Société
Grippe et infections respiratoires au Maroc: Une saison épidémique précoce et marquée
22/12/2025 - 18:37
Khaoula Benhaddou
La saison des infections respiratoires aiguës (IRA) a débuté plus tôt que d’habitude au Maroc. Selon le dernier bulletin épidémiologique du ministère de la santé le seuil épidémique a été franchi dès la mi-novembre, traduisant une circulation active des virus respiratoires, principalement celui de la grippe.
Le dernier bulletin épidémiologique réalisé par la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies montre une hausse notable des syndromes grippaux.
Ainsi, les données des semaines 46 à 49 de l’année 2025 montrent une poursuite de la tendance ascendante des syndromes grippaux, amorcée environ quatre semaines plus tôt que lors des saisons précédentes. La proportion des consultations pour le syndrome grippal (SG) a atteint 3,6 %, en hausse de 44 % par rapport à la période précédente (semaines 42 à 45). "Le seuil épidémique, fixé à 2,8 %, a été dépassé dès la semaine 45, sans toutefois atteindre le seuil d’alerte" souligne le bulletin épidémiologique.
En ce qui concerne la répartition par âge reste stable: les adultes jeunes et d’âge moyen concentrent les proportions les plus élevées de consultations pour syndrome grippal, signe d’une transmission communautaire active.
Du côté hospitalier, la proportion des Infections respiratoires aigües sévères (IRAS) parmi les nouvelles admissions a progressé de 15,4% sur la même période. Toutes les tranches d’âge sont concernées, avec une incidence plus marquée chez les enfants de moins de 5 ans (22 %) et les personnes âgées de plus de 65 ans (38 %). Cette distribution demeure comparable à celle observée durant la même période de la saison précédente.
La grippe A (H3N2) domine la circulation virale
Sur le plan virologique, le bulletin épidémiologique montre que 318 prélèvements nasopharyngés ont été analysés dans le cadre du réseau sentinelle, dont 60 % provenant de cas de syndrome grippal et 40 % de cas d’IRAS. Au total, 13 % des prélèvements se sont révélés positifs à l’un des trois virus surveillés, suggérant leur co-circulation.
La hausse la plus marquée concerne les virus grippaux, avec un taux de positivité spécifique de 12%. Parmi eux, le sous-type A (H3N2) représente 80% des cas détectés, exclusivement chez des patients consultant pour syndrome grippal. En revanche, la circulation du SARS-CoV-2 et du VRS est restée faible, avec des taux de positivité ne dépassant pas 1 %.
Par ailleurs, 152 prélèvements réalisés à des fins diagnostiques à l’Hôpital militaire Mohammed V de Rabat et dans des structures privées ont montré une positivité de 12 % pour la grippe A, dominée cette fois par le sous-type H1N1 (61%), et de 4,6% pour le SARS-CoV-2. Le rhinovirus, majoritaire en début de saison, a vu sa positivité reculer de 10 % à 8 %.
Une situation sous surveillance, sans signal de gravité accrue
Les autorités sanitaires estiment que le dépassement précoce du seuil épidémique confirme une entrée anticipée dans la saison automno-hivernale des IRA, avec une activité grippale plus intense que la moyenne des dix dernières saisons. Les enfants de moins de 5 ans et les personnes âgées de 60 ans et plus demeurent les plus exposés aux formes sévères nécessitant une hospitalisation, en lien notamment avec les sous-types A (H3N2) et A (H1N1).
Ces tendances rejoignent les données du système mondial de surveillance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui fait état d’une augmentation soutenue de l’activité grippale, dominée par l’Influenza A (H3N2). À l’inverse, la circulation du SARS-CoV-2 reste limitée, sans hausse notable des hospitalisations.
Qu’est ce que le H3N2, ce sous type derrière la supe grippe ?
Au Maroc, comme dans de nombreux pays, le H3N2 est un sous-groupe appelé subclade K, qui a accumulé plusieurs mutations. Ces mutations augmentent la capacité du virus à se propager et à échapper partiellement à l’immunité, ce qui pourrait expliquer la hausse des cas observée dans plusieurs pays.
Les symptômes de la super grippe sont quasi similaires à la grippe classique avec une virulence plus marquée.
Contacté précédemment par SNRTnews, Dr Said Afif pédiatre et président de la Société marocaine des sciences médicales a précisé "nous enregistrons une augmentation des cas de grippe au Maroc comme dans plusieurs pays. Cette année, la particularité est une virulence accrue du virus qui circule". Et d’ajouter: "Les patients présentent fréquemment une fièvre élevée, parfois au-delà de 40°C, des frissons, des maux de tête, un écoulement nasal et des douleurs articulaires plus intenses. Cette année, au lieu de symptômes qui durent deux ou trois jours, nous observons davantage de complications, parfois des surinfections ou des bronchites, surtout chez les personnes vulnérables et chez les enfants".
En résumé, si l’activité grippale actuelle s’inscrit dans la dynamique attendue de la saison, son démarrage précoce et son intensité appellent à la vigilance, sans qu’aucun signal de sévérité particulière n’ait, à ce stade, été observé.
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