Société
Explosion des infections en Chine: quels risques pour le reste du monde?
27/12/2022 - 21:30
Khaoula Benhaddou
Depuis la levée de la politique Zéro covid en Chine, le virus se répand comme une trainée de poudre. Au moins, 250 millions de personnes ont été contaminées depuis trois semaines dans le pays le plus peuplé de la planète. Cette explosion des infections aura-t-elle des répercussions sur les autres pays du monde? Peut-on voir l’apparition d’un nouveau variant plus virulent? Et risque-t-on d’imposer des nouvelles mesures restrictives? Réponses
Trois ans après l’apparition de la pandémie liée à la Covid-19 en Chine, ce pays est frappé par une nouvelle vague de grande envergure.
La Chine, qui avait imposé depuis les premiers mois la politique du Zéro Covid, a décidé brusquement de levé toutes les restrictions. Cette décision risque, selon les spécialistes, de coûter la vie à plus d’un million de personnes dans les prochains mois.
Entre temps, les hôpitaux sont surchargés, les patients sont pris en charge dans des stades et le personnel médical est débordé comme l’explique Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques de santé. "La Chine a décidé depuis le début de la pandémie d’imposer la politique Zéro Covid avec des mesures drastiques comme le traçage, le confinement et le durcissement des restrictions dès l’enregistrement d’un cas suspect. Cette stratégie a certes été efficace au début de la pandémie en absence des traitements et des vaccins, mais a perdu de son efficacité par la suite", a-t-il précisé. Et d’ajouter: "Alors que le Maroc et les pays européens se sont tournés vers la vaccination pour éviter la propagation du virus. En Chine, la population est bien vaccinée surtout celle ayant moins de 60 ans".
Même son de cloche auprès de Pr Saïd Moutawakil, membre du comité scientifique et technique qui souligne l’exploit réalisé par le Royaume dans le domaine de la vaccination. "Le Maroc, comme plusieurs pays européens a opté pour la vaccination pour protéger ses populations. Après le confinement et l’avancée de la campagne vaccinale, le Royaume a levé graduellement les restrictions. Certes, le virus a continué de circuler et nous avons enregistré plusieurs cas d’infections, mais cela a permis à notre population d’avoir une bonne immunité. Aujourd’hui, nous enregistrons très peu de cas critiques et même le taux de létalité qui était au début à 1,6% a baissé pour atteindre aujourd’hui 0,2% lors de la dernière vague. Ce n’est pas le cas en Chine qui se retrouve aujourd’hui avec une explosion des infections", a-t-il avancé.
Un risque pour les autres pays?
Après trois années de mesures draconiennes, la Chine a levé toutes les restrictions. Le ministère de la Santé a annoncé la fin des quarantaines obligatoires à l’arrivée dans le pays à compter du 8 janvier. Ce n’est pas tout, le pays donne désormais l’autorisation testées positives d’aller au travail en cas d’affection légèrement symptomatique. Une décision qui inquiète les spécialistes qui rappellent que le risque de l’émergence de nouveaux variants se pose dans une population où tant de personnes sont infectées.
Pour Tayeb Hamdi, le virus a un réservoir énorme de population. "Aujourd’hui, le sous-variant le plus répandu en Chine est le B.Q.1.1. Ce sous-variant de la famille d’Omicron se répand très rapidement surtout dans une population vierge jamais infectée comme la Chine. A part les infections, les décès peuvent également augmenter dans les jours à venir", estime Hamdi qui précise que "ce n’est pas tout, avec des millions de personnes infectées, on risque d’avoir un nouveau variant. Si c’est un nouveau sous-variant d’Omicron, cela ne représentera aucun risque planétaire, mais si on a l’émergence d’un nouveau variant, cela risque de menacer les autres pays. Cette probabilité reste faible, mais nous devons tout de même surveiller la situation de près et faire le séquençage. Pour cela, l’OMS n’a toujours pas décrété la fin de la pandémie", confie Hamdi.
Pour sa part, Pr Said Moutawikil rappelle que le risque 0 n’existe pas. "Nous ne sommes pas dans une situation de menace immédiate vu qu’on est beaucoup mieux protégés qu’il y a trois ans, mais le risque 0 n’existe pas. Pour cela, on doit suivre de près la situation, se faire tester dès l’apparition de symptômes et surtout multiplier les séquençages" explique le spécialiste qui écarte un durcissement des mesures. "Pour le moment, il n’y aura aucune restriction à imposer ni au Monde, ni au Maroc. Nous avons une population vaccinée et une immunité contre les formes graves. Nous insistons sur le respect des gestes barrières, de suivre le protocole en cas d’infection et de terminer le schéma vaccinale. Ces dernières mesures ont jusqu’à présent prouvé leurs efficacités et ont permis au Royaume de dépasser cette crise sanitaire", conclut notre interlocuteur.
Si la menace d’une explosion des cas dans le monde reste faible, le risque des conséquences économiques n’est pas à écarter. Les spécialistes soulignent qu’avec les dizaines de millions de cas quotidiens enregistrés en Chine, la roue de l’économie va ralentir et impacter plusieurs domaines comme l’industrie pharmaceutique et le commerce international.
Articles en relations
Monde
Monde
Monde
Société