Société
Le Médiateur du Royaume reçoit un nombre record de plaintes en 2025
22/07/2026 - 13:07
Khaoula Benhaddou
En 2025, près de 10.000 citoyens ont saisi le Médiateur du Royaume, instance chargée de régler les différends entre les usagers et l'administration, un niveau inédit qui traduit à la fois une confiance grandissante envers la médiation institutionnelle et les difficultés persistantes rencontrées dans l'accès aux droits et aux services publics.
Remis à SM le Roi Mohammed VI et publié au Bulletin officiel, le rapport annuel 2025 du Médiateur fait état de 9.958 dossiers enregistrés, contre 7.948 en 2024, soit une progression de 25,3 % en une seule année. Les saisines sont passées de 5.402 en 2021 à près de 10.000 quatre ans plus tard.
Parmi ces dossiers, 6.770 relèvent directement des compétences de l'Institution, représentant près de 68 % de l'ensemble des saisines. Les autres concernent essentiellement des demandes d'orientation vers les administrations compétentes ou des sollicitations de règlement amiable.
Une institution davantage sollicitée… mais aussi plus performante
Malgré cet afflux sans précédent, le Médiateur affirme avoir renforcé sa capacité de traitement. En 2025, 9.006 dossiers ont été examinés, contre 5.117 en 2019. Le rapport souligne ainsi une amélioration progressive des performances de l'institution, qui a même dépassé un taux de traitement de 100 % en 2024 grâce à la résorption d'une partie du stock des dossiers en attente.
Les demandes d'orientation poursuivent également leur progression. Elles atteignent 3.157 en 2025 contre 2.182 une année auparavant. Les demandes de règlement amiable, encore peu nombreuses, enregistrent elles aussi un niveau record avec 31 dossiers, contre une seule en 2019.
Les litiges financiers et administratifs dominent les réclamations
L'analyse des réclamations montre que les différends à caractère financier restent la première source de contentieux entre les citoyens et l'administration.
Sur les 6.770 réclamations relevant de la compétence du Médiateur. Dans le détail, 2.528 concernent des litiges financiers, 2.387 portent sur des questions administratives, 623 sont liées aux programmes d'aide sociale, 544 concernent des affaires foncières et 337 dénoncent la non-exécution de décisions de justice par l'administration.
Le rapport relève surtout une évolution de la nature des plaintes. L'élargissement des politiques publiques de protection sociale et la multiplication des dispositifs d'aide ont généré de nouveaux motifs de contestation, notamment autour des conditions d'accès, des critères d'éligibilité, des délais de traitement ou encore des mécanismes de suivi des dossiers.
Pour l'Institution, les réclamations ne portent plus uniquement sur les dysfonctionnements administratifs classiques. Elles reflètent désormais les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des politiques publiques, en particulier sociales, et traduisent des attentes croissantes des citoyens en matière de transparence, d'équité et d'efficacité des services publics.
Un profil de plaignant largement dominé par les particuliers
Les particuliers demeurent les principaux utilisateurs du recours à la médiation administrative. En 2025, 8.462 dossiers, soit près de 85 % des saisines, ont été déposés par des personnes physiques, en hausse de près de 28 % sur un an. Les personnes morales représentent environ 10 % des requêtes.
Les hommes sont à l'origine de 75,2 % des plaintes, contre 24,8 % pour les femmes. Le rapport note toutefois une implication importante de ces dernières dans les démarches entreprises au nom du foyer.
L'âge moyen des requérants est de 51 ans. Les zones urbaines concentrent l'essentiel des réclamations, tandis que les demandes émanant des Marocains résidant à l'étranger poursuivent leur progression avec une hausse de plus de 36 % en une année.
Concernant les modes de saisine, le dépôt direct auprès de l'administration centrale reste privilégié avec 4.490 dossiers, devant le portail numérique (2.770) et les représentations régionales (2.698). La dématérialisation se poursuit, au détriment du courrier postal dont l'utilisation continue de diminuer.
Des recommandations mieux suivies…
Le rapport fait également état d'une amélioration dans le suivi des recommandations formulées par le Médiateur.
À fin 2025, 769 recommandations restaient en cours de suivi, contre 992 un an auparavant, soit une baisse de 22,5 %. Ce chiffre est largement inférieur au pic de 1.420 recommandations enregistré en 2023.
Parmi les 129 recommandations émises durant l'année, 85,3 % avaient déjà été exécutées, un taux que l'Institution considère comme le signe d'une meilleure réactivité des administrations concernées.
Une administration encore trop souvent silencieuse
Le rapport pointe toutefois une difficulté persistante: le manque de réponse de plusieurs administrations aux correspondances adressées par le Médiateur. En 2025, 450 courriers sont restés sans réponse, contre 370 en 2024.
Le ministère de l'Intérieur arrive en tête avec 125 correspondances restées sans suite, devant le ministère de l'Économie et des Finances (77), le département chargé de l'Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l'Emploi et des Compétences (61), les collectivités territoriales (58) et le ministère de l'Éducation nationale (38).
Pour le Médiateur, cette absence de réponse constitue un frein à l'efficacité de la médiation et nuit au règlement rapide des litiges administratifs.
La médiation, un levier de bonne gouvernance
Au-delà des chiffres, le rapport considère que les réclamations adressées au Médiateur constituent un véritable baromètre de la qualité des services publics. Elles mettent en évidence les difficultés rencontrées par les citoyens dans leurs relations avec l'administration et permettent d'identifier les réformes nécessaires pour améliorer la gouvernance publique.
Le document souligne également la portée symbolique de la Décision Royale instituant le 9 décembre comme Journée nationale de la médiation, une initiative destinée à renforcer la culture du dialogue, de la bonne administration et de la protection des droits des usagers.
Au final, le bilan 2025 met en lumière un double constat : la confiance des citoyens envers le Médiateur continue de progresser, mais cette dynamique révèle aussi les limites d'une administration encore confrontée à des retards, des difficultés d'exécution et un déficit de réactivité. Pour l'Institution, le renforcement de la coordination entre administrations, la simplification des procédures et l'amélioration de la qualité du service public demeurent des priorités pour répondre aux attentes croissantes des citoyens.
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