Economie
Secteur bancaire : la révolution numérique s'accélère sous l'œil vigilant de Bank Al-Maghrib
21/07/2026 - 23:11
Khaoula Benhaddou
Moins d'agences, davantage de comptes bancaires, une montée en puissance des paiements numériques et une concurrence renforcée dans la monétique… Le Rapport annuel sur la supervision bancaire 2025 de Bank Al-Maghrib met en lumière un secteur bancaire marocain en pleine mutation. Derrière des résultats financiers solides, c'est surtout la transformation numérique qui redessine progressivement le paysage bancaire national et modifie les usages des particuliers comme des entreprises.
L'un des principaux enseignements du rapport est la poursuite de la transformation des réseaux bancaires. À fin 2025, le Maroc comptait 5.541 agences bancaires, soit 151 de moins qu'un an auparavant. Selon Bank Al-Maghrib, cette baisse s'explique par l'intensification de la digitalisation des services bancaires et par les stratégies des établissements visant à optimiser leur réseau de distribution, notamment dans les zones urbaines.
En parallèle, le parc des guichets automatiques bancaires (GAB) poursuit sa progression. Il a augmenté de 2,5 % pour atteindre 8.298 unités, illustrant le développement de canaux de distribution davantage automatisés.
Une bancarisation portée par le numérique
La digitalisation contribue également à accélérer l'inclusion financière. Le nombre de comptes bancaires a atteint 39,8 millions, soit 1,6 million de comptes supplémentaires en une année. Plus significatif encore, le nombre de particuliers disposant d'au moins un compte bancaire s'élève désormais à 16,5 millions, faisant progresser le taux de bancarisation de la population adulte de 58 % à 62 %.
Cette évolution reflète une adoption croissante des services bancaires, favorisée par le développement des services numériques et l'élargissement des solutions de paiement.
Les établissements de paiement gagnent du terrain
Le développement des établissements de paiement constitue l'un des principaux moteurs de cette mutation.
À fin 2025, le nombre de comptes de paiement atteignait 16,35 millions, en hausse de 18 % sur un an, notamment grâce aux programmes publics d'aide sociale qui ont favorisé l'ouverture de nouveaux comptes.
Le réseau des établissements de paiement continue également de s'étendre avec 34.337 points physiques, dont une part croissante est implantée en milieu rural. Les solutions de paiement via Mobile Wallet poursuivent elles aussi leur progression, tout comme le nombre de commerçants acceptant ce mode de paiement.
Les paiements électroniques entrent dans une nouvelle phase
L'année 2025 marque également un tournant pour le marché des paiements électroniques. À la suite de la décision du Conseil de la concurrence mettant fin au monopole du Centre Monétique Interbancaire (CMI), Bank Al-Maghrib a agréé plusieurs nouveaux acquéreurs, portant leur nombre à une dizaine contre seulement trois en 2024. Le CMI s'est recentré sur son rôle de plateforme technique de traitement des paiements.
Dans le même temps, le parc des terminaux de paiement électronique (TPE) a été rationalisé. Si leur nombre recule de 14 %, à 81.259 unités, leur taux d'activation atteint désormais 93 %, contre 72 % un an auparavant, traduisant un parc plus performant. Par ailleurs, quatre terminaux sur cinq acceptent désormais les paiements via Mobile Wallet, témoignant de la montée en puissance des paiements dématérialisés.
Une rentabilité en nette amélioration
Cette transformation numérique s'accompagne d'une amélioration des performances financières des banques. Le crédit bancaire a progressé de 6,5 %, porté principalement par les crédits à l'équipement, en hausse de 23 %. Les crédits à la consommation ont également augmenté de 3,8 %, tandis que les crédits immobiliers ont progressé de 1,5 %.
Les banques ont par ailleurs renforcé leur rentabilité. Leur résultat net cumulé s'est établi à 19,2 milliards de dirhams, en hausse de 22 % par rapport à 2024. Le produit net bancaire a atteint 74 milliards de dirhams, tandis que le rendement des capitaux propres (ROE) est passé de 9,5 % à 11,1 %.
Le secteur conserve également des fondamentaux solides. Le taux des créances en souffrance s'est légèrement replié à 8,3 %, tandis que le ratio moyen de solvabilité s'est établi à 16,1 %, largement au-dessus du minimum réglementaire fixé à 12 %.
Des chantiers réglementaires majeurs
Sur le plan réglementaire, Bank Al-Maghrib poursuit plusieurs réformes structurantes. Le projet de réforme du régime de résolution bancaire, destiné à aligner le Maroc sur les standards internationaux, a été finalisé avec le ministère chargé des Finances et est actuellement examiné par le Parlement.
Un projet de loi relatif à la transférabilité directe des créances en souffrance a également été transmis au Secrétariat général du gouvernement.
La Banque centrale poursuit également ses travaux sur un cadre réglementaire dédié à l'Open Banking afin de sécuriser le partage des données entre banques et fintechs. Elle contribue également à la finalisation du projet de loi sur les cryptoactifs.
En parallèle, elle renforce son dispositif de finance durable avec la mise en place d'un cadre réglementaire portant sur les risques climatiques et la préparation d'une taxonomie financière verte.
Une vigilance renforcée face aux cyber-risques
L'année 2025 a également été marquée par la conduite du deuxième exercice de revue et d'évaluation prudentielle (SREP), dont les conclusions ont donné lieu à plusieurs actions de suivi auprès des établissements bancaires.
Des missions de contrôle sur place ont notamment porté sur le classement et le provisionnement des créances ainsi que sur la gestion des cyber-risques, devenue un axe majeur de la supervision bancaire. Bank Al-Maghrib a ainsi déployé de nouveaux outils de suivi de la cyber-résilience du secteur.
Des sanctions à l'issue des contrôles
La Banque centrale a également poursuivi son action disciplinaire à l'issue des contrôles et vérifications réalisés au cours de l'année. En 2025, sept sanctions disciplinaires et huit sanctions pécuniaires ont été prononcées à l'encontre de six banques, d'une société de financement, d'un établissement de paiement et d'une institution de microfinance.
Ces sanctions concernent notamment des insuffisances relevées dans les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), les procédures d'octroi de crédits et de gestion des financements par affacturage, le processus d'élaboration des comptes sociaux et consolidés, la gestion de la cybersécurité, les procédures de clôture des comptes de la clientèle et de délivrance des mainlevées, ainsi que le respect de la réglementation prudentielle et des dispositifs de contrôle interne.
À travers ces mesures, Bank Al-Maghrib réaffirme sa volonté de maintenir un niveau élevé d'exigence en matière de gouvernance, de maîtrise des risques et de conformité réglementaire, dans un contexte où les établissements accélèrent leur transformation numérique.
Au-delà des performances financières, le rapport met en évidence une mutation structurelle du secteur bancaire marocain. L'essor des paiements mobiles, la progression de la bancarisation, l'ouverture du marché de la monétique à de nouveaux acteurs, le développement des établissements de paiement ainsi que les travaux engagés autour de l'Open Banking témoignent d'une transformation profonde.
Pour Bank Al-Maghrib, cette évolution devra s'accompagner d'un renforcement permanent de la cybersécurité, de la gouvernance et des dispositifs de contrôle afin de concilier innovation, inclusion financière et stabilité du système bancaire.
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