Société
Hyperactivité: au-delà des clichés, la réalité du TDAH
12/06/2026 - 17:05
Khaoula Benhaddou
À l’occasion de la Journée mondiale du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les spécialistes rappellent l’importance d’un diagnostic précoce et d’une meilleure sensibilisation du grand public. Souvent réduit à une simple agitation ou à un manque de discipline, le TDAH est en réalité un trouble neurodéveloppemental qui peut avoir des répercussions importantes sur la scolarité et le quotidien des enfants.
Au Maroc, aucune étude épidémiologique nationale n’a encore permis d’établir avec précision le nombre d’enfants concernés. Toutefois, selon le pédopsychiatre Bouchaib Kerroumi, la prévalence observée dans les consultations semble suivre la même tendance que dans de nombreux pays, avec un nombre de cas de plus en plus important.
"Il n’existe pas de chiffres exacts au Maroc, mais nous constatons une augmentation de la prévalence au fil des années", explique le spécialiste.
Trois symptômes principaux
Le diagnostic du TDAH, qui touche plus de garçons que de filles, repose essentiellement sur l’identification de trois manifestations majeures : l’inattention, l’hyperactivité et l’impulsivité.
"L’inattention constitue souvent le premier signal d’alerte. L’enfant éprouve des difficultés à se concentrer durablement sur une tâche scolaire, peine à terminer ses exercices ou à lire une page entière sans perdre le fil. Il a souvent besoin d’une présence constante à ses côtés pour maintenir son attention", souligne le pédopsychiatre.
Le deuxième symptôme concerne l’hyperactivité "Contrairement à une simple agitation passagère, il s’agit d’une énergie excessive que l’enfant a du mal à contrôler. En classe, cela peut se traduire par des déplacements fréquents, des objets qui tombent, des discussions incessantes avec les camarades ou une difficulté à rester assis. À la maison, l’enfant court, saute et manipule constamment les objets qui l’entourent".
Et de préciser: "Ce n’est pas forcément un comportement problématique dans tous les contextes. Ces enfants peuvent très bien réussir dans les activités sportives ou artistiques où ils canalisent leur énergie".
Le troisième signe caractéristique est l’impulsivité. L’enfant répond avant d’avoir entendu toute la question, veut terminer rapidement ses devoirs et agit souvent sans prendre le temps de réfléchir aux conséquences de ses actes.
Des causes encore mal identifiées
Malgré les nombreuses recherches menées dans le monde, les causes exactes du TDAH demeurent mal connues. Les spécialistes évoquent toutefois plusieurs facteurs susceptibles d’intervenir.
"On retrouve parfois plusieurs cas au sein d’une même famille, ce qui suggère l’existence d’une composante génétique", indique Bouchaib Kerroumi.
Les écrans n’ont rien à voir avec le TDAH
Des facteurs environnementaux sont également étudiés, sans qu’un lien de causalité formel ne soit établi. Le pédopsychiatre tient par ailleurs à déconstruire une idée reçue largement répandue: les écrans ne sont pas responsables du TDAH.
"Les parents et les enseignants ont tendance à pointer du doigt les écrans parce qu’ils constatent que l’enfant peut rester concentré devant la télévision ou un jeu vidéo. Mais cela ne signifie pas que les écrans causent l’hyperactivité", explique-t-il.
Il rappelle néanmoins que l’exposition aux écrans doit rester raisonnable et adaptée à l’âge de l’enfant, comme pour tous les mineurs.
Une vie sociale généralement préservée
Contrairement à certaines idées reçues, les enfants atteints de TDAH rencontrent rarement des difficultés majeures dans leurs interactions avec leurs pairs. Ils participent aux jeux collectifs, pratiquent des activités sportives et respectent généralement les consignes.
"Ils peuvent être un peu plus excités que les autres, mais ils restent capables d’écouter un entraîneur ou de suivre les règles d’un jeu", observe le spécialiste.
Ces enfants se montrent toutefois souvent plus sensibles sur le plan émotionnel, notamment parce qu’ils sont régulièrement réprimandés pour leur comportement ou leurs difficultés scolaires.
Des difficultés souvent visibles à l’école
C’est généralement dans le cadre scolaire que les premiers signes du TDAH deviennent les plus évidents. Malgré des capacités intellectuelles souvent préservées, les enfants concernés peinent à rester concentrés pendant toute la durée d’un cours, à suivre les consignes jusqu’au bout ou à terminer leurs exercices dans les délais.
Leur agitation et leur impulsivité peuvent également perturber leur apprentissage et parfois celui de leurs camarades. "Souvent, ces enfants comprennent très bien les leçons, mais ils ont du mal à maintenir leur attention ou à contrôler leurs mouvements en classe", explique le pédopsychiatre Bouchaib Kerroumi.
Cette situation peut entraîner une baisse des résultats scolaires, des remarques répétées des enseignants et un sentiment de frustration chez l’enfant, qui se voit reprocher des comportements qu’il ne parvient pas toujours à maîtriser. Selon le spécialiste, lorsque l’environnement scolaire est compréhensif et tolérant, de nombreux enfants atteints de TDAH parviennent néanmoins à obtenir de très bons résultats académiques.
Un trouble qui évolue avec l’âge
Dans la majorité des cas, les manifestations du TDAH s’atténuent progressivement au cours de l’adolescence. L’agitation diminue généralement au collège puis au lycée, même si certaines caractéristiques peuvent persister à l’âge adulte.
"Beaucoup conservent une énergie importante et un tempérament dynamique, mais ils apprennent progressivement à mieux maîtriser leur comportement", explique Bouchaib Kerroumi.
Une prise en charge encore limitée au Maroc
Pour le pédopsychiatre, la première étape reste l’établissement d’un diagnostic précis par un professionnel de santé. De nombreux enfants présentés comme hyperactifs souffrent en réalité d’autres difficultés qui nécessitent une prise en charge différente.
Lorsque les symptômes sont légers et n’ont pas d’impact significatif sur les résultats scolaires, aucune intervention spécifique n’est nécessaire. Les spécialistes recommandent alors des activités sportives ou artistiques permettant à l’enfant d’exprimer son énergie.
Dans les formes plus marquées, notamment lorsque les apprentissages sont affectés, la psychomotricité constitue l’une des principales approches thérapeutiques proposées aux enfants du primaire et du début du collège.
Pour les cas sévères, un traitement médicamenteux peut être indiqué. Toutefois, Bouchaib Kerroumi souligne que les médicaments spécifiquement utilisés dans le TDAH ne sont pas disponibles au Maroc, ce qui complique considérablement la prise en charge de certains patients.
"Ces traitements donnent pourtant de très bons résultats dans près de 80 % des cas. Leur absence constitue une véritable difficulté pour les familles", regrette-t-il.
Derrière les bulletins scolaires en baisse, les remarques répétées des enseignants ou l’agitation qui épuise parfois les parents, se cachent avant tout des enfants qui ne demandent qu’à être compris. À l’occasion de la Journée mondiale du TDAH, les spécialistes rappellent qu’un diagnostic précoce, un regard bienveillant et un accompagnement adapté peuvent changer durablement leur parcours. Car pour ces enfants débordants d’énergie et de curiosité, le véritable défi n’est pas tant leur différence que le regard que la société porte sur elle.
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