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Il ne marque pas mais sans lui, personne ne tient… Dans les coulisses de la préparation physique
28/03/2026 - 13:09
Matar Bensalmia
Dans le football, tout va vite. Les actions, les résultats voire même les jugements. Mais derrière cette dynamique, il existe un temps dont personne ne parle vraiment: celui de la préparation. Il s’agit d’un travail de précision, d’anticipation et d’équilibre, mené loin des projecteurs et des bruits des tribunes.
C’est dans cet espace que s’inscrit le parcours d’Abdeljebbar Mottaki, ancien joueur et préparateur physique marocain au long cours, dont la trajectoire raconte l’évolution d’un métier devenu indispensable.
Avant d’être préparateur physique, Abdeljebbar Mottaki est d’abord un homme de terrain. À la fin des années 90, il intègre la Fédération royale marocaine de football en tant qu’entraîneur adjoint. Il commence avec la sélection féminine en 1997, avant de rejoindre progressivement les équipes masculines de jeunes, notamment les U17 puis les U20.
Pendant près de cinq ans, jusqu’en 2002, il évolue dans un rôle polyvalent, celui d’un adjoint “qui fait tout”. Préparation des séances, accompagnement des joueurs, soutien tactique… Une école exigeante, où il apprend à lire un match, comprendre les dynamiques collectives et s’imprégner des exigences du haut niveau. C’est aussi là qu’il développe une conviction qui ne le quittera plus. “On ne peut pas préparer un joueur sans comprendre le jeu, le corps humain et le muscle”, confie-t-il à SNRTnews.
Naissance d’une vocation
En 2002, direction le Qatar. Abdeljebbar Mottaki entame une nouvelle étape de sa carrière au Moyen-Orient, où il poursuit d’abord dans un rôle d’adjoint. Mais c’est là que s’opère le tournant décisif de sa carrière.
Avec le club d’Umm Salal, il découvre plus en profondeur les exigences de la préparation physique. Progressivement, il s’oriente vers ce domaine et finit par s’y spécialiser. Mais cette transition ne doit rien au hasard.
Pendant plus d’une décennie, jusqu’en 2014, il s’installe dans ce rôle et affine son expertise. Conscient de l’évolution du football, il décide alors de structurer davantage ses compétences. Il part en France suivre une formation universitaire spécialisée en préparation physique de haut niveau, en complément de ses diplômes d’entraîneur acquis auparavant. Il enchaîne ensuite avec une formation de la Fédération française de football dédiée aux entraîneurs préparateurs athlétiques .
Préparateur physique ou entraîneur-préparateur athlétique? “Il faut nuancer”, prévient-il. “L’entraîneur-préparateur athlétique travaille directement avec l’entraîneur principal, il est intégré dans la réflexion globale du jeu. Le préparateur physique, lui, peut être supervisé avec un rôle plus spécifique”.
Une nuance qui dit beaucoup de l’évolution du métier. Ce métier s’appuie aujourd’hui sur des outils technologiques tels que les GPS, cardiofréquencemètres et analyse vidéo… Mais malgré ces avancées, l’essentiel reste inchangé et la préparation physique s’inscrit désormais dans une logique globale, directement liée à la tactique et au projet de jeu.
Fort de son expérience au Qatar, Mottaki revient au Maroc avec un bagage solide. Il rejoint le Wydad Athletic Club aux côtés de John Toshack, avant d’être contacté par Houcine Ammouta, qui le sollicite pour rejoindre Al Sadd au Qatar.
Par la suite, il retrouve le championnat marocain avec le Raja Club Athletic, sous la houlette de Rachid Taoussi, avant de poursuivre avec lui à la Renaissance sportive de Berkane. Et cette continuité n’est autre qu’une preuve de l’importance du lien entre entraîneur et préparateur physique.
Après ces expériences, il retourne au Qatar, notamment à Umm Salal, comme pour boucler la boucle d’un parcours construit entre deux continents .
Préparer, c’est comprendre le jeu
Pour Abdeljebbar Mottaki, la préparation physique ne peut être dissociée de la tactique. C’est même l’un des piliers de son approche. “Il faut connaître l’équipe, sa philosophie de jeu, et surtout celle de l’entraîneur”.
Une équipe qui évolue en 4-4-2 n’a pas les mêmes exigences physiques qu’une équipe qui joue avec un pressing haut ou un bloc bas. Les courses, les intensités, les répétitions d’efforts varient considérablement.
Un latéral n’aura pas les mêmes besoins qu’un milieu axial ou qu’un attaquant. Certains multiplient les sprints, d’autres les courses longues, d’autres encore les efforts explosifs. Le rôle du préparateur physique est donc d’adapter le travail à ces réalités. “On travaille avec chaque joueur selon sa position, ses déplacements, ses efforts en match”, explique-t-il. Une approche sur mesure, qui repose sur l’analyse fine du jeu et des données de performance.
Analyse, confiance et rigueur
Avant toute chose, Mottaki observe. “Il faut analyser l’équipe, les joueurs, leur état physique”. Puis vient la construction d’une relation de confiance, avec les joueurs comme avec le staff. Contrairement à certaines idées reçues, le préparateur physique n’est pas un “gendarme” chargé de sanctionner les joueurs. Bien au contraire.“Je ne suis pas là pour sanctionner, mais pour aider à performer”, poursuit-il. Cette confiance permet d’instaurer un cadre de travail efficace, où chaque joueur adhère au projet.
La collaboration avec le corps médical est notamment centrale. Ensemble, ils construisent des programmes individualisés, ajustent les charges de travail et anticipent les risques.“Il faut un programme bien défini, pour chaque joueur et pour l’équipe. Si on travaille au hasard, on passe à côté de l’essentiel”.
L’équilibre et la récupération
Dans un collectif, l’équilibre physique est primordial. “Tous les joueurs doivent être à peu près au même niveau”. Si ce n’est pas le cas, des ajustements s’imposent (travail individualisé, passage temporaire dans d’autres groupes, ou accompagnement spécifique).
Mais au-delà de l’entraînement, Mottaki insiste sur l'aspect de la récupération qui, selon lui, est souvent négligé.
Dans un football moderne où les matchs s’enchaînent, la récupération devient stratégique. Elle inclut la gestion des charges, le suivi des données physiques, le sommeil, la nutrition, et les soins. C’est dans ces moments que se construit la durabilité de la performance.
Un métier de l’ombre mais au cœur du jeu
Abdeljebbar Mottaki a également rappelé que la performance ne s’improvise pas mais se construit patiemment dans les détails.
Par ailleurs, si les projecteurs éclairent les joueurs ils laissent souvent dans l’ombre ceux qui les préparent à tenir, courir, répéter les efforts, et durer. Des hommes comme Mottaki, qui rappellent que derrière chaque victoire, il y a aussi une science, une méthode… et surtout beaucoup de rigueur.
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