Economie
Jouahri: le monde n'est pas à l'abri d'une crise alimentaire
23/06/2022 - 14:30
Mohammed Fizazi | Mustapha AzougahLe Wali de Bank Al Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, a déclaré que le Maroc n'est pas à l'abri des effets de la guerre en Ukraine, qui a entraîné la hausse de la facture énergétique et fait que le Royaume subit les effets des prix élevés à l'étranger.
Lors de l'inauguration de la conférence de haut niveau organisée en partenariat avec le FMI sous le thème "une reprise transformationnelle: saisir les opportunités de la crise", Jouahri a déclaré que le monde fait face, depuis deux ans, à une crise sans précédent, grave et complexe. Les décideurs se trouvent ainsi confrontés à un contexte marqué par des incertitudes et des chocs que le monde n'a pas connu depuis des décennies. Cette crise sanitaire, ajoute-t-il, a coûté au monde des pertes humaines, et des répercussions économiques et sociales, et des effets qui s'étendront sur des années.
Et de souligner que malgré les efforts au niveau des politiques monétaires et budgétaires, cette crise a plongé l'économie mondiale dans une récession, la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale, le FMI ayant estimé les pertes à 13,8 billions de dollars d'ici 2024. Jouahri note que suite à l'assouplissement des mesures sanitaires et le regain d'espoir pour une reprise économique, la guerre a éclaté en Ukraine, perturbant la reprise en raison des incertitudes qu'elle a causées.
Le Wali de la banque centrale a indiqué que si la guerre continue, ce qui est l'hypothèse la plus probable aujourd'hui, le monde ne sera pas à l'abri d'une crise alimentaire globale, notant que la Banque mondiale estime que 75 millions de personnes supplémentaires ont atteint le seuil de pauvreté extrême cette année.
Jouahri estime que la situation est complexe et difficile, car on parle actuellement de stagflation dans le monde, bien qu'il n'y ait pas de consensus à ce propos, car des responsables internationaux rejettent la comparaison entre la situation actuelle et celle connue lors des années 70 du siècle dernier.
En plus de l'inflation, les gouvernements font face à des besoins sociaux croissants et à des pressions pour soutenir le pouvoir d'achat, sachant que leurs marges budgétaires sont réduites en raison de la crise sanitaire, avec un endettement élevé et des conditions de financement très difficiles, ajoute le responsable.
Et de souligner l'existence d'autres défis liés à la confusion dans la chaîne d'approvisionnement et les transformations associées à la numérisation, ainsi que la montée de la souveraineté économique, la tendance à reconsidérer les relations multilatérales et les exigences liées au changement climatique.
Concernant le Maroc, Jouahri indique que le Royaume n'est pas à l'abri du contexte international difficile, notant que grâce à une mobilisation globale, l'économie a pu faire un bond, avec une croissance d'environ 8% l'an dernier. Il a également souligné que le Maroc souffre des répercussions de la guerre en Ukraine, qui se manifestent par la lourde facture énergétique et les pressions extérieures sur les prix à la consommation.
Pour faire face à des situations de crise et de conjonctures difficiles, Jouahri a relevé qu'une réflexion profonde est nécessaire, cela permettrait de définir les contours d’un véritable changement de paradigmes qui s’impose en matière d’élaboration et de mise en œuvre de la politique publique. Il a, en outre, affirmé qu'au-delà de simples ajustements des choix et des politiques, ce sont bien leurs fondements qu’il faudrait requestionner à l’instar de ce qui a été fait au lendemain de la crise internationale de 2008.
Dans ce sens, il a fait savoir que BAM fournit un effort permanent pour essayer de répondre aux questionnements tels que ceux soulevés dans cette conférence. "Nous nous interrogeons régulièrement sur nos approches et nous adaptons nos instruments et nos outils de suivi, d’analyses et de prévisions. Nous attachons dans ce sens une grande importance au développement de la recherche et à l’ouverture sur le monde académique national et international, nous en avons même fait un des principaux axes de notre plan stratégique 2019- 2023", a-t-il ajouté.
D'autre part, le gouverneur de la banque centrale a précisé que cette initiative vient consolider le partenariat noué avec le FMI dans plusieurs domaines et qui s’est particulièrement renforcé ces dernières années, se réjouissant de sa concrétisation et plus globalement de la reprise de l’ensemble du processus de préparation des assemblées prévues en octobre 2023 à Marrakech.
La conférence, qui se poursuivra vendredi, réunit des dirigeants du secteur public issus des banques centrales et des ministères des finances, de hauts responsables d’organisations internationales ainsi que des experts issus des milieux universitaires, et intervient en prélude aux Assemblées Annuelles du Groupe de la Banque Mondiale et du FMI, qui auront lieu à Marrakech en octobre 2023.
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