Société
Surexposition des mineurs aux écrans: Le cri d'alarme des spécialistes
12/11/2025 - 11:12
MAP
Souvent pointé du doigt dans le mal-être des mineurs, le phénomène de surexposition aux écrans suscitent des signaux d’alarme quant à la santé psycho-mentale des plus jeunes.
Troubles de l'estime de soi, anxiété, dépression, conduites à risque... Les écrans, particulièrement les réseaux sociaux, peuvent profondément affecter la santé des moins de 18 ans et entraîner des symptômes similaires à l'addiction. Au point que l’OMS a mis en garde contre "une utilisation problématique" des réseaux sociaux par 11% des adolescents.
En France, les enfants âgés de 6 à 17 ans passent en moyenne plus de 4 heures par jour devant les écrans en contact direct avec des contenus inadaptés : violents, haineux ou pornographiques. Cette captation prolongée de l’attention par des plateformes conçues pour maximiser l’engagement, risque d'accentuer les troubles anxiodépressifs ou favoriser des troubles du comportement, selon les conclusions du rapport "Enfants et écrans : À la recherche du temps perdu", de Santé publique France.
"Les enfants et adolescents cherchent à être vus et validés à travers des Like et des commentaires, un fait qui fragilise progressivement l’estime de soi", explique Abdelkébir Essalhi, psychologue à Tours, relevant qu’à long terme, cette hyperconnexion peut provoquer une anxiété généralisée en altérant la concentration et le sommeil.
Même son de cloche auprès d’Abdelkbir Nouasria, psychologue clinicien à Bordeaux pour qui "les écrans propulsés entre les mains des mineurs semblent être appréciés comme un jeu et non pas comme un outil servant à mieux démultiplier leurs possibilités d’agir sur le monde".
Par l’usage de l’écran, le mineur cherche une gratification immédiate, ne tolère plus la frustration et gère de moins en moins l’attente : "une telle posture questionne sa confiance en lui et, par conséquent, le propulse dans des phases d’anxiété, voire de déprime", révèle-t-il.
Il en résulte, déplore le spécialiste, que tous les domaines en sont bouleversés, y compris le rapport aux savoirs et aux apprentissages, la construction de soi et la relation avec l’autre.
Face à cette spirale, bien des pistes émergent pour aider les moins jeunes à s’en sortir : éducation numérique, régulation, sensibilisation des parents et dialogue sont la clé de voûte pour remédier à ce fléau.
De l’avis du Dr Essalhi, il ne s’agit pas d’interdire les réseaux sociaux, mais d’en réapprendre l’usage. Il recommande d’initier le jeune à la manière d’avoir un rapport plus conscient au numérique et, surtout, s’accorder un temps de déconnexion.
"La famille et la société en général ont le devoir de faire valoir les contenus positifs et de rappeler aux jeunes que ce qui est montré n’est pas toujours la réalité", insiste-t-il.
Pour le Dr Nouasria, il est urgent pour les parents et l’entourage de s’approprier l’accompagnement des enfants et adolescents afin de mieux tirer parti de cet outil omniprésent qu’est l’écran.
Il juge nécessaire, à cet égard, de fixer le temps d’exposition aux écrans et de réglementer l’accès aux contenus susceptibles de nuire au bien être émotionnel de l’enfant et des jeunes.
Superviser l’accès aux écrans et encourager les activités alternatives à l’instar du sport, la lecture et l’ouverture sur l’art sont des remèdes parmi d’autres afin de lutter contre l’impact négatif de l’exposition aux écrans.
Une récente enquête du Bureau de l’OMS pour l’Europe font ressortir "une forte augmentation de l’utilisation problématique des médias sociaux chez les adolescents", les taux passant de 7% à 11% en l’espace de cinq ans.
Dans l'Hexagone, un débat prend place depuis quelque temps sur la restriction de l’accès des plus jeunes (avant 15 ans) aux plateformes numériques de partage de contenus.
Le ministère français de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur et le ministère chargé de l’Intelligence artificielle et du Numérique ont soutenu récemment une initiative pédagogique citoyenne "Vivre dix jours sans écrans", pour sensibiliser les moins de 18 ans et leurs familles à l’usage raisonné des écrans.
Les mesures prises portent sur l'interdiction de l'usage des écrans pour les moins de 3 ans, l'adoption d'une stratégie de développement des compétences psychosociales et d'un programme de certification numérique, généralisé à toutes les classes de 6ème, en plus de l'organisation d'actions de communication et l'accompagnement des parents.
Par Abdellah Chahboun
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