, centres sociaux et établissements pénitentiaires).
Améliorer les infrastructures et les circuits de distribution
Le Conseil souligne également l’importance d’améliorer les infrastructures de stockage et de transport, en particulier dans les régions à fort potentiel agricole. Il recommande notamment la construction d’entrepôts adaptés et le développement d’unités de réfrigération fonctionnant à l’énergie solaire.
Par ailleurs, le CESE plaide pour la mise en place d’unités de transformation de proximité afin de valoriser les produits agricoles périssables, ainsi que pour le développement des circuits courts de commercialisation afin de réduire les intermédiaires et limiter les pertes liées au transport et à la logistique.
Encourager les initiatives citoyennes et numériques
Le Conseil encourage également les entreprises à intégrer des pratiques de recyclage et de réutilisation dans leurs processus de production et de distribution, ainsi qu’à faire don des excédents alimentaires aux associations, conformément aux dispositions fiscales permettant la déduction des dons.
Il recommande aussi le développement d’applications numériques permettant de gérer les stocks, suivre les produits et faciliter la redistribution des invendus au profit des réseaux solidaires.
Enfin, le CESE appelle à soutenir les initiatives citoyennes telles que les frigos solidaires et les applications de don alimentaire, tout en renforçant la sensibilisation du public.
Il préconise notamment d’intégrer la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les programmes scolaires et de mener des campagnes de sensibilisation sans oublier de rappeler le rôle important des médias pour informer et sensibiliser sur ce phénomène.
Dans un contexte marqué par les défis climatiques et les tensions sur les ressources, réduire le gaspillage alimentaire n’est plus seulement un choix, mais une nécessité.
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