Société
Allégement des restrictions liées à la Covid dans plusieurs pays: qu'en est-il du Maroc?
22/01/2022 - 23:14
Lina Wafy
La Covid-19 a perdu son statut de «pandémie» pour devenir endémique. De plus en plus de pays allègent les restrictions liées à ce virus. Le Maroc, qui enregistre actuellement près de 8.500 cas par jour, avec une grande dominance du variant Omicron, ne va pas déroger à cette règle, selon le professeur spécialiste en réanimation et membre du Comité scientifique et technique, Said Motaouakkil qui a répondu aux questions de SNRTnews sur ce sujet.
SNRTnews: les indicateurs épidémiologiques enregistrés au Maroc sont-ils porteurs d’espoir ? Se dirige-t-on vers l’allégement des restrictions?
Pr Said Motaouakkil: le Maroc connait actuellement une nouvelle vague où le variant Omicron est prédominant de 95%. Les caractéristiques de ce variant sont marqués par le nombre de mutations qu’il a subis et qui font de lui un variant très transmissible touchant une large frange des populations.
A l’instar des autres pays dans le monde, cette vague est marquée par la survenue de milliers de cas journaliers. Si dans la majorité des cas les symptômes sont mineurs ou modérés, dans 5% des cas, l’atteinte peut être sévère pouvant être responsable chez des personnes à risque d’hospitalisation en milieu de réanimation, avec un risque de décès notamment les sujets âgés, ceux qui sont porteurs de maladies chroniques et surtout les non vaccinés.
La vague que nous vivons est à son pic, dans la mesure où l’indice de positivité des tests journaliers se stabilise au niveau national entre 22 et 25%. Il n’augmente plus surtout au niveau des deux grandes régions de Casablanca- Settat et Rabat- Salé- Kénitra qui concentrent les deux tiers des cas. Par contre, cet indice augmente au niveau des régions Fès-Meknès, Marrakech-Safi, ainsi que dans les régions de l’Oriental et du Nord.
Le taux de remplissage par les malades COVID-19 des réanimations dépasse les 10% au niveau national, mais il existe une tension réelle au niveau des services de réanimation dans les grandes villes, notamment à Casablanca où ce taux dépasse les 90%.
Quant au taux de décès journalier, il est entrain d’augmenter progressivement du fait du décalage entre le début de la vague et son pic, tout en sachant que la mortalité survient tardivement, et ce, après l’atteinte grave et après un certain séjour hospitalier.
Si on s’intéresse à ce paramètre, on va remarquer que malgré le décalage du taux de décès journalier entre le début de la vague et son pic, la mortalité est nettement moindre par rapport à celle constatée au mois de novembre 2020 et celle d’août 2021.
Ce constat est relevé aussi au niveau mondial où la maladie est de plus en plus transmissible, mais elle perd en gravité avec le temps. C’est ce qui a poussé plusieurs pays à alléger les mesures restrictives et la reprise d’une vie presque normale, le Maroc ne va pas déroger à cette règle.
Le Covid-19 a perdu son statut de «pandémie» pour devenir endémique. Se dirige-t-on vers une cohabitation avec la maladie?
Plusieurs experts et observateurs s’accordent à dire que le variant Omicron est une aubaine dans le mesure où le virus perd de sa virulence et que les formes graves sont rares et que donc la mortalité est nettement moindre.
Dans une étude publié par le CDC d’Atlanta aux Etats-Unis, on retrouve que le variant donne moins de signes cliniques dans 53% des cas, moins d’hospitalisations en réanimation dans 71% des cas et réduit la mortalité de 91% autres par rapport aux variants précédent.
L’analyse des études cliniques dans le monde et l’analyse de nos chiffres nationaux confirment ces données. Les tendances de baisse de la mortalité constatées depuis le début de la pandémie, les mesures préventives prises, la vaccination et les stratégies thérapeutiques prises pour faire face à la pandémie laissent penser que le virus est entrain de perdre son caractère pandémique au profit d’une situation qui va devenir endémique dans la mesure où le virus et ses variants vont rester parmi nous sur un mode saisonnier comme la grippe.
Dans le cadre de cette cohabitation, les citoyens devront-ils faire des doses de rappel régulièrement comme ce qui se fait pour la grippe saisonnière?
Ce changement dans la dynamique de la maladie COVID-19, le contrôle plus ou moins réussi des effets néfastes sanitaires et leurs conséquences économiques, sociales et psychologiques impose un changement radical des paradigmes de la stratégie pour lutter contre la maladie. Nous nous attendons à une fin du caractère pandémique de la maladie durant la fin de la période printanière.
Une évaluation de toutes les mesures qui ont été prises jusqu’à l’heure actuelle doit être faite, nous avons un recul de deux ans pour l’analyse et plusieurs données scientifiques sont actuellement disponibles. Il faut que la phobie laisse la place à la raison, les facteurs socio-économiques, psychologiques sur les populations doivent être pris en compte. Le coût de ces déterminants a fortement impacté la vie des populations au Maroc et ailleurs.
Des changements dans les stratégies de riposte vont s’imposer en s’articulant sur:
- La veille sanitaire et épidémiologique qui doit rester de mise,
- Le respect individuel des mesures barrières doit rentrer dans le comportement citoyen des populations,
- Le traitement des patients doit être rapide,
- La médecine communautaire doit reprendre ses lettres de noblesse,
- La promotion de la vie saine: contrôle des maladies chroniques, lutte contre les facteurs de risque, lutter contre l’obésité et la pratique collective du sport.
Ces changements dans la stratégie vont accompagner la dynamique changeante du virus au Maroc et ailleurs.
Quelle est, selon vous, la solution pour tourner la page du covid-19?
Cette pandémie nous a permis de revoir l’importance d’une véritable solidarité nationale, l’anticipation face à la crise, une très bonne gouvernance politique sur le plan national et régional, le rôle stratégique de l’état dans les grandes crises sanitaires et l’importance stratégique du système de santé et l’enseignement.
Notre système de santé malgré ses limites a montré beaucoup de résilience, mais il doit être complètement revu dans toutes ses composantes pour prodiguer des soins de qualité de façon équitable en respectant la dignité humaine et regagner la confiance des populations.
Le chantier ouvert de la protection sociale permettra certainement d’améliorer l’accès aux soins sur le plan économique, social et spatial.
Nous devons nous inscrire dans la recherche opérationnelle des systèmes de santé, dans la recherche scientifique et l’innovation en produits de la santé.
Le projet de la souveraineté nationale avec la production des vaccins, des produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux est de bon aloi.
Nous devons rester vigilants pendant cette période en s’appuyant sur nos acquis et en respectant les mesures barrières. La vaccination va certainement, grâce à la recherche, accompagner les changements, tout en sachant que la recherche pharmaceutique a suffisamment de recul pour produire des vaccins efficaces contre les variants. L’espoir réside aussi dans le développent de nouveaux antiviraux et les anticorps monoclonaux.
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