Société
Ramadan: le gaspillage alimentaire ne rime pas avec le jeûne!
24/03/2025 - 13:04
Khawla Znaizini
Pendant le mois de Ramadan, le gaspillage alimentaire soulève un débat sur ses impacts religieux et sanitaires. En effet, ces pratiques vont à l’encontre des enseignements religieux, qui encouragent la modération alimentaire et la lutte contre le gaspillage.
D’après l’Association marocaine des droits des consommateurs, près d’un tiers des produits alimentaires sont gaspillés durant le Ramadan. Cette situation entraîne une perte financière importante, estimée à environ 500 dirhams par mois pour près de 41% des ménages.
Les statistiques montrent que le gaspillage alimentaire durant le Ramadan représente une part importante des déchets au Maroc. Les aliments les plus jetés sont les sources de glucides et les légumes, ce qui peut entraîner un déséquilibre nutritionnel.
Asmaa Zrioul, nutritionniste, souligne que ce phénomène s’accentue sous l’influence des traditions et des habitudes sociales. Elle explique que le contenu visuel diffusé durant le mois sacré joue également un rôle déterminant dans l’évolution des comportements alimentaires.
Sur les réseaux sociaux, par exemple, les familles ressentent une pression à présenter des tables abondantes et variées, tandis que les chaînes spécialisées en cuisine mettent en avant des recettes souvent déséquilibrées. Cette tendance favorise une alimentation excessive et impacte la qualité des repas, entraînant des déséquilibres nutritionnels.
Zrioul déclare à SNRTnews qu’il existe deux formes de gaspillage alimentaire pendant le Ramadan. La première survient lorsque l’individu consomme plus que ses besoins, ce qui lui cause des problèmes de santé comme l’obésité, le diabète et l’hypertension, surtout quand il s’agit d’une alimentation déséquilibrée. La seconde concerne les grandes quantités de nourriture présentées au moment du Ftour, ce qui engendre un excès de nourriture sur la table, entraînant le gaspillage.
Asmaa Zrioul affirme que la bonne santé dépend toujours d’une alimentation équilibrée surtout en ce mois de Ramadan, elle explique qu’au contraire, les repas déséquilibrés ne répondent pas aux besoins nutritionnels du corps, provoquant la fatigue et l’épuisement après la rupture du jeûne.
La nutritionniste met l’accent sur l’importance de la sensibilisation pour une consommation responsable et l’adoption de pratiques alimentaires saines, en harmonie avec les traditions et l’engagement religieux. Elle encourage également la planification des repas et la réutilisation ingénieuse des restes, contribuant ainsi à la culture du développement durable et à la solidarité sociale.
D’un point de vue religieux, Lahcen Sekenfal, président du Conseil des Oulémas de la préfecture de Skhirat-Témara, rappelle que Ramadan est un mois de spiritualité, consacré au jeûne, à la prière et à l’invocation. Il souligne que ces comportements alimentaires excessifs ne correspondent pas aux principes de l’Islam.
Dans une déclaration à SNRTnews, Sekenfal insiste sur l’interdiction du gaspillage en Islam, aussi bien pendant le mois sacré du Ramadan citant le verset : "Mangez et buvez, mais ne gaspillez pas, Il n’aime pas les gaspilleurs." (Sourate Al-A’raf).
Il affirme que le gaspillage est une forme d’ingratitude envers les bienfaits accordés par Dieu. Il explique: "Le gaspillage peut priver de bénédiction. Ramadan est un mois de discipline et de spiritualité, il perd de son sens lorsque certaines pratiques alimentaires rompent cet équilibre spirituel et physique."
Il cite également un autre verset: "Les gaspilleurs sont les frères des démons, et le démon est ingrat envers son Seigneur." (Sourate Al-Isra).
Le président du Conseil local des Oulémas de Skhirat-Témara rappelle que le Ramadan est une occasion d’apprendre la modération dans les dépenses. Il précise que le jeûne vise à réduire la consommation alimentaire et à offrir au corps une pause pour se purifier des toxines accumulées. Il appelle aussi à réfléchir sur la condition des pauvres et à promouvoir l’esprit de solidarité, qui fait partie des valeurs de l’Islam. Selon lui, partager la nourriture excédentaire avec ceux qui en ont besoin est une pratique fondamentale de l’Islam.
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