Société
El Niño 2026: Entre incertitudes scientifiques et menaces de sécheresse au Maroc
18/04/2026 - 12:37
Ouiam Faraj
Selon les données climatiques internationales de l'Organisation météorologique mondiale et de la NOAA, le système climatique mondial pourrait passer d'un état neutre au développement d'un phénomène "El Niño" au cours de l'été 2026, avec une probabilité supérieure à 60 % durant la seconde moitié de l'année.
Dans ce contexte, le responsable de la communication à la Direction générale de la météorologie (DGM), Houcine Youabed, a expliqué que ce phénomène, fondé sur la libération de chaleur supplémentaire de l'océan Pacifique vers l'atmosphère, pourrait contribuer à l'élévation des températures mondiales. Il a toutefois souligné que les prévisions durant la saison printanière restent entourées d'une marge d'incertitude, en raison de ce qui est scientifiquement appelé « la barrière de prévisibilité printanière », qui limite la précision des modèles climatiques durant cette période.
Concernant l'impact du phénomène El Niño sur le Maroc, M. Youabed a affirmé dans une déclaration à SNRTnews que la question nécessite une "approche empreinte de prudence scientifique", précisant que le Maroc n'est pas affecté de manière directe et forte par El Niño, particulièrement durant l'été, période où le climat national est souvent influencé par des facteurs régionaux tels que la dépression thermique saharienne et la dynamique locale de l'atmosphère.
Il a indiqué, à cet égard, que les études climatiques montrent que l'influence du système "El Niño-Oscillation australe" sur le Maroc reste limitée, irrégulière, et qu'elle est souvent plus manifeste lors de saisons spécifiques comme le printemps, alors qu'elle est quasi faible durant l'été. Par conséquent, selon M. Youabed, El Niño ne peut être considéré comme un indicateur direct ou décisif pour prédire les températures ou les précipitations au Maroc.
Quant à l'éventualité d'enregistrer des températures inhabituelles au Maroc, M. Youabed a précisé que cela reste possible, mais n'est pas nécessairement lié de manière directe au phénomène El Niño, notant que les vagues de chaleur que connaît le Maroc sont souvent le résultat de facteurs régionaux, au premier rang desquels l'activité de la dépression thermique saharienne et la remontée de masses d'air chaudes et sèches du sud, en plus de l'impact général du changement climatique qui contribue à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes extrêmes. Il a conclu que l'évaluation de la situation se fait sur la base de modèles d'observation et de prévision régionaux, et non uniquement sur les indicateurs climatiques mondiaux.
Répercussion potentielle sur le Maroc
À l'opposé, le professeur de climatologie à l'Université Hassan II de Casablanca, le Pr Said Karrouk, estime que le phénomène El Niño a une influence étendue sur le climat mondial et peut se répercuter indirectement sur le Maroc.
Le Pr Karrouk explique à SNRTnews que "El Niño est un phénomène atmosphéro-océanique complexe qui prend naissance dans l'océan Pacifique équatorial, où il entraîne une hausse inhabituelle de la température des eaux de surface. Dans des conditions normales, les alizés poussent ces eaux chaudes vers l'ouest de l'océan, créant un équilibre dans la distribution de la chaleur. Cependant, lors d'épisodes cycliques variant entre un et sept ans, ces vents faiblissent, et les eaux chaudes se déplacent vers l'est pour couvrir de vastes zones de l'océan."
Ce changement dans la répartition de la chaleur se reflète sur les schémas météorologiques mondiaux, affectant les précipitations et les températures dans plusieurs régions, du continent américain à l'Europe et l'Afrique, avec une différence de nature de l'impact d'une région à l'autre.
Le Pr Karrouk avance, sur la base d'études qu'il a réalisées, que « El Niño » coïncide souvent avec des périodes de sécheresse au Maroc, estimant que le scénario prévu pour l'année 2026, que certains modèles qualifient de « Super El Niño », pourrait remettre cette éventualité au premier plan avec force, particulièrement à la lumière de l'accélération du rythme du réchauffement mondial et de l'accumulation de l'énergie thermique dans les océans.
Sécheresse structurelle
Il a souligné que la sécheresse au Maroc revêt un caractère structurel, lié aux caractéristiques du climat régional, et s'aggrave sous l'effet du changement climatique, où la hausse des températures entraîne une accélération de l'évaporation de l'eau et une réduction des ressources exploitables, malgré l'enregistrement de quantités importantes de précipitations annuelles.
Il a précisé que les quantités moyennes totales de pluie tombant au Maroc sont estimées à environ 140 milliards de mètres cubes, alors qu'il ne reste « en réalité » que 22 milliards de mètres cubes, en raison de l'évaporation résultant de la hausse des températures.
Dans ce cadre, le professeur universitaire a mis en garde contre des répercussions potentielles incluant le recul des ressources hydriques et des impacts négatifs sur l'activité agricole, outre l'augmentation des risques d'incendies de forêt, appelant à une préparation anticipée via une gestion rigoureuse des ressources en eau et l'adaptation des politiques agricoles à ces mutations.
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