Economie
Informel au Maroc: un secteur dynamique mais toujours en marge
28/05/2025 - 10:45
SNRTnews
Selon les résultats de la dernière enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le secteur informel continue de jouer un rôle majeur dans l’économie marocaine, tout en demeurant largement exclu des circuits institutionnels et financiers.
L’étude, menée d’avril 2023 à mars 2024 sur un échantillon de 12.391 unités, dresse un état des lieux actualisé de ce pan souvent méconnu de l’activité économique.
Une croissance portée par les villes et le commerce
Le Maroc comptait environ 2,03 millions d’unités de production informelles (UPI) en 2023, soit une hausse de plus de 350 000 par rapport à 2014. Cette dynamique est essentiellement urbaine: 77,3 % des UPI se situent en milieu urbain, avec une forte concentration dans la région de Casablanca-Settat (22,7%). Le commerce reste l’activité dominante (47% des unités), même si les services (28,3%) et le BTP (11,6%) gagnent du terrain.
Un secteur aux structures précaires
La majorité des unités informelles opèrent sans local professionnel (55,3%) ou exercent à domicile (4,6%). L’industrie fait figure d’exception avec plus de la moitié de ses unités disposant d’un local. Dans le BTP, plus de 90% des activités se déroulent sans local fixe, souvent chez le client.
L’accès aux infrastructures de base reste limité: seules 46% des UPI ont accès à l’eau potable, 43% à un réseau d’assainissement et 41% à Internet, malgré un bon taux d’accès à l’électricité (94%).
Faible enregistrement administratif et accès restreint au financement
Seulement 14,2% des UPI sont inscrites à la taxe professionnelle, 9,8% affiliées à la CNSS, et à peine 1,7% bénéficient du statut d’auto-entrepreneur. L’autofinancement domine: 72,2 % des unités ont été créées sans recourir au crédit bancaire, qui reste très marginal (1,1%). En fonctionnement, 91% des UPI comptent uniquement sur leurs fonds propres.
Une main-d'œuvre vulnérable et peu protégée
Le secteur informel représentait en 2023 près de 33,1% de l’emploi non agricole, contre 36,3% en 2014. Le commerce concentre 44,1% des emplois informels, suivi des services (28,7%), de l’industrie (15%) et du BTP (12,2%). Le salariat y reste minoritaire (10,4%), souvent sans contrat écrit ni couverture sociale.
Des profils de dirigeants qui évoluent
Les chefs d’UPI sont en majorité des hommes (92,4%) d’âge moyen (45 ans). Leur niveau d’instruction s’est amélioré: la part des dirigeants sans instruction est passée de 34,3% à 18,6%, tandis que ceux ayant atteint le secondaire représentent désormais 40,5%. Pour les femmes, l’informel reste souvent un choix contraint: 71,9 % y accèdent par nécessité, et 30% déclarent des difficultés à concilier vie familiale et professionnelle.
Une contribution économique en déclin relatif
Malgré une hausse de son chiffre d’affaires à 526,9 milliards de dirhams en 2023 (+28,7% par rapport à 2014), la contribution du secteur informel à la production nationale hors agriculture et administration publique recule: de 15% en 2014 à 10,9% en 2023. Idem pour la valeur ajoutée: bien qu’elle ait atteint 139 milliards de dirhams, sa part dans la valeur ajoutée nationale chute de 16,6% à 13,6%.
Des échanges croissants avec le secteur formel
Les approvisionnements des UPI auprès du secteur formel sont en forte hausse, passant de 18,2% à 33,7% entre 2014 et 2023. En aval, si l’essentiel de la production est destiné à la consommation des ménages (79,5%), les ventes au secteur formel restent marginales (2,4%) mais en nette progression.
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