Art & Culture
Dikra ramadanesque:Mohamed Asfour, le pionnier de la cinématographie marocaine
07/03/2026 - 12:10
Halima AamirDans les annales du cinéma national, le nom de Mohamed Asfour s'impose comme l'un des bâtisseurs des premiers jalons du septième art au Maroc.
Ses contemporains l'ont ainsi surnommé le "Doyen des cinéastes marocains" ou encore le "Père spirituel du cinéma marocain". Son nom est indissociable des prémices de la création, à une époque où le maniement de la caméra relevait de l'aventure individuelle et où l'image était un rêve se façonnant en dehors de toutes les conditions techniques modernes.
C’est dans cette optique que la capsule "Dikra ramadanesque" ouvre une fenêtre sur le parcours du défunt et son apport à l'art marocain, tentant de revisiter les œuvres ayant marqué les débuts et d'évoquer l'esprit d'initiative qui a forgé sa place dans la mémoire du cinéma national.
Un regard témoin de l'Indépendance
Asfour n'était pas seulement un cinéaste, il fut un témoin privilégié, à travers son objectif, de moments charnières de l'histoire du Maroc. On lui doit notamment d'avoir filmé le retour d'exil de Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V, ainsi que la liesse des Marocains célébrant l'indépendance et les festivités ouvrières du 1er mai.
Sous son regard, la ville de Casablanca a également préservé une autre image d'elle-même : ses rues, ses habitants et ses détails des années 1940 et 1950. Ses travaux constituent aujourd'hui des documents visuels rares sur les débuts du cinéma marocain ; sans ses initiatives pionnières, l'essor de ce secteur aurait sans doute été retardé jusqu'à l'après-indépendance.
Débuts autodidactes et caméra 9 mm
Né en 1926, Mohamed Asfour choisit très tôt l'aventure cinématographique avec un esprit purement autodidacte. Dès les années 1940, muni d'une modeste caméra 9 mm, il entreprend la réalisation de courts métrages reflétant son environnement social, esquissant ainsi les premiers contours d'une image cinématographique locale.
Parmi ses premières expériences figure le film "Le Fils de la forêt" (1941), suivi d'œuvres telles que "Amok le conquérant", "Johâ, L'Orphelin" et "Les Évadés de prison". Ces films illustrent une phase de recherche et d'expérimentation dans un contexte où l'industrie cinématographique nationale était encore en gestation.
"Le Fils prodigue": le passage au long métrage
À la fin des années 1950, Asfour franchit une étape de maturité avec la réalisation de son premier long métrage en 1958, intitulé "Le Fils prodigue" (Al Ibn al-'Aqi). Cette œuvre assoit sa stature de réalisateur aspirant à porter le récit sur le grand écran.
L'influence du cinéma social égyptien y est manifeste, que ce soit à travers l'élégance des calligraphies du générique ou l'usage de plans larges pour présenter les espaces, témoignant de son interaction avec les références dominantes de l'époque et de sa volonté de s'en inspirer au sein du cinéma marocain.
En 1970, il poursuit son parcours avec la production du film Trésor infernal, visant à instaurer un cinéma populaire à caractère grand public, mêlant drame et humour, destiné au spectateur simple.
Une reconnaissance Royale
Le nom du défunt revient sur le devant de la scène au milieu des années 1980, suite à un épisode de l'émission "Basamat" consacré à son expérience et à son avant-gardisme. Cette attention médiatique trouva un écho officiel lorsque Feu Sa Majesté le Roi Hassan II le décora d'un Wissam en reconnaissance de son apport artistique.
Au fil du temps, Mohamed Asfour est devenu une figure indissociable de la mémoire cinématographique marocaine. Plusieurs ciné-clubs portent aujourd'hui son nom en hommage à un parcours ayant allié réalisation, interprétation et initiative artistique.
Fidèle à l'esprit du cinéma populaire jusqu'à son dernier souffle, Mohamed Asfour s'est éteint le 20 décembre 2005 à Casablanca, au terme d'une carrière s'étendant sur plusieurs décennies.
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