Société
TDAH: le méthylphénidate en pénurie… encore
12/06/2025 - 22:32
Matar Bensalmia | Khawla Znaizini
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Les parents d’enfants atteints de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) se retrouvent une fois de plus démunis, confrontés à la pénurie persistante du traitement de référence, et à la difficulté croissante de gérer le quotidien sans ce soutien essentiel
Au Maroc, le méthylphénidate, principal médicament prescrit dans ce cadre, se fait rare, voire introuvable.
"Les parents souffrent avec leurs enfants hyperactifs. Ces traitements sont indispensables pour que ces enfants puissent vivre leur enfance et s’épanouir", alerte docteur Said Afif, pédiatre, qui décrit dans une déclaration à SNRTnews, une situation alarmante, à la fois pour les familles et les professionnels de santé. Car derrière les diagnostics, les consultations, les plans d’accompagnement, reste une pièce maîtresse: le traitement.
Le TDAH est un trouble neuro-développemental qui affecte la concentration, l’impulsivité et le comportement de l’enfant. Il nécessite une prise en charge multidimensionnelle psychologique, éducative et souvent médicamenteuse. Or, l’absence du méthylphénidate sur le marché national met à mal ce fragile équilibre.
Contacté par SNRTnews, Jad Allabouch, membre du Conseil national de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM), souligne que plusieurs raisons expliquent cette pénurie. D’abord, une logique économique. Selon lui, “Le méthylphénidate n’est que rarement prescrit par les pédopsychiatres. Pour les laboratoires, il n’est donc pas rentable sur le plan économique”. Le Maroc, avec un marché du médicament jugé “étroit”, représentant l’équivalent de celui d’une seule ville comme Marseille. Selon la même source, il n’attire que peu les laboratoires, surtout pour les médicaments dits "de niche", comme ceux des troubles psychiques.
À cette réalité commerciale s’ajoute un déficit criant de sensibilisation. Le recours aux pédopsychiatres reste limité, souvent freiné par des tabous culturels ou un manque d’information. “Tout le monde n’est pas conscient des troubles psychologiques. Pas toutes les familles emmènent leurs enfants voir des spécialistes”, poursuit M. Allabouch, soulignant un cercle vicieux où faible demande rime avec faible offre.
Pourtant, les efforts ne manquent pas. Le ministère de la Santé, en partenariat avec l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, assure faire tout son possible pour rétablir l’approvisionnement. “Ils sont en train de tout faire pour accélérer la disponibilité de ces médicaments”, confirme le Dr Afif. Mais pour de nombreux parents, chaque jour de rupture est un jour de plus à lutter sans filet.
Le TDAH, longtemps ignoré ou mal compris, doit désormais être pris au sérieux par tous les acteurs, à savoir pouvoirs publics, professionnels de santé, industrie pharmaceutique et société civile.
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