Economie
Fin du flou fiscal pour les créateurs de contenu au Maroc
12/05/2026 - 19:31
Khaoula Benhaddou
Longtemps perçus comme évoluant en dehors des radars fiscaux, les influenceurs marocains sont désormais rattrapés par la réglementation. Le ministère de l’économie et des finances apporte ses éclaircissements dans une réponse écrite au Parlement.
Les influenceurs, créateurs de contenu et acteurs du e-commerce sont pleinement intégrés dans le champ de l’impôt au Maroc. Dans une réponse officielle au Parlement, le ministère de l’Économie et des Finances affirme que les revenus générés via les réseaux sociaux relèvent du régime fiscal, au même titre que toute activité professionnelle.
À travers cette orientation, les autorités entendent soumettre l’ensemble des revenus issus des plateformes numériques, publicité, partenariats, marketing d’influence, aux règles prévues par le Code général des impôts, en cohérence avec les conventions internationales visant à éviter la double imposition.
La réponse détaillée dans un document adressé au député Idris Sentissi, marque un tournant dans la régulation d’un secteur en pleine expansion. La ministre Nadia Fettah y pose un principe clair : toute activité générant des revenus, qu’elle soit exercée depuis le Maroc ou qu’elle cible le marché marocain, est imposable. Les créateurs de contenu, youtubeurs, blogueurs ou influenceurs, sont ainsi tenus de déclarer leurs revenus auprès de la Direction générale des impôts, de souscrire leurs déclarations en ligne et de s’acquitter de leurs obligations fiscales.
Selon leur statut, ces acteurs sont assimilés à des professionnels et relèvent soit de l’impôt sur le revenu, soit de l’impôt sur les sociétés. La domiciliation à l’étranger ne constitue pas une échappatoire : grâce aux accords fiscaux internationaux, les revenus liés au marché marocain peuvent être imposés sans risque de double non-imposition.
Des seuils de TVA clairement établis
Le dispositif prévoit également un encadrement précis en matière de TVA. Les activités de commerce électronique deviennent imposables à partir d’un chiffre d’affaires annuel de 2 millions de dirhams.
Pour les prestations de publicité numérique notamment celles réalisées par les youtubeurs et blogueurs le seuil est fixé à 500 000 dirhams. Des niveaux jugés accessibles dans une économie où les revenus digitaux peuvent croître rapidement.
Un alignement sur les standards internationaux
Le Maroc s’inscrit dans une dynamique d’harmonisation avec les pratiques observées à l’international. Des études comparatives menées dans plusieurs pays, dont l’Espagne, l’Allemagne, la France, la Belgique et les États-Unis, montrent qu’aucun régime fiscal spécifique n’est réservé aux influenceurs.
Partout, ils sont considérés comme des travailleurs indépendants, et l’ensemble de leurs revenus y compris les avantages en nature, comme les produits offerts et même les cadeaux, est soumis à l’impôt. Une approche que le Royaume entend désormais appliquer pleinement.
Des réformes fiscales en profondeur
Cette évolution s’inscrit dans une série de réformes engagées ces dernières années. La loi de finances 2024 a introduit le principe de taxation des services numériques selon le lieu de consommation, tout en imposant aux prestataires étrangers de s’enregistrer auprès de l’administration fiscale marocaine. Celle de 2025 a renforcé le dispositif, en précisant les critères de résidence fiscale et en instaurant une déclaration trimestrielle pour les opérateurs non résidents.
Parallèlement, la Direction générale des impôts a renforcé ses capacités de contrôle, notamment via la création d’une cellule dédiée au suivi des activités numériques, le développement d’outils informatiques avancés et le renforcement de la coopération internationale en matière d’échange d’informations.
Entre fermeté et incitation
Si le cadre se veut plus strict, les autorités misent également sur une approche incitative. Simplification des démarches, encouragement à la régularisation volontaire, promotion de régimes adaptés comme le statut d’auto-entrepreneur ou la contribution professionnelle unique. Ces mesures ont pour objectif d’intégrer progressivement ces nouveaux acteurs dans l’économie formelle plutôt que de privilégier la sanction.
Vers une fiscalité plus équitable
Au-delà des aspects techniques, l’enjeu est aussi politique. En élargissant l’assiette fiscale, le gouvernement ambitionne de renforcer l’équité devant l’impôt dans un contexte de montée en puissance de l’économie numérique. Il s’agit également de lutter contre la fraude, d’améliorer la transparence et d’accompagner l’évolution rapide des modèles économiques.
Fin de l’ambiguïté
Avec cette clarification, une page se tourne. Les influenceurs marocains, qu’ils résident au Maroc ou à l’étranger, sont désormais pleinement identifiés par l’administration fiscale. Leurs activités, leurs revenus et leurs obligations sont clairement définis.
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