Sport
Arbitrage marocain: une crise persistante malgré les promesses
19/09/2025 - 09:33
Amine Oubaha
Le clasico entre le Raja et l’AS FAR (0-0), entaché par des décisions arbitrales controversées, a une nouvelle fois mis en lumière les limites criantes de l’arbitrage au Maroc. Malgré un projet de réforme ambitieux porté par Ismaïl El Fath, resté sans suite, les erreurs s’accumulent.
Une équipe dominante dans le jeu, des locaux moyens, des supporters galvanisés et créatifs, mais surtout… plusieurs erreurs d’arbitrage. Le clasico entre le Raja et l’AS FAR, disputé dans le cadre de la 2ᵉ journée de la Botola Pro, a une fois de plus accouché d’une grosse polémique arbitrale, relançant une vieille question: jusqu’à quand l’arbitrage va-t-il nuire à l’image du football marocain?
Dès le coup de sifflet final, l’AS FAR n’a pas tardé à exprimer son indignation, dénonçant des décisions jugées "injustes" de l’arbitre Mouhcine Sourdy. Un but annulé, deux penalties non accordés malgré le recours à la VAR, et une impression générale de désavantage flagrant: les Militaires se sont sentis lésés et privés d'une victoire qui aurait pu les placer en tête du classement dès ce début de saison.
Seulement deux journées ont suffi pour voir ressurgir les erreurs d’arbitrage, forçant la Direction Nationale de l’Arbitrage (DNA) à intervenir rapidement. Plusieurs sanctions sont tombées, dont celle de l’arbitre du clasico, suspendu pour deux matchs.
Des promesses… restées lettres mortes
En mars dernier, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) avait pourtant montré de bonnes intentions, en confiant une mission d’audit à l’arbitre maroco-américain Ismaïl El Fath, connu pour son expérience en MLS et dans plusieurs compétitions internationales. L’objectif: mener une expertise approfondie sur le système national d’arbitrage, et proposer une réforme en profondeur.
Après deux semaines de travail, Ismaïl El Fath a présenté une feuille de route structurée autour de trois grands axes.
Le premier axe, d’ordre technique, portait sur l’encadrement de l’utilisation de la VAR avec des arbitres spécifiquement formés, la mise en place d’une évaluation continue des performances, une révision des processus de désignation et de sélection, ainsi qu’une refonte des critères de formation dans une logique de professionnalisation.
Le deuxième axe visait à préparer le corps arbitral au passage vers un arbitrage pleinement professionnel, à travers une meilleure compréhension du style de jeu en Botola, des échanges réguliers avec les clubs (staffs, capitaines, dirigeants), l’instauration de protocoles clairs pour le travail hebdomadaire des arbitres et leur communication avec les médias, sans oublier un volet financier garantissant des conditions de travail dignes.
Enfin, le troisième axe concernait la réforme structurelle du système: réorganisation de la Commission Centrale d’Arbitrage (CCA) et de la Direction Nationale d’Arbitrage (DNA), renforcement du rôle des ligues régionales, création d’une Académie nationale d’arbitrage et intégration d’outils technologiques et statistiques pour analyser les performances.
Ce projet ambitieux était soutenu par une équipe d’experts marocains et internationaux spécialisés dans la VAR, la formation et l’ingénierie organisationnelle du secteur arbitral.
Contacté par SNRTnews, le spécialiste en arbitrage Mohamed El Mouajah estime que les mesures prises par la FRMF pour améliorer l’arbitrage n’ont pas permis de résoudre les problèmes persistants, puisque les erreurs continuent de se répéter et suscitent la controverse depuis le début de la saison.
El Mouajah a indiqué que l’introduction des technologies d’assistance à l’arbitrage, à l’image du VAR, n’a pas réussi à réduire les erreurs, bien au contraire. Les décisions controversées se poursuivent, reflétant ainsi une situation confuse et instable que connaît la Direction Nationale de l’Arbitrage depuis plusieurs années.
Et puis... plus rien
Mais contre toute attente, aucune suite n’a été donnée à ce projet. Selon plusieurs sources, Ismaïl El Fath aurait quitté le Maroc sans que ses propositions ne soient prises en compte, retournant aux États-Unis sans même que la FRMF ne communique officiellement sur les raisons de ce retrait.
Dans le même sens, SNRTnews a tenté de contacter Redouane Jiyed, directeur de la Direction Nationale de l’Arbitrage et Ismail El Fath pour recueillir des éclaircissements sur la suite du projet ou sur les mesures envisagées. En vain. Les deux responsables n’ont pas répondu aux sollicitations
Une chose est sûre: l’arbitrage reste l’un des maillons faibles du football marocain. Et tant qu’aucune réforme sérieuse, stable et appliquée ne verra le jour, les polémiques risquent de continuer à prendre le pas sur le jeu.
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