Art & Culture
FIFM 2025: Bong Joon Ho, un maître du cinéma à la tête du jury
19/11/2025 - 17:06
SNRTnews
Réputé pour son esprit tranchant et son regard d’une rare pointu sur les failles du monde contemporain, le réalisateur sud coréen Bong Joon Ho s’est imposé, en plus de vingt ans de carrière, comme l’un des cinéastes les plus singuliers et influents de son époque. Ce réalisateur qui n’a cessé de dénoncer les inégalités sociales. SNRTnews dresse le portrait de Boong Joon Ho qui présidera le jury de la 22e édition du Festival International du Film de Marrakech.
Né en 1969 à Daegu, en Corée du Sud, ce fils de professeur d’art et de designer industriel a grandi dans un environnement où l’esthétique et la critique de la société se mêlaient déjà, presque naturellement. Une inquiétude douce, un sens mordant de l’observation et une curiosité insatiable pour la nature humaine deviendront les moteurs de toute son œuvre.
Ce qui frappe d’abord chez Bong, c’est sa manière de réinventer les genres cinématographiques. Ses films basculent en permanence entre le rire et l’effroi, le réalisme le plus cru et le fantastique le plus débridé. Une signature devenue un véritable langage, reconnaissable entre mille.
Son premier long-métrage, Barking Dogs Never Bite (2000), annonçait déjà ce ton grinçant. Mais c’est Memories of Murder (2003) qui le propulse sur la scène internationale: une enquête policière fascinante autour d’une affaire de meurtres en série jamais résolue, qui se double d’une satire féroce de l’ère autoritaire sud-coréenne.
Avec The Host (2006), Bong, s’inspire de l’enlèvement d’une jeune fille par une étrange créature qui surgit de la rivière Han. Le réalisateur jette la lumière sur les dysfonctionnements sociaux et les peurs collectives d’une nation encore marquée par sa relation ambivalente avec les États-Unis.
Trois ans plus tard, le réalisateur surprend avec Mother, l’histoire d’une femme qui tente de protéger son fils accusé de meurtre. Dans ce film, le réalisateur dresse un portrait sombre et bouleversant d’un amour maternel poussé jusqu’à la folie.
Quelques années plus tard, il s’attaque au récit dystopique avec Snowpiercer (2013), fresque d’un monde glacial où la dernière tranche d’humanité survit dans un train hiérarchisé comme une caricature du capitalisme autoritaire. Le film, porté par une distribution internationale, confirme que Bong sait parler au monde sans perdre son identité.
Avec Okja dévoilé en 2017, Bong s’aventure dans une satire capitaliste aussi tendre que rageuse, retraçant la vie de Mija, une jeune fille de la campagne qui tente de sauver "le super cochon", un animal génétiquement modifié des griffes d’une multinationale. Le film, diffusé sur Netflix, déclenche un débat mondial sur les nouvelles plateformes et le devenir du cinéma, se positionnant comme un tournant culturel.
Mais c’est évidemment Parasite présenté en 2019 qui fait entrer Bong Joon Ho dans l’histoire. Ce film qui a décroché la Palme d’or et l’Oscar du Meilleur film, une première pour une œuvre en langue non anglaise, suit la relation symbiotique entre la riche famille Park et le clan démuni des Kim.
Cette fable sociale sur la coexistence toxique entre les deux familles devient un phénomène mondial. Un miroir implacable tendu aux sociétés contemporaines, où la lutte des classes se joue à coups de ruses, d’humiliations invisibles et de fractures architecturales.
Son nouveau film, Mickey 17, marque son retour très attendu après ce triomphe. Huitième long métrage d’une carrière déjà jalonnée de classiques, il confirme son goût pour les récits à la frontière du réel, peuplés de personnages en marge, confrontés à des systèmes qui les dépassent.
En prenant les rênes du jury de la 22e édition du Festival international du film de Marrakech, Bong Joon Ho apporte avec lui son sens aigu de la réalisation, son humour noir et son immense exigence artistique.
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