Art & Culture
Bill Kramer et Faïçal Laraïchi dans une rencontre sur le cinéma mondial au FIFM
02/12/2025 - 23:04
Mohammed Fizazi | Hamza BAMMOULe Directeur Général de l'Académie des Arts et des Sciences du Cinéma, qui décerne les célèbres Oscars, Bill Kramer, a ouvert son cœur aux participants lors d'une session de dialogue avec le Président Directeur Général de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT), M. Fayçal Laraïchi, dans le cadre de la section "Conversations" organisée lors de la 22e édition du Festival International du Film de Marrakech (FIFM).
Lors de la session animée par le Vice-président délégué de la Fondation du FIFM, M. Fayçal Laraïchi, Bill Kramer a d’abord retracé un itinéraire professionnel atypique. Issu d’une famille passionnée de cinéma, il explique qu’il ne s’imaginait pourtant pas travailler dans cette industrie. Diplômé en finances et statistiques de l’Université d’Ottawa, puis en planification urbaine à New York, il débute sa carrière dans la planification urbaine avant de se diriger vers le financement dans des institutions culturelles et universitaires. Sa rencontre avec les équipes de Sundance marque un tournant: il rejoint alors le secteur du cinéma, convaincu de pouvoir y appliquer ses compétences financières.
Internationalisation et mission de l'Académie
Interrogé sur la mission et l’évolution de l’Académie, Kramer rappelle que l’institution, fondée en 1927, comptait à l’origine une trentaine de membres. Elle en regroupe aujourd’hui 11.000, issus de nombreuses disciplines : réalisation, production, montage, interprétation (acting), cinématographie, entre autres. Longtemps centrée sur Hollywood, l’Académie s’est progressivement ouverte au monde et compte désormais près de 25 % de membres non américains. Selon Kramer, cette internationalisation influence directement la diversité des films sélectionnés et récompensés, rappelant notamment la présence croissante de films non américains parmi les nominations.
L’Académie, largement connue pour les Oscars, mène en réalité de nombreuses autres activités. Elle décerne des prix honoraires lors des Governors Awards, récompense les avancées techniques grâce aux SciTech Awards, soutient les étudiants avec les Student Academy Awards, et gère le plus grand musée du cinéma au monde. Son immense collection, forte de 52 millions d’objets, témoigne de près d’un siècle d’archives cinématographiques, parmi lesquelles figure désormais le scénario manuscrit de Pulp Fiction, offert par Quentin Tarantino.
Fonctionnement du vote et évolution du Gala
Bill Kramer a également détaillé le fonctionnement du vote aux Oscars, un processus basé sur la participation directe des membres. Chaque branche vote d’abord pour établir des sélections préliminaires, puis tous les membres participent au choix final. Cette méthode, selon lui, garantit un processus démocratique reflétant la diversité des disciplines.
Le dirigeant a aussi évoqué la production du gala des Oscars, rappelant l’importance du direct et du rôle de l’hôte. Il a salué la performance de Conan O’Brien, maître de cérémonie de l’édition précédente. Les Oscars, dit-il, ont vocation à représenter l’ensemble des métiers du cinéma : l’introduction d’un prix dédié au casting en 2025 et d’un Oscar pour les coordinations de cascades en 2028 illustre cette volonté.
Coexistence des modes de diffusion et Intelligence Artificielle
Kramer s’est par ailleurs intéressé aux mutations de la consommation et de la distribution des films. Entre salles de cinéma et plateformes de streaming, il estime que les deux modes de diffusion peuvent coexister, tout en soulignant la nécessité de préserver l’expérience en salle. L’Académie renforce d’ailleurs cette ambition en élargissant les critères d’éligibilité théâtrale et en développant des programmes de projections à Los Angeles, Londres et New York.
Abordant l’essor de nouvelles pratiques, il évoque l’arrivée de jeunes cinéastes dans un paysage transformé par le streaming, la mondialisation du cinéma et les outils technologiques, dont l’intelligence artificielle (IA). Pour lui, l’IA doit être envisagée comme un outil, jamais comme un substitut à l’authenticité humaine. Le directeur général a d’ailleurs révélé l’intention de l'Académie de créer une plateforme de diffusion pour les jeunes réalisateurs et les débutants.
Regard sur les jeunes cinéastes
En réponse à une question sur la nouvelle génération, M. Fayçal Laraïchi, vice-président délégué de la Fondation du FIFM, a affirmé que "Le fait de parler de nouveaux talents ou de réalisateurs émergents n'est pas une classification liée à l'âge, mais une description de réalisateurs débutants qui ont réalisé leur premier, deuxième ou même troisième film. La création cinématographique n'est pas liée à l'âge, mais à la capacité de création et d'innovation."
Kramer a pour sa part encouragé les jeunes professionnels à diversifier leurs sources de financement, recommandant de multiplier les partenariats et les collaborations internationales. Selon lui, cette stratégie est devenue indispensable pour mener à bien des projets, notamment indépendants.
Concernant l’animation, Bill Kramer souligne son dynamisme au box-office mondial et son importance croissante parmi les genres représentés aux Oscars. Il rappelle que ce secteur touche à la fois le public familial et adulte, citant des films récents qui en témoignent.
Enfin, évoquant les films d’Afrique et du Moyen-Orient, il se dit impressionné par la sélection du festival FIFM et par la montée en visibilité de ces cinématographies. Avec plus de 80 films en lice pour l’Oscar du meilleur film international cette année, dont plusieurs présentés à Marrakech, il estime que le public mondial découvre davantage de productions internationales, une tendance renforcée par le streaming et par les changements d’habitudes liés à la pandémie.
Bill Kramer conclut en rappelant que le cinéma est un art profondément collaboratif. Les Oscars, insiste-t-il, ont pour vocation d’honorer toutes les disciplines qui concourent à la réussite d’un film : du design sonore aux effets visuels, du costume à la photographie. Un message qu’il juge essentiel pour inspirer les jeunes générations désireuses d’intégrer l’industrie.
Fayçal Laraïchi a ensuite conclu la session en saluant chaleureusement les interventions de Bill Kramer, soulignant que ses éclaircissements étaient précieux pour les professionnels et les jeunes cinéastes présents, suscitant une passion renouvelée pour la célébration du cinéma mondial.
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