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Faux neuf ou avant-centre classique ? Ouahbi face à son plus grand choix tactique
05/06/2026 - 13:34
Reda Zarrouk
Lors du dernier match amical de l'équipe nationale marocaine contre Madagascar, le sélectionneur national Mohamed Ouahbi a aligné Ismaël Saibari au poste de « faux numéro 9 », avant de passer plus tard à un système avec un avant-centre classique, en lançant à la fois Ayoub El Kaabi et Soufiane Rahimi en seconde période.
Ce choix tactique n'est pas passé inaperçu, d'autant plus que Saibari a réussi à inscrire un doublé au cours de la première mi-temps. Il avait par ailleurs déjà occupé ce même rôle lors du match amical contre l'Équateur en mars dernier, ce qui traduit la conviction grandissante d'Ouahbi quant à la possibilité de bâtir sa ligne d'attaque d'une manière différente du schéma traditionnel auquel l'équipe marocaine était habituée ces dernières années.
À quelques jours seulement du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, une question commence à s'imposer avec insistance : Ouahbi s'orientera-t-il réellement vers un Mondial sans attaquant de pointe, en particulier pour le match d'ouverture tant attendu face au Brésil, le 13 juin prochain ?
Saibari : faux neuf ou meneur de jeu avancé ?
D'un point de vue tactique, le rôle de « faux neuf » ne se résume pas à l'absence d'un avant-centre classique. Il repose essentiellement sur les mouvements d'un milieu de terrain offensif doté de la capacité de décrocher entre les lignes, d'aspirer les défenseurs hors de leurs zones et de créer des espaces pour les ailiers et les milieux qui se projettent vers l'avant.
C'est un rôle qu'Ismaël Saibari semble capable de remplir à merveille, compte tenu de ses caractéristiques techniques et physiques, de son aptitude à jouer dans les petits espaces et à lier les lignes, sans oublier son tempérament résolument offensif et son sens du but aiguisé, comme il l'a démontré avec son club, le PSV Eindhoven, cette saison. Durant la première période contre Madagascar, l'équipe marocaine est apparue plus libérée dans les trente derniers mètres adverses. Multipliant les déplacements latéraux et les percussions axiales, elle a affiché une plus grande variété offensive par rapport aux séquences de jeu avec un avant-centre fixe dans la surface de réparation.
La philosophie d'Ouahbi : le prolongement de l'école belge
Cette orientation ne semble pas étrangère au bagage tactique de Mohamed Ouahbi, considéré comme un pur produit de l'école belge moderne, contrairement à son prédécesseur Walid Regragui, plus imprégné de la pensée footballistique française classique, axée sur le réalisme, la discipline défensive et les transitions rapides. Ouahbi a gravi les échelons au sein du club belge d'Anderlecht, où il a travaillé pendant de longues années avec différentes catégories de jeunes. Il a évolué dans une école qui prône la possession positive, la relance propre depuis l'arrière, la flexibilité tactique, le pressing haut et la capacité à combiner dans les petits espaces. De plus, Anderlecht s'appuie énormément sur le système en 3-4-3 dans la formation de ses jeunes, un dispositif qui impose aux joueurs de prendre des décisions rapides sous pression et encourage le mouvement perpétuel ainsi que les permutations de postes.
Les caractéristiques et les avantages du « faux avant-centre »
Dans ce contexte, l'entraîneur Aziz El Amri a exprimé son soutien clair à cette approche tactique. Il a affirmé, dans une déclaration à SNRTnews, qu'il approuvait le choix d'Ouahbi d'aligner un faux neuf, soulignant que cela avait toujours été sa méthode de prédilection lorsqu'il dirigeait plusieurs clubs, à commencer par le Moghreb de Tétouan, avec lequel il a remporté deux titres de la Botola Pro sans jamais s'appuyer sur un avant-centre traditionnel.
El Amri a expliqué que le ballon progresse davantage vers les zones adverses lorsqu'on utilise des milieux offensifs comme faux neufs, car cela permet de créer une densité numérique dans l'axe et d'ouvrir des espaces pour les attaquants de couloir et les joueurs qui s'élancent depuis l'arrière.
