Société
Anxiété, hyperactivité… et si tout commençait dans l’assiette des enfants?
12/03/2026 - 10:09
Matar Bensalmia
Les biscuits industriels, sodas ou plats préparés occupent aujourd’hui une place croissante dans l’alimentation des enfants. Mais ces produits pratiques et souvent bon marché pourraient avoir des effets bien au-delà de la simple santé physique.
Une récente étude menée par des chercheurs de l'Université de Toronto met en lumière un lien préoccupant entre la consommation d’aliments ultra-transformés durant la petite enfance et l’apparition de difficultés comportementales et émotionnelles.
Publiée dans la revue scientifique JAMA Network Open, cette recherche s’appuie sur les données de plus de 2.000 enfants suivis dans le cadre de la CHILD Cohort Study, une étude canadienne qui observe la santé des enfants depuis la grossesse jusqu’à l’adolescence.
Dans le détail, les chercheurs ont analysé l’alimentation de ces enfants à l’âge de trois ans, avant d’évaluer leur comportement deux ans plus tard, à cinq ans, à l’aide d’outils standardisés. Les résultats suggèrent que plus la part d’aliments ultra-transformés dans l’apport calorique est élevée, plus les enfants présentent des signes de difficultés émotionnelles et comportementales, notamment de l’anxiété, de la peur, de l’agressivité ou encore de l’hyperactivité.
Pour l’équipe de recherche dirigée par la scientifique Kozeta Miliku, ces conclusions sont particulièrement importantes car les premières années de vie constituent une période charnière. “Les années préscolaires sont essentielles pour le développement de l’enfant et c’est aussi à ce moment-là que se construisent les habitudes alimentaires”, souligne la chercheuse.
Selon l’étude, chaque augmentation de 10% de la part des calories issues d’aliments ultra-transformés est associée à une hausse des scores liés aux difficultés comportementales chez les enfants. Certaines catégories de produits semblent même plus fortement liées à ces troubles, notamment les boissons sucrées ou édulcorées ainsi que certains plats prêts à consommer.
À l’inverse, les chercheurs ont observé que remplacer une partie de ces produits par des aliments peu transformés, comme les fruits, les légumes ou d’autres aliments entiers, pourrait contribuer à améliorer les indicateurs comportementaux.
Contactée par SNRTnews, la nutritionniste Maria Benjelloun souligne que ces résultats s’inscrivent dans un consensus scientifique de plus en plus large. “Des études menées dans plusieurs pays montrent que la consommation d’aliments ultra-transformés représente un danger pour la santé."
Ces produits sont généralement issus de procédés industriels complexes et contiennent de nombreux ingrédients rarement utilisés dans la cuisine domestique. “Ils sont souvent très riches en sel, en sucre, en additifs, en exhausteurs de goût ou en colorants, mais pauvres en vitamines, en minéraux et en fibres”, précise la spécialiste.
Pire encore, leur densité calorique élevée et leur faible pouvoir rassasiant. “Ils sont absorbés très rapidement par l’organisme, ce qui entraîne une sensation de faim plus précoce et peut conduire à une consommation excessive”, ajoute-t-elle.
Des produits omniprésents dans le quotidien des familles
Biscuits, sodas, nuggets, charcuterie ou plats préparés figurent parmi les aliments les plus couramment consommés par les enfants. Pour de nombreux parents, leur succès s’explique par leur praticité et leur prix relativement accessible.
“Ces produits sont souvent choisis pour gagner du temps ou parce qu’ils sont moins chers. Les exhausteurs de goût les rendent également très attractifs, ce qui crée une forme d’accoutumance et une préférence chez les enfants”, a-t-elle ajouté.
Or, une consommation régulière peut entraîner diverses conséquences sur la santé. “Chez l’enfant, elle peut favoriser l’obésité, l’hypertension ou encore l’augmentation du cholestérol”, prévient la nutritionniste. Même lorsque certains produits sont enrichis en vitamines ou en nutriments, cela ne suffit pas à compenser leurs effets négatifs, insiste la spécialiste.
Education alimentaire
Face à cette réalité, Maria Benjelloun recommande avant tout d’adopter progressivement de meilleures habitudes alimentaires au sein de la famille. “Il est essentiel que les parents apprennent à identifier ce que contiennent réellement ces produits et les transformations qu’ils subissent."
La spécialiste encourage également les familles à privilégier des alternatives simples (collations à base de fruits, pâtisseries maison ou repas préparés à partir de produits frais). Impliquer les enfants dans les courses ou la préparation des repas peut aussi jouer un rôle important dans l’apprentissage alimentaire.
“Les enfants peuvent accompagner leurs parents au marché ou participer à la préparation des plats. Cela leur permet de comprendre d’où viennent les aliments et quel est leur impact sur la santé”, explique-t-elle.
Sans prôner une interdiction totale, la spécialiste insiste toutefois sur la modération. “Ces produits peuvent être consommés occasionnellement, mais ils doivent rester exceptionnels dans l’alimentation des enfants”, conclut-elle.
Par ailleurs, l’étude canadienne rappelle que l’alimentation des tout-petits ne façonne pas seulement leur santé physique, mais pourrait également influencer leur équilibre émotionnel et leur comportement. Un enjeu qui concerne directement les familles, mais aussi les politiques de santé publique et l’environnement alimentaire dans lequel grandissent les enfants.
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