Société
Gaspillage alimentaire au Maroc: le CESE alerte sur l’ampleur du phénomène
11/03/2026 - 13:27
Khaoula Benhaddou"Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc: comprendre l’ampleur et les enjeux pour agir efficacement". Tel est le thème d’un atelier de restitution organisé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), ce mercredi 11 mars.
Lors de cette rencontre, l’institution a présenté un état des lieux du phénomène ainsi que les principales conclusions de son avis consacré à cette problématique.
Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde est perdue ou gaspillée chaque année, soit environ 1,3 milliard de tonnes d’aliments.
De son côté, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) souligne que les ménages sont responsables d’une part importante de ce gaspillage, souvent liée à des habitudes de consommation inadaptées.
Dans ce contexte, le CESE a choisi de mettre en lumière la question des pertes et du gaspillage alimentaires en raison de son importance économique, sociale et environnementale.
Cette problématique soulève également des défis majeurs en matière de gestion et de sécurisation de la production alimentaire, ainsi que de modes de distribution et de consommation. L’objectif est d’assurer une utilisation optimale des ressources et de renforcer leur durabilité, dans un contexte marqué notamment par l’intensification des fluctuations climatiques et des phénomènes naturels extrêmes.
Dans cette perspective, l’avis du Conseil s’appuie sur un travail d’observation et d’analyse des causes de ce phénomène et de ses répercussions au niveau national. Il propose également un ensemble de leviers susceptibles d’encourager une transformation durable des modes de production, de distribution et de consommation.
Lors de son intervention, Abdelkader Aamara, président du CESE, a présenté les principaux chiffres relatifs au gaspillage alimentaire, qualifié de phénomène mondial préoccupant.
À l’échelle internationale, les données du Programme des Nations unies pour l’environnement indiquent qu’en 2022, environ 13,2% de la production alimentaire mondiale a été perdue entre les phases de récolte et de vente au détail. À cela s’ajoute le gaspillage au niveau des ménages, des restaurants et du commerce, qui représente près de 19% de la production alimentaire totale.
Quid du Maroc?
Au niveau national, la situation suit une tendance comparable. Selon l’indice du gaspillage alimentaire du programme onusien, les ménages marocains ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de produits alimentaires en 2022, soit 113 kilogrammes par personne et par an, contre 91 kilogrammes en 2021.
Un phénomène présent à toutes les étapes de la chaîne alimentaire
Le gaspillage alimentaire peut intervenir à différents niveaux de la chaîne de valeur. Dans les pays en développement, il se produit souvent lors des phases de production, de stockage ou de transport, en raison d’infrastructures insuffisantes ou de conditions climatiques difficiles. Dans les pays plus industrialisés, les pertes se concentrent davantage au niveau de la distribution et de la consommation.
Dans ce sens, Abdelkader Aamara a précisé que "la perte et le gaspillage des denrées alimentaires peuvent être observés à toutes les étapes de la chaîne de valeur alimentaire. Dans les premières phases liées à la production, à la récolte, au stockage et au transport, certaines filières notamment les fruits, les légumes et les céréales enregistrent des pertes comprises entre 20% et 40%."
Il ajoute que "dans les phases ultérieures, ce phénomène est principalement lié à des pratiques commerciales et de consommation peu rationnelles, telles que l’achat excessif, la méconnaissance des méthodes de conservation des produits ou encore la faible valorisation des produits invendus."
Le gaspillage alimentaire: un coût économique important
Au-delà de sa dimension morale et sociale, le gaspillage alimentaire représente également une perte économique considérable. La production alimentaire mobilise en effet des ressources importantes telles que l’eau, l’énergie, les terres agricoles et la main-d’œuvre. Lorsque ces aliments sont jetés, l’ensemble de ces ressources est également gaspillé.
"La perte et le gaspillage entraînent aussi un coût économique important supporté par les producteurs et les distributeurs, ce qui peut se répercuter sur la disponibilité des produits alimentaires et accentuer la vulnérabilité des populations à faibles revenus", a expliqué Abdelkader Aamara.
Le phénomène accentue également la pression sur les ressources naturelles. On estime notamment que 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés chaque année pour produire des aliments qui n’atteignent jamais l’étape de la consommation finale. À cela s’ajoutent la pollution et les émissions de gaz à effet de serre liées à la décomposition des déchets alimentaires.
Le président du CESE a également rappelé que plusieurs initiatives ont été lancées par les acteurs institutionnels et le secteur privé afin de réduire ce phénomène. Toutefois, ces actions restent souvent dispersées et insuffisamment coordonnées, dans un système de gouvernance marqué par la multiplicité des intervenants.
Par ailleurs, l’absence d’un cadre juridique spécifique, d’une vision nationale cohérente et de mécanismes de suivi structurés limite l’efficacité des mesures adoptées et empêche d’apporter une réponse intégrée à la hauteur des enjeux.
Pour conclure, Abdelkader Aamara a rappelé que les consommateurs peuvent également agir à leur échelle. Planifier ses achats, conserver correctement les aliments, cuisiner les restes ou encore mieux comprendre les dates de péremption constituent autant de gestes simples permettant de réduire le gaspillage.
La lutte contre le gaspillage alimentaire nécessite ainsi une mobilisation collective impliquant producteurs, distributeurs, pouvoirs publics et citoyens. Réduire les pertes alimentaires ne constitue pas seulement un enjeu économique ou environnemental: il s’agit également d’une question de responsabilité sociale et de solidarité.
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