Société
TDAH : des intrusions de sommeil dans un cerveau éveillé
21/03/2026 - 15:20
Malak Zougagh
Le trouble du déficit de l’attention et de l’hyperactivité, plus connu sous le nom de TDAH, représente une difficulté chez les enfants, adolescents et adultes à se concentrer et à utiliser pleinement les capacités cognitives. Les raisons derrière sa manifestation demeurent incomprises. Sauf qu’une récente étude menée par plusieurs chercheurs en neurosciences de l’université Monash en Australie et de la Sorbonne en France vise à comprendre la source du manque de concentration.
Reconnu aujourd’hui comme un trouble du neurodéveloppement, le TDAH, ou trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, apparaît généralement dès l’enfance et persiste souvent à l’âge adulte. Nada Faouzi, orthophoniste et neuropsychologue clinicienne, développe ces propos à SNRTnews : “Il se caractérise principalement par des difficultés d’attention, de l’impulsivité et, chez certains individus, une hyperactivité... concrètement, cela se traduit par une grande distractibilité, des difficultés à terminer les tâches, une tendance à passer d’une activité à une autre sans aller au bout, une impatience marquée, des oublis fréquents et parfois une agitation motrice ou une difficulté à rester immobile lorsque la situation l’exige”.
Le TDAH, un trouble cérébral aux manifestations multiples
Contrairement à ce que pourrait croire un certain nombre de personnes, ces difficultés propres au TDAH ne relèvent ni d’un manque de volonté ni d’un manque d’éducation. “Il s’agit d’un trouble réel, lié à des différences du fonctionnement cérébral, dues à l’interaction de facteurs génétiques et environnementaux”, explique la neuropsychologue.
Ce trouble s’explique médicalement par une altération des régions frontales du cerveau. Étant donné que ces dernières soutiennent les fonctions exécutives, “que l’on peut comparer à un chef d’orchestre”, éclaire Nada Faouzi, elles permettent d’organiser les actions, de planifier, d’inhiber les comportements inadaptés, de réguler les émotions et de prendre des décisions.
Récemment, une étude scientifique de plusieurs chercheurs en neurosciences, de l’université de Manesh en Australie et de la Sorbonne en France, a marqué une avancée significative dans les recherches sur le TDAH. Nada Faouzi nous éclaire davantage sur le sujet: “Cette étude montre que, chez les personnes TDAH, on observe des intrusions d’ondes lentes, notamment dans les bandes delta et thêta, qui sont habituellement associées au sommeil profond… mais qui surviennent ici en état d’éveil… Autrement dit, certaines micro-zones du cerveau entrent brièvement dans un état comparable à du “microsommeil”, alors que le reste du cerveau reste éveillé”.
Ce qui explique scientifiquement, sur un niveau neurobiologique, les moments de décrochage où la personne semble présente mais plus réellement attentive.
L’intérêt majeur de cette étude, c’est qu’elle propose un mécanisme neurophysiologique précis, directement lié aux symptômes cliniques du TDAH. Et en neurosciences, mieux comprendre les mécanismes sous-jacents d’un trouble est la première étape vers le développement de traitements plus ciblés et plus efficaces à l’avenir, précise la neuropsychologue.
Diagnostic tardif : les filles, grandes oubliées du dépistage
Cependant, d’autres obstacles se présentent au niveau du diagnostic du trouble. Généralement, les garçons sont plus souvent rapidement diagnostiqués, en vue de leur expression externalisée des symptômes, comme l’hyperactivité ou l’impulsivité.
“À l’inverse, les filles présentent plus de formes à prédominance inattentive. Elles sont souvent perçues comme rêveuses, discrètes ou 'dans la lune' , ce qui attire moins l’attention des adultes et retarde le repérage. Par ailleurs, de nombreuses études récentes montrent que les filles développent plus fréquemment des stratégies de compensation, ce qu’on appelle le "masking", qui leur permettent de masquer leurs souffrances, mais au prix d’un effort cognitif et émotionnel important, cumulables avec des comorbidités comme l’anxiété et la dépression”, explique-t-elle.
Cette difficulté de diagnostic fut le premier obstacle de Rania Jaouhar, jeune Marocaine atteinte de TDAH, qui n’est diagnostiquée qu’après 5 ans de suivi chez différents psychologues. “...c’est un peu ça qui est spécial avec le TDAH, on ne le détecte pas souvent chez les filles… j’ai pris un premier rendez-vous avec un psy, au début c’était très dur, j’ai mis 5 ans pour etre diagnostiqué, ça a commencé pendant ma deuxième année lycée juste comme ça, on m’a prescrit des médicaments etc…je suis passée par plusieurs diagnostic, bipolarité dépression anxiété, je ne cochais jamais les etiquettes à 100%, et c’était avec un deuxième, puis troisième psychologue que j’ai eu mon diagnostic TDAH vu mon coté hyperactive et très pipelette quand j’étais à l’aise, ça l’a mis sur la bonne piste.”
Les difficultés persistantes chez une personne atteinte de TDAH peuvent largement affecter ses proches et son entourage. Ainsi, il est important d’adopter une attitude bienveillante et structurante. Tout en évitant la stigmatisation et en s’adaptant fondamentalement à ses attentes, “certaines difficultés, comme les oublis, la désorganisation ou la distractibilité, font partie du trouble. Les comprendre permet d’éviter beaucoup de frustration, autant pour la personne concernée que pour son entourage”, conclut la neuropsychologue à SNRTnews.
Articles en relations
Société
Société
Société
Société