Economie
Commercialisation des produits agricoles: les recommandations du CESE
10/02/2022 - 19:35
Imane Benichou
Pour la commercialisation des produits agricoles, à savoir les filières végétale et animale, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a préconisé l’élaboration d’une vision "intégrée et participative". Pour ce, plusieurs recommandations ont été formulées "pour faire de la commercialisation un véritable levier de développement économique et social de notre pays".
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, lors d’une rencontre tenue à distance, ce jeudi 10 février 2022, son avis intitulé «Pour une approche novatrice et intégrée de la commercialisation des produits agricoles».
"La commercialisation est considérée comme l'une des plus importantes étapes de la chaîne de production agricole", a déclaré Ahmed Reda Chami dans son allocution d’ouverture de cette rencontre. Le président du CESE a souligné que la commercialisation des produits agricoles revêt une grande importance compte tenu de l'ampleur de ses effets sur toutes les parties prenantes et de son rôle dans l'amélioration des revenus des agriculteurs.
La commercialisation, qui vise à répondre aux besoins en quantité et en qualité des consommateurs et à générer des profits équitables à tous les intervenants tout au long de la filière agricole, fait appel, de l’amont à l’aval aux différents intervenants à savoir les producteurs/agriculteurs, les commerçants, les intermédiaires, le consommateur et l’Etat/ départements ministériels concernés, a en outre noté Chami.
Fragilité de la commercialisation
L’avis du CESE a relevé que, depuis les années 60, le Maroc a lancé plusieurs grands chantiers, programmes et plans, notamment à travers le plan Maroc vert et la génération Green, pour booster le secteur agricole et renforcer les performances des filières de production et d’exportation. Cependant, la question cruciale de la commercialisation continue à freiner une réelle intégration de l’amont et de l’aval du secteur. "Les efforts d’intégration de son amont et de son aval sont fortement marqués par l’articulation manifestement insuffisante entre le processus de production et les circuits de commercialisation des produits agricoles", a affirmé Chami.
Le système de commercialisation connait ainsi un ensemble de fragilités organisationnelles et fonctionnelles. Le président du CESE a ainsi évoqué "une faible coordination entre les parties prenantes au niveau national et territorial, en l’absence d’un cadre de gouvernance global et intégré du processus de commercialisation".
Le secteur agricole fait également face à "une intermédiation excessive et peu contrôlée, notamment au niveau de l’offre orientée vers les marchés de gros, qui favorise la spéculation et la multiplication des intervenants, pénalise le producteur, impacte la qualité des produits en rallongeant les circuits de distribution et partant renchérit le prix de vente final au consommateur".
Les agriculteurs/producteurs sont en outre confrontés à un "accès de plus en plus difficile à certains marchés extérieurs en raison des exigences des pays importateurs, surtout en termes de respect des normes sanitaires". Les petits et moyens agriculteurs affichent aussi une "faible capacité" à s’organiser "pour écouler, dans de bonnes conditions, leurs produits". Une autre faiblesse: la digitalisation des processus de commercialisation et de valorisation des produits agricoles "qui ne facilite pas l’accès direct des petits et moyens agriculteurs aux différents marchés et débouchés".
Le secteur connait également "des pertes importantes et un gaspillage des produits agricoles, tout au long des circuits de commercialisation, en l’absence d’un dispositif encadré et intégré dans les plans et programmes de développement".
Recommandations
Ahmed Reda Chami a formulé de ce fait plusieurs recommandations pour faire de la commercialisation "un véritable levier de développement économique et social" du Royaume.
Il s’agit premièrement de procéder "d’urgence" à la réforme des espaces de commercialisation afin d’éviter les spéculations et la multiplication des intermédiaires, "notamment en accélérant la réforme des marchés de gros et en mettant en place un cadre réglementaire pour réguler et repenser le rôle et les missions du métier de l’intermédiaire".
Le CESE a recommandé l’accélération de la transformation digitale de la commercialisation en favorisant l’inclusion des petits et moyens producteurs, "notamment en mettant en place une infrastructure numérique appropriée (accès au haut débit, villages numériques) et en accompagnant l’équipement des petits et moyens agriculteurs en outils numériques simples (softs skills, des applications pratiques à utiliser, etc.) afin de faciliter la commercialisation de leurs produits".
Il a également appelé à développer les circuits courts de commercialisation à caractère coopératif et encourager le commerce de proximité. "Il convient notamment pour cela de revoir les modèles et les mécanismes d’accompagnement et d’organisation des agriculteurs en coopératives (agrégation coopérative) ou groupements d’intérêt économique (GIE), en s’inspirant des approches adoptées par les filières sucrière et laitière, en vue d’améliorer les conditions de mise en marché des produits agricoles et d’augmenter significativement les revenus des producteurs", a précisé Chami.
Le conseil a en outre recommandé d’améliorer le processus de commercialisation des filières céréalière, viandes et fruits et légumes tout en orientant certaines productions vers la transformation (fruits et légumes).
Il s’agit aussi d’œuvrer à renforcer la coordination entre les différentes parties prenantes, notamment le ministère de l’intérieur, les départements de l’agriculture et du commerce, l’interprofession, les élus, etc, au niveau national et territorial "pour une meilleure intégration du segment de la commercialisation dans la chaîne de valeur".
Pour finir, le conseil a recommandé de mettre en place des mesures législatives, réglementaires et techniques et un plan de communication pour lutter contre les pertes et le gaspillage des produits agricoles au niveau de la distribution, de stockage et de la commercialisation. "Il convient pour cela d’adopter une loi pour lutter, dans l’esprit de l’économie circulaire, contre les pertes et gaspillages des produits agricoles au niveau de la distribution, du stockage et de la commercialisation", a encore fait savoir le président du CESE.
Ont été présent à cette rencontre, Mohamed Abdessadek Essaidi, président de la commission chargée de la régionalisation avancée, du développement rural et territorial qui a supervisé l’élaboration de l'avis du CESE et Abderrahim Ksiri, rapporteur du thème.
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