Société
Prolifération des essaims de criquets dans le sud du Maroc: Quelles en sont les causes?
02/06/2026 - 21:02
Widad Benmoumen
Plusieurs régions du Sud et du Sud-Est du Maroc, notamment Errachidia et Alnif dans la province de Tinghir, retiennent leur souffle face à la prolifération d'essaims de criquets pèlerins. Ce phénomène suscite une vive inquiétude chez la population locale et les agriculteurs, qui redoutent de lourdes répercussions sur les cultures maraîchères et les oasis, piliers économiques majeurs de ces zones subsahariennes.
Contacté par SNRTnews, Mustapha El Aïssate, expert en environnement, développement durable et climat, explique que cette invasion acridienne est intrinsèquement liée aux récents bouleversements climatiques qu'a connus la région, créant ainsi un écosystème particulièrement propice à la reproduction et à la propagation de ce fléau.
Le dérèglement climatique comme catalyseur
Selon M. El Aïssate, les récentes perturbations météorologiques ont favorisé la prolifération de ces insectes, notamment après les précipitations enregistrées dans certaines zones désertiques. Il souligne que les longues périodes de sécheresse, suivies de pluies torrentielles inhabituelles, ont généré le taux d’humidité idéal pour la ponte et ont accéléré le cycle de développement des criquets, entraînant une explosion démographique de l'espèce à grande échelle.
L'expert précise que les facteurs locaux ne sont pas les seuls en cause. Les pluies d’orage et les vents violents ont également contribué au déplacement de ces essaims sur de longues distances, depuis leurs foyers de reproduction traditionnels situés au Sahara et dans le Sahel africain, pour atteindre le territoire marocain en raison de la position géographique stratégique du Royaume.
Une menace critique pour la sécurité alimentaire et les oasis
Mesurant la gravité de la situation, M. El Aïssate rappelle que le criquet pèlerin figure parmi les ravageurs migrateurs les plus redoutables au monde. Un seul essaim, s'étendant sur un kilomètre carré, peut compter environ 80 millions d'individus capables de dévaster des quantités massives de couvert végétal et de récoltes agricoles en un temps record.
Il ajoute que l’impact de cette invasion dépasse les cultures saisonnières pour menacer directement les oasis et les palmeraies (phéniciculture), véritables poumons économiques de ces régions, qui jouent un rôle écologique crucial dans la lutte contre la désertification et le maintien des équilibres écosystémiques.
Riposte institutionnelle : Le plan d'urgence national activé
Face à ces menaces, l'expert environnemental indique que les autorités marocaines ont réagi promptement en activant un plan d'urgence national basé sur la veille précoce et l'intervention rapide, afin de circonscrire les essaims avant l'aggravation de la situation. La stratégie du Royaume repose ainsi sur une approche préventive, jugée la plus efficace face à ce fléau.
Dans ce sens, le Centre National de Lutte Anti-Acridienne (CNLA), en parfaite coordination avec l'Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA), a mobilisé des équipes de terrain spécialisées. Ces brigades quadrillent les zones touchées de jour comme de nuit, menant des opérations de traitement terrestre ainsi que des interventions aériennes dans les zones d’accès difficile.
Les opérations de démoustication et de traitement anti-acridien menées récemment ont couvert de vastes superficies de terres infestées, s'inscrivant dans le cadre des efforts visant à endiguer le phénomène et à empêcher sa progression vers de nouvelles provinces.
Coopération régionale et vigilance continue
Par ailleurs, M. El Aïssate souligne que le Maroc ne cantonne pas sa stratégie de lutte à l'intérieur de ses frontières. Le Royaume mise fortement sur la coopération régionale avec les pays situés dans les zones de reproduction grégarigène, à travers des initiatives de solidarité visant à éradiquer le criquet pèlerin à la source, avant qu'il ne migre vers le territoire national.
L'intervenant insiste sur le fait que le criquet pèlerin demeure un fléau transfrontalier exigeant une coordination régionale et internationale permanente, d'autant plus que le changement climatique accentue les conditions environnementales favorables à la prolifération des insectes.
En conclusion, Mustapha El Aïssate réitère que le maintien d'une vigilance maximale, l'alerte précoce et le renforcement de la synergie entre les différents départements ministériels et acteurs concernés restent les seuls gages pour atténuer les effets de ce phénomène et préserver le patrimoine agricole et pastoral du Maroc.
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