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Mondial 2026: chaleur et humidité au rendez-vous… quel impact sur les Lions de l’Atlas et quel protocole d’adaptation ?
04/06/2026 - 17:03
Abdelmajid Jamal
Tous les regards se tournent vers les États-Unis, le Mexique et le Canada, qui accueilleront la phase finale de la Coupe du monde du 11 juin au 19 juillet 2026. Cette édition suscite toutefois des inquiétudes d’ordre technique et sanitaire, en raison des vagues de chaleur annoncées, accompagnées d’un niveau élevé de pollution et d’une humidité particulièrement étouffante.
Ces conditions climatiques extrêmes pourraient affecter les performances physiques et l’endurance des footballeurs en général, et plus particulièrement celles des joueurs de l’équipe nationale marocaine, dont la majorité évolue dans des environnements européens au climat tempéré.
Interrogés par SNRTnews, des spécialistes de la préparation physique et de la récupération sportive estiment unanimement que le principal défi auquel seront confrontés les Lions de l’Atlas lors du premier tour ne sera pas lié à l’altitude, mais plutôt aux fortes chaleurs et à un taux d’humidité très élevé.
Selon eux, ces paramètres seront déterminants pour évaluer la capacité de la sélection marocaine à conserver son niveau de performance habituel, notamment dans certaines villes hôtes de ses rencontres. Les experts citent Atlanta comme la ville la plus difficile durant l’été, avec des températures oscillant entre 30 et 35 °C accompagnées d’une humidité étouffante. À l’inverse, New York et Boston devraient présenter des conditions relativement moins humides. Ces facteurs imposeront néanmoins une charge physique particulièrement exigeante aux joueurs, bien loin des conditions habituelles d’Europe occidentale.
Une baisse notable des performances physiques et mentales
Sur le plan des données et des effets directs sur le terrain, Aziz Khiouch, expert en préparation physique et en nutrition sportive, explique que l’indice de chaleur WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), qui combine température, humidité et rayonnement solaire, a un impact négatif sur les distances parcourues, les duels ainsi que la qualité des passes, en particulier lors des matches disputés en après-midi.
Selon lui, une forte humidité entraîne une diminution de 5 à 15 % des distances parcourues à haute intensité. Ainsi, un milieu de terrain qui couvre habituellement jusqu’à 12 kilomètres au total pourrait voir sa distance de course à haute intensité réduite à seulement 1,7 kilomètre.
Khiouch ajoute également que les conditions humides provoquent une baisse de 3 à 10 % de la capacité à répéter les sprints.
De son côté, Mokhtar Joumat, spécialiste de la préparation physique et du développement de la performance sportive, établit un lien direct entre les contraintes physiques et les effets mentaux. Il souligne que le stress thermique ne se limite pas à accélérer l’apparition de la fatigue et des crampes musculaires ; il affecte également la concentration, la vitesse de traitement de l’information et la prise de décision. Cela se répercute sur la qualité du placement, les choix tactiques et la précision technique, particulièrement lors des phases à élimination directe où les détails font souvent la différence et où la fatigue s’accumule.
Sueur salée et essoufflement : le principal risque physiologique
Dans une analyse scientifique comparative, Mokhtar Joumat souligne la différence entre un climat chaud et sec et un climat chaud et humide. Dans un environnement sec, le corps parvient à évacuer la chaleur grâce à l’évaporation de la sueur, ce qui lui permet de maintenir son équilibre thermique. En revanche, une forte humidité entrave ce mécanisme naturel, favorisant l’accumulation de chaleur interne et provoquant chez le joueur une sensation marquée d’essoufflement ainsi qu’un effort physiologique accru, malgré une disponibilité normale en oxygène.
Ce constat est partagé par Hakim Tazarni, spécialiste de la récupération musculaire des sportifs. Selon lui, un taux d’humidité pouvant atteindre 75 % complique considérablement le maintien du niveau de performance si une adaptation complète n’a pas été réalisée. Il explique que ces conditions étouffantes procurent une sensation comparable à celle ressentie lors d’un séjour en altitude, comme à Ifrane durant les premiers jours d’acclimatation, augmentant ainsi les risques de blessures musculaires et d’épuisement sévère en raison de pertes importantes en eau et en sels minéraux.
Dans le même contexte, Aziz Kahyouch précise que les pertes hydriques dans ce type d’environnement varient entre 1,5 et 3 litres d’eau par match. Ces pertes s’accompagnent d’une forte diminution du sodium, notamment chez les sportifs qualifiés scientifiquement de « grands producteurs de sueur salée », qui perdent également d’importantes quantités de minéraux tels que le potassium et les bicarbonates.
Un protocole d’adaptation fondé sur des équipements intelligents et une récupération avancée
Pour faire face à ces contraintes climatiques, les trois experts proposent une feuille de route scientifique destinée aux staffs médical et physique de la sélection marocaine. Hakim Tazarni insiste sur l’importance d’une stratégie d’entraînement progressive, fondée sur des séances plus courtes mais plus intenses, sans augmentation brutale de la charge de travail. Selon lui, l’organisme a besoin d’une période comprise entre une semaine et quinze jours pour s’adapter pleinement à un nouveau climat.
Il met également en avant l’intérêt des vêtements de sport intelligents fabriqués à partir de polyester et de nylon, capables de limiter les effets de l’humidité et de ne pas retenir la transpiration, contrairement au coton qui s’alourdit lorsqu’il est mouillé et peut entraver les mouvements du joueur.
En matière de traitement et de récupération, Khiouch et Tazarni s’accordent sur la nécessité d’utiliser immédiatement des bains de glace après les rencontres afin d’accélérer la récupération musculaire, dans un contexte où les matches s’enchaînent tous les quatre ou cinq jours.
Khiouch recommande également le recours à des solutions technologiques telles que les gilets de refroidissement intégral, destinés à réguler la température interne et externe du corps avant les rencontres ainsi qu’à la mi-temps. Ces dispositifs doivent être accompagnés d’un protocole nutritionnel rigoureux permettant de compenser les pertes en potassium, calcium et bicarbonates.
En conclusion, Mokhtar Joumat estime que l’acclimatation précoce, à travers l’organisation de stages dans des conditions similaires à celles du Mondial et un suivi quotidien des indicateurs physiologiques ainsi que du niveau d’hydratation, sera déterminante.
Selon lui, l’équipe qui disposera d’un véritable avantage lors de la Coupe du monde 2026 ne sera pas uniquement celle qui possède les meilleures qualités techniques, mais surtout celle qui saura le mieux gérer ses efforts physiques et optimiser sa récupération musculaire et mentale sous la chaleur accablante de l’été nord-américain.
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