Politique
Casablanca: les arrondissements sont "à découvert", selon les élus
10/05/2022 - 18:00
Aïcha Debouza
La plus grande ville du Maroc et surtout la plus peuplée, fait face à des défis colossaux. Outre les problèmes de transport, de propreté, de circulation, d’offre sanitaire et d’équité territoriale, certains arrondissements de Casablanca seraient pour la première fois depuis des années, à découvert. Éclairage.
Comme un mur et ses briques. Les arrondissements de la ville blanche font sa commune. Ces collectivités territoriales dotées de la personnalité morale, jouissant néanmoins de l’autonomie administrative et financière, sont gérées par des Conseils disposant de rôles et attributions spécifiques. Bien que la commune de Casablanca travaille actuellement sur son plan d’action (PAC) pour la période 2023-2028 qui concerne principalement les équipements et des services de proximité au profit des citoyens, les arrondissements semblent manquer tout de même d’argent. "Nous ne pouvons pas fournir des prestations de proximité avec une dotation qui ne suffit plus. Le nombre d’habitants s’accroît de plus en plus, le niveau de vie aussi, mais la dotation que reçoivent les arrondissements ne suit malheureusement pas", déclare Abdessadeq Mourchid, secrétaire du Conseil de la ville élu sous la bannière du Rassemblement national des indépendants (RNI).
Novembre dernier, le Conseil de la ville de Casablanca avait adopté, à la majorité, son budget au titre de l’année 2022. Il s’élève à 4,6 milliards de dirhams au total, comprenant investissements et fonctionnement. D’après Abdessadeq Mourchid, le budget est réparti de façon à ce que 1MMDH soit dédié à la propreté et au nettoiement, que 1,1MMDH soit réservé aux salaires des fonctionnaires, que 1MDH soit octroyé aux accords conclus par le Conseil et à ce que le reste soit donné aux arrondissements. "Nous ne gardons pas grand-chose pour l’investissement. La structure budgétaire de la commune n'a pas évolué dans le temps. Il faut repenser le budget et les recettes de Casablanca avec une nouvelle approche afin de pouvoir subvenir aux besoins des citoyens", se plaint le secrétaire du Conseil de la Ville.
Une mauvaise gestion de l’argent
D’après lui, ce manque d’argent dont souffrent les arrondissements est dû à un cumul d’un certain nombre d’années de mauvaise gérance. "Les problèmes dont fait face la ville de Casablanca se multiplient au même titre que sa population qui s’agrandit de plus en plus. Les besoins et les ambitions se développent aussi. Nous avons des équipements en état de vétusté, mais que nous devons maintenir en activité, car nous n’avons pas trop le choix", s’exprime Abdessadeq Mourchid. Il détaille que pour lui, l’enjeu est de relever les défis posés de manière à asseoir une gouvernance territoriale efficace, rationaliser la gestion financière de la commune et mobiliser les ressources nécessaires. En plus, mieux serait, toujours selon ses dires, de prendre en considération les attentes des citoyens à tous les niveaux notamment du débat qui revient à nouveau dans les rangs des acteurs de la société civile sur la nécessité de prendre en compte une équité territoriale dans la répartition des parts budgétaires.
Mais de son côté, Lhoucine Nasrollah, 2e vice-président du Conseil et membre de l’Istiqlal (PI), n’est pas du même avis. Pour lui, c’est une responsabilité partagée que devront porter la commune et les arrondissements. "C’est une question de gestion de l’argent. Pour moi les arrondissements doivent aujourd’hui être excédentaires. Les dotations sont les mêmes chaque année et les arrondissements ne doivent pas dépenser plus que les 10% que leur donne la commune. Les besoins des arrondissements ne peuvent que s’accroître, ça c’est sûr. Et n’importe quel montant que nous allons leur donner ne sera jamais suffisant, mais ils doivent comprendre que la commune est elle aussi dans le besoin", fait savoir Lhoucine Nasrollah.
Selon le 2e vice-président du Conseil de la ville de Casablanca, en plus des dotations dont bénéficient les arrondissements, la commune continue à intervenir quelques fois dans le territoire de n’importe quel arrondissement en prodiguant nombre de fois de l’argent. Pareillement, les sociétés de développement local (SDL) agissent à leur tour, dans leurs territoires en fonction des conventions signées. Que ce soit de manière directe ou indirecte, ce dernier rapporte que les moyens mis à la disposition pour le développement des arrondissements sont multiples. Ils ne sont pas uniquement financés par la dotation que leur donne la commune. Si les recettes de la commune augmentent, les dotations augmenteront systématiquement aussi, mais si elles restent telles qu’elles sont, ça sera un peu délicat de le faire. "En plus de multiplier leurs recettes, les arrondissements sont d’ailleurs appelés à payer plus régulièrement leurs taxes et impôts afin que la roue puisse tourner car sans cela, la commune ne pourra plus répondre aux besoins des arrondissements", enchérit Lhoucine Nasrollah. Il avance que ces arrondissements qui bénéficient tout un chacun d’un bureau de fiscalité, participent de manière très importante dans les recettes de la ville et les invite à fournir encore plus d’efforts".
En effet, le législateur a affirmé que les montants dédiés aux arrondissements ne devaient pas être inférieurs à 10% du total du budget de la commune. Il a dans ce sillage d’idées, insisté sur la politique de proximité. "Ce ne sont que des attentes, ce qui signifie qu'il est possible que la commune n'atteigne pas ce pourcentage, mais néanmoins elle s'engage à la session d'octobre de chaque année de rendre compte des dépenses qu’elle a dû faire", explique Samira Razani, membre du Conseil de la ville de Casablanca sous la bannière du Parti de justice et de développement (PJD). Pour elle, si les provinces se plaignent de la dotation qui ne leur suffit plus, ils ne doivent quand même pas oublier que la ville s’occupe aussi de l’équipement desdits arrondissements, ce qui lui vaudrait, une partie importante de son budget.
"Je pense qu’il faut instaurer une équité territoriale entre les 16 arrondissements de Casablanca, partant des entrées de la ville jusqu’aux budgets consacrés à chaque arrondissement. Je pense qu’en respectant ceci, aucun arrondissement ne se plaindra. D’ailleurs, ils ne devraient pas le faire, ils devraient plutôt réclamer et exiger leur part des grands projets consacrés à l'équipement de la communauté", ajoute Samira Razani. D’après elle, la dotation sert uniquement à la bonne gestion des intérêts des arrondissements et pas plus.
Articles en relations
Société
Sport
Société
Société