Il a toutefois ajouté que l'incorporation d'un avant-centre classique en seconde période pouvait s'avérer plus utile dans certains matchs, car elle facilite la finition des actions, notamment lorsque l'équipe éprouve des difficultés à percer le bloc défensif adverse ou qu'elle a besoin d'un joueur capable d'exploiter les centres et les seconds ballons à l'intérieur de la surface.
Plusieurs scénarios offensifs au cours d'un même match
En contrepartie, les entrées d'Ayoub El Kaabi et de Soufiane Rahimi en seconde période face à Madagascar ont démontré qu'Ouahbi n'envisage pas de supprimer définitivement le rôle de l'avant-centre traditionnel, mais qu'il recherche plutôt des solutions variées en fonction du scénario du match et du profil de l'adversaire.
El Kaabi représente en effet un profil totalement différent de Saibari, de par son positionnement dans la surface de réparation, sa capacité à convertir les demi-occasions et ses déplacements entre les défenseurs — ce qui s'est traduit par l'action amenant le quatrième but lors du dernier match amical. Rahimi, quant à lui, apporte des solutions supplémentaires grâce à sa pointe de vitesse, sa faculté à attaquer la profondeur et sa rapidité en transition.
Il semble ainsi qu'Ouahbi souhaite disposer de plusieurs scénarios offensifs au sein d'une même rencontre, une exigence devenue fondamentale dans le football moderne, en particulier lors des grandes compétitions qui requièrent une immense flexibilité tactique.
Le style du « faux neuf » est-il adapté aux matchs du Mondial ?
La question cruciale reste de savoir si ce style est adapté aux exigences des matchs de la Coupe du monde, notamment face à des sélections solides sur les plans individuel et tactique.
Face au Brésil, par exemple, jouer sans attaquant de pointe de métier pourrait offrir au Maroc un avantage relatif au milieu de terrain, lui permettant de conserver le ballon plus longtemps tout en attirant les défenseurs brésiliens dans des zones inconfortables pour eux. Néanmoins, ce choix comporte également des risques, surtout si le Maroc venait à manquer d'efficacité devant le but ou s'il peinait à concrétiser les demi-occasions.
En revanche, face à l'Écosse et à Haïti, l'option du faux neuf pourrait s'avérer plus efficace, car ces deux sélections ont tendance à adopter un bloc défensif relativement regroupé, rendant les mouvements entre les lignes décisifs pour désarticuler l'organisation adverse. De plus, ce système permettrait d'exploiter les qualités techniques des joueurs marocains dans les espaces réduits, compte tenu de la disponibilité d'éléments tels que Saibari, Bilal El Khannouss, Brahim Díaz, Abdessamad Ezzalzouli ou encore Soufiane Rahimi.
Entre audace tactique et réalisme
Ce qui retient l'attention dans les choix de Mohamed Ouahbi, c'est sa volonté manifeste de doter la sélection marocaine d'une identité offensive plus audacieuse, loin du style conservateur qui a caractérisé certaines périodes de l'équipe ces dernières années.
Cependant, la réussite de ce pari restera tributaire de la capacité des joueurs à assimiler les moindres détails tactiques de ce système. Jouer sans avant-centre de métier exige en effet des mouvements collectifs coordonnés, une grande vitesse dans la circulation du ballon, ainsi qu'une aptitude au contre-pressing pour récupérer rapidement le ballon.
Les prochains jours devraient révéler plus distinctement les contours de l'équipe marocaine que souhaite bâtir Ouahbi pour la Coupe du monde, à commencer par le match amical contre la Norvège, ce dimanche 7 juin. On saura alors s'il se dirige réellement vers une révolution tactique fondée sur le « faux neuf » ou s'il se contentera d'utiliser cette option comme une arme supplémentaire en cours de match, sans pour autant abandonner définitivement l'avant-centre traditionnel.
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