Société
Jusqu'à 45 % des cas de démence seraient liés à des facteurs évitables
17/07/2026 - 22:14
Khaoula Benhaddou
Près d'un cas de démence sur deux pourrait être évité. C'est le principal message de la nouvelle édition des recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) consacrées à la prévention du déclin cognitif. Alors que plus de 57 millions de personnes vivent aujourd'hui avec une démence dans le monde, l'organisation met en avant une série de mesures validées par les dernières données scientifiques pour réduire ce risque.
En 2021, près de 57 millions de personnes vivaient avec une démence dans le monde, dont plus de 60 % dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. En l'absence de traitement curatif largement accessible, la prévention demeure aujourd'hui le levier le plus efficace pour ralentir la progression de ces maladies neurodégénératives.
Selon l'OMS, les facteurs de risque s'accumulent progressivement tout au long de la vie. L'organisation estime que jusqu'à 45 % des cas de démence pourraient être associés à des facteurs modifiables, parmi lesquels l'hypertension, le diabète, l'obésité, l'inactivité physique, une alimentation déséquilibrée, le tabagisme ou encore l'exposition à la pollution de l'air.
Au Maroc, une maladie encore difficile à mesurer
Si les données mondiales sont de mieux en mieux documentées, la situation au Maroc reste difficile à évaluer.
"Malheureusement, il n'existe pas d'enquête épidémiologique territoriale qui puisse nous donner une incidence ou une prévalence des démences au Maroc", explique, dans une déclaration à SNRTnews la neurologue Pr Ilham Slassi
Dans sa pratique quotidienne, elle observe toutefois les mêmes tendances que celles décrites à l'échelle internationale.
"Comme partout ailleurs, avec le vieillissement de la population, la maladie d'Alzheimer semble être la forme de démence la plus fréquente chez nous également. Son incidence augmente au fur et à mesure que l'on avance dans les tranches d'âge."
La spécialiste attire également l'attention sur une autre forme de démence souvent méconnue. "Les démences vasculaires sont, à mon sens, extrêmement fréquentes, même si nous ne disposons pas de chiffres précis. Elles sont la conséquence de lésions vasculaires cérébrales, notamment de la leucoaraïose, liée à une atteinte des petites artères profondes du cerveau. Cette atteinte est favorisée par l'accumulation des facteurs de risque cardiovasculaires, en particulier une hypertension artérielle insuffisamment prise en charge".
Prévenir dès l'enfance
pour la neurologue, la prévention ne commence pas à la retraite: "Il existe des facteurs de risque contre lesquels nous ne pouvons rien, comme l'âge ou la prédisposition génétique. En revanche, de nombreux facteurs sont modifiables et c'est sur eux qu'il faut agir très tôt dans la vie".
La spécialiste insiste sur l'importance d'une bonne hygiène de vie dès le plus jeune âge. "Je dirais que la prévention commence dès l'enfance. Une alimentation saine notamment avec le régime méditerranéen étant le plus recommandé associée à une activité physique régulière constitue la première étape pour préserver la santé du cerveau", souligne-t-elle.
L'activité physique : oui, mais pas seulement la marche
Parmi les recommandations de l'OMS, l'activité physique bénéficie du niveau de preuve le plus élevé. Pour autant, la neurologue estime qu'il est nécessaire d'aller au-delà de la simple marche. "La marche est toujours préférable à la sédentarité, mais elle n'est pas idéale à elle seule. C'est une activité en grande partie automatique qui sollicite peu la coordination et ne mobilise qu'une partie des muscles."
Dans ce sens, la spécialiste recommande une activité physique variée. "L'idéal est de pratiquer une activité complète qui fasse travailler le renforcement musculaire, le cardio, les étirements, la coordination des mouvements et l'équilibre. Le Pilates, le yoga, le tai-chi sont d'excellentes disciplines. La danse est également un excellent sport: elle associe activité physique, coordination, musique et plaisir, ce qui est bénéfique aussi pour le moral."
Le sommeil, un pilier souvent sous-estimé
L'OMS rappelle également l'importance d'un sommeil de qualité. Pour la Pr Slassi, il s'agit d'un élément essentiel de la santé cérébrale. "Pendant le sommeil, le cerveau se régénère, élimine certains déchets et participe à la réparation des cellules. Un sommeil réparateur est donc extrêmement important."
Elle invite également à ne pas négliger les troubles respiratoires nocturnes. "Toute personne qui ronfle, se réveille fatiguée, souffre de maux de tête le matin ou présente une somnolence dans la journée devrait bénéficier d'une exploration du sommeil afin de rechercher un syndrome d'apnées obstructives."
La neurologue déconseille également le recours prolongé aux somnifères et aux anxiolytiques.
Contrôler les maladies cardiovasculaires
Le rapport de l'OMS insiste sur le traitement de l'hypertension, du diabète, de l'obésité ou encore de l'hypercholestérolémie afin de réduire le risque de déclin cognitif.
Une recommandation que partage pleinement la spécialiste: "Il est indispensable de traiter les facteurs de risque vasculaire: l'hypertension artérielle, le diabète, l'hypercholestérolémie, mais aussi l'obésité, notamment l'excès de graisse abdominale. Prévenir ces maladies ou leurs complications permet d'éviter un certain nombre de démences. Même lorsqu'il existe une prédisposition génétique, cela peut ralentir l'évolution de la maladie et en limiter la gravité".
Stimuler son cerveau... en variant les activités
Au-delà de l'activité physique, l'OMS recommande également de maintenir une activité cognitive régulière. Pour la neurologue, cette stimulation ne passe pas uniquement par des exercices de mémoire.
"Lire, écrire, apprendre une nouvelle langue sont d'excellentes activités, mais jardiner, tricoter, faire du crochet, de la couture, des puzzles ou encore des jeux de construction sollicitent également le cerveau. Plus les activités sont variées, plus elles sont bénéfiques."
Elle met cependant en garde contre les habitudes trop répétitives. "Faire uniquement des sudokus tous les jours finit par devenir automatique. Il est préférable d'alterner les mots croisés, les puzzles, la lecture, le jardinage ou les activités manuelles. Et surtout, ces activités doivent rester un plaisir. Une activité réalisée à contrecœur n'a pas le même effet", indique-t-elle.
La spécialiste rappelle également que cette stimulation peut être encadrée par des professionnels. "Les neuropsychologues ou les art-thérapeutes proposent des programmes adaptés aux capacités de chaque personne afin de travailler les fonctions cognitives qui en ont le plus besoin."
Les écrans : un outil, mais pas une solution
La neurologue appelle enfin à la vigilance face à l'usage excessif des smartphones chez les personnes âgées. "Les écrans peuvent être utiles lorsqu'ils servent à réaliser ponctuellement des exercices de stimulation cognitive. En revanche, passer plusieurs heures à faire défiler les réseaux sociaux devient contre-productif et finit par appauvrir la stimulation du cerveau. Il faut savoir alterner avec d'autres activités."
Pour l'OMS, la lutte contre la démence ne repose donc pas sur une mesure unique, mais sur une combinaison d'actions menées tout au long de la vie: activité physique, alimentation équilibrée, sommeil de qualité, maintien des interactions sociales, stimulation intellectuelle et prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaires. Une stratégie globale qui, selon les experts, constitue aujourd'hui le meilleur moyen de préserver durablement la santé du cerveau.
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