Société
Civisme au Maroc: peut mieux faire
28/05/2025 - 23:27
Matar Bensalmia | Morad Karakhi
Dans un Maroc en pleine mutation, où les grands projets se multiplient et les horizons s’élargissent, une étude vient jeter une ombre sur un aspect fondamental de la vie collective, celui du civisme. Réalisée par le Centre Marocain pour la Citoyenneté (CMC), elle a été menée auprès de 1.173 participants issus des différentes régions du Maroc, à travers un questionnaire en ligne.
Selon les résultats de l’étude, le visage de l’espace public inquiète. Ce qui devait être un lieu de vie partagé devient, pour beaucoup, un espace d’irritation.
Les valeurs s’effritent
Derrière les chiffres, ce sont des ressentis forts qui s’expriment. Une majorité des personnes sondées se disent insatisfaites de l’ambiance qui règne dans les lieux publics. Les relations humaines, en particulier, semblent marquées par une forme de tension. Ainsi, 52% des participants estiment que les femmes ne sont pas traitées avec la courtoisie qu’elles méritent. Et 47% se disent préoccupés par le manque d'égard envers les personnes vulnérables.
Pire encore, la saleté, omniprésente, pèse sur l’expérience de l’espace collectif. Plus en détail, 73% dénoncent la dégradation de la propreté dans leur environnement quotidien. À travers ces constats, c’est un sentiment plus profond qui émerge, celui d’un effritement des valeurs communes, d’une perte de civilité.
Quant au respect de l’ordre, celui-ci n’échappe pas à la critique. Le non-respect du code de la route choque 61% des participants. L’impolitesse des usagers des transports publics dérange 55%, tandis que le non-respect des horaires irrite 60% des sondés. Ce sont autant de petits détails qui, jour après jour, grignotent la confiance dans la vie en société.
Quand l’incivilité devient la norme
Selon l’étude, certains comportements négatifs sont perçus comme tellement répandus qu’ils semblent s’être normalisés. À commencer par la fraude dans les transactions commerciales, que 83,1% des personnes interrogées considèrent comme une pratique courante. Et que dire du phénomène des gardiens de voiture, devenus omniprésents et souvent envahissants, qui agace 87,7% des répondants?
L’occupation sauvage du domaine public, elle, est quasiment unanime. En effet, 93,2% des personnes sondées la qualifient de phénomène largement répandu. La mendicité, souvent accompagnée d’une exploitation inquiétante des enfants, est pointée du doigt par 92,2%. D’autres phénomènes viennent noircir encore un peu plus ce tableau: 84,4% notent la présence croissante de personnes atteintes de troubles psychiques dans les rues, et 85,8% s’inquiètent de la multiplication des animaux errants.
Autant de signaux qui dessinent une cartographie de l’inconfort, voire du malaise collectif.
La famille et l’école en première ligne
Mais alors, comment faire pour redonner à l’espace public son rôle de lieu de vie harmonieux? Pour 80% des personnes interrogées, la réponse commence à la maison. La famille est, à leurs yeux, la première école du civisme, celle qui inculque le respect, la responsabilité, le vivre-ensemble. Viennent ensuite les établissements scolaires, dont 60% des sondés attendent qu’ils jouent un rôle plus actif dans la transmission des valeurs citoyennes.
Cependant, l’éducation ne suffit pas à elle seule. L’application rigoureuse et équitable des lois est jugée indispensable par 55% des participants. D’autres, soit 44%, misent également sur le pouvoir modérateur d’une morale religieuse et éthique, à condition qu’elle reste modérée et rassembleuse.
Une ambition nationale à l’horizon 2030
L’étude plaide pour une approche globale et intégrée. Éduquer, certes, mais aussi responsabiliser, encadrer, et surtout impliquer la société dans son ensemble. Parmi les recommandations concrètes figurent l’introduction de l’éducation à la citoyenneté dans les programmes scolaires, la réhabilitation des espaces publics, la création d’une police de proximité, et en ligne de mire, le lancement d’une grande campagne nationale.
Un chantier de société qui pourrait coïncider avec l’organisation de la Coupe du monde 2030. Une opportunité unique pour faire émerger, enfin, une culture de respect, de discipline et de responsabilité dans les gestes les plus quotidiens. Une manière, aussi, de réenchanter nos rues, nos places, nos parcs, et de réconcilier les Marocains avec leur espace public.
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