Société
Cyberharcèlement: des appels à criminaliser un fléau nourri par le silence
06/08/2025 - 16:19
Ouiam Faraj
Plusieurs acteurs des droits humains ont lancé un appel ainsi qu’une campagne de sensibilisation visant à alerter sur la gravité du cyberharcèlement et à réclamer l’adoption d’une loi spécifique criminalisant cette forme de violence numérique, en particulier lorsqu’elle est exercée contre les femmes, les filles et les mineurs
Bouchra Abdou, présidente de l’Association Tahaddi pour l’Égalité et la Citoyenneté, a affirmé que l’association a reçu plusieurs cas de femmes, de filles et d’enfants ayant souffert de ce harcèlement, ayant eu un impact sur leur vie personnelle et leur parcours scolaire.
Troubles psychologiques
L’association a également reçu, ajoute Bouchra Abdou dans une déclaration à SNRTnews, des plaintes de mères et de pères d’enfants mineurs affirmant que le niveau scolaire de leurs enfants a baissé et qu’ils ne souhaitent plus aller à l’école à cause du harcèlement, lequel s’intensifie sur les réseaux sociaux.
L’association a constaté que les femmes et les filles sont les principales victimes du cyberharcèlement, qui porte atteinte à leur corps, à leur santé mentale ainsi qu’à leur vie personnelle. La militante a précisé que de nombreuses femmes victimes de ce harcèlement tentent de modifier leur apparence ou leur mode de vie uniquement pour satisfaire les autres.
Et d’ajouter que ces victimes souffrent désormais de troubles psychologiques, craignent leur environnement, et sombrent dans un état dépressif qui peut parfois mener au suicide.
La présidente de l’association a également souligné une augmentation continue et croissante du phénomène du cyberharcèlement, considéré comme l’une des nombreuses formes de criminalité numérique exercée à travers les espaces et supports digitaux, et qui est devenue, ces derniers mois, "l’une des pratiques les plus banalisées et tolérées par la majorité des usagers des réseaux sociaux".
Absence de cadre juridique
Dans son appel, l’association a dénoncé l’absence de cadre juridique encadrant les actes de cyberharcèlement, précisant que des comportements tels que la publication de photos ou de vidéos de citoyennes et citoyens accompagnées de commentaires, ou encore des commentaires offensants sur ces images et vidéos, ne relèvent pas du délit d’injure ou de diffamation, et échappent ainsi à l’application du Code pénal, ce qui permet aux auteurs de continuer leurs agissements en toute impunité.
Dans ce sens, Bouchra Abdou a insisté sur la nécessité de prendre en compte ce « fléau », soit en modifiant la loi n°103.13 relative à la lutte contre la violence faite aux femmes pour y inclure la criminalisation du cyberharcèlement et y prévoir des sanctions, soit en adoptant une loi spécifique, comme le réclame l’association, pour lutter contre la violence numérique.
L’Association Tahaddi pour l’Égalité et la Citoyenneté a ainsi réaffirmé son engagement à poursuivre son plaidoyer pour combler le vide législatif concernant la violence numérique. Elle a également exprimé sa volonté d’accompagner les victimes en leur apportant un soutien juridique et psychologique, et de contribuer à élargir la sensibilisation collective sur la gravité du cyberharcèlement et ses effets dévastateurs.
Elle a en outre appelé les différents acteurs institutionnels et civils à assumer leurs responsabilités dans la lutte contre ce phénomène et à garantir aux femmes et aux filles un espace numérique sécurisé, sans violence ni discrimination.
La même source a également insisté sur la nécessité d’intégrer dans les programmes scolaires des cours incitant au rejet de toutes les formes de harcèlement, à l’acceptation de la différence et à la cohabitation avec autrui, afin de favoriser une vie sociale saine et sécurisée.
À noter que le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement préscolaire et des Sports a lancé en mars 2024 un programme de formation au profit de plusieurs formateurs dans les établissements scolaires, visant à protéger les élèves contre le harcèlement en ligne et en milieu scolaire, dans le but de créer un environnement sécurisé au sein des établissements.
